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Guénon commence ce chapitre en examinant le phénomène de l’envahissement occidental du reste du monde. Il observe que l’Occident moderne ne se contente pas de différer des autres civilisations ; il cherche activement à les absorber ou à les détruire. Il ne s’agit pas d’une influence légitime mais d’une expansion désordonnée, inhérente à la nature même de l’esprit moderne.
Il soutient que le prétendu rôle civilisateur de l’Occident n’est qu’un prétexte. Ce que l’Occident apporte réellement, c’est la destruction des structures sociales traditionnelles, l’imposition de ses propres valeurs matérialistes et la réduction de toutes les cultures à une médiocrité uniforme. La prétendue mission civilisatrice n’est qu’une rationalisation de l’appétit de possession et de la volonté de puissance.
Guénon examine ensuite les différentes formes que prend cet envahissement. La colonisation en est la plus évidente, mais elle n’est pas la seule. La pénétration économique, la diffusion de l’enseignement occidental, l’imposition des langues européennes et la propagation des idées occidentales par le journalisme et l’édition – tous ces instruments concourent au même envahissement. Ils travaillent ensemble à saper de l’intérieur les civilisations traditionnelles, créant une élite occidentalisée qui sert de relais à la domination.
Il note que l’élite occidentalisée de l’Orient est un phénomène particulièrement tragique. Ces hommes se sont coupés de leurs propres traditions sans véritablement assimiler l’héritage spirituel de l’Occident (que, de toute façon, l’Occident moderne ne possède plus). Il ne leur reste qu’un vernis superficiel de mœurs occidentales et un mépris pour leur propre peuple. Ils deviennent, en effet, les agents les plus zélés de l’envahissement occidental.
La question de la résistance est ensuite abordée. Guénon observe que beaucoup en Orient ont réagi contre la domination occidentale, mais leur résistance est souvent compromise par les termes mêmes dans lesquels elle est conçue. Certains cherchent à imiter les méthodes d’organisation occidentales, croyant pouvoir ainsi rivaliser à armes égales. D’autres tentent une synthèse entre l’Orient et l’Occident, espérant préserver ce qu’il y a de meilleur dans les deux. Guénon rejette ces deux approches comme illusoires. Imiter l’Occident, c’est en accepter les prémisses fondamentales. Tenter une synthèse, c’est supposer que deux principes incompatibles peuvent être conciliés.
Il insiste sur le fait que la résistance authentique doit être fondée sur un retour aux principes traditionnels de l’Orient lui-même. Cela ne signifie pas un simple conservatisme qui s’accroche aux formes extérieures alors que l’esprit intérieur a disparu. Il s’agit d’un réveil de la véritable intellectualité, d’une récupération de la connaissance métaphysique que l’Occident a perdue. Seule une telle récupération peut fournir une base à une civilisation véritablement indépendante et véritablement elle-même.
Guénon discute ensuite de l’attitude que devraient adopter les Occidentaux sympathiques à l’Orient. Il met en garde contre un faux orientalisme qui collectionne les curiosités exotiques tout en restant fondamentalement occidental. L’Occidental qui souhaite aider l’Orient doit d’abord surmonter ses propres préjugés occidentaux. Il doit reconnaître que l’Orient n’a rien à apprendre de l’Occident dans les questions spirituelles, et très peu même dans les questions matérielles, sauf ce qui est strictement utile. Le rôle propre d’un tel Occidental est de travailler à la restauration de sa propre civilisation, non de se poser en guide pour l’Orient.
Le chapitre aborde également l’objection selon laquelle l’Orient serait lui-même décadent et ne pourrait donc revendiquer une supériorité sur l’Occident. Guénon concède que l’Orient a subi un long déclin, comme toutes les civilisations dans le Kali-Yuga. Mais il distingue entre décadence et déviation. L’Orient est décadent en ce sens que ses formes traditionnelles se sont affaiblies avec le temps. Mais il n’a pas dévié de ses principes. L’Occident, au contraire, n’est pas simplement décadent mais dévié : il a activement rejeté les principes qui donnent son sens à la civilisation. Une civilisation décadente peut être restaurée par un retour à ses principes. Une civilisation déviée, coupée de ses principes, n’a pas un tel espoir.
Il conclut que la crise actuelle offre une opportunité. La destruction causée par l’envahissement occidental peut déblayer le terrain pour un véritable renouveau. La violence même de l’assaut moderne peut provoquer une réaction assez forte pour balayer les impuretés accumulées qui ont affaibli les civilisations traditionnelles de l’Orient. Mais cela ne se produira que si ceux qui possèdent encore la connaissance authentique font leur œuvre, préparant les éléments qui survivront à la catastrophe imminente.