L’argument le plus décisif contre la « démocratie » se résume en quelques mots : le supérieur ne peut émaner de l’inférieur, parce que le « plus » ne peut pas sortir du « moins » ; cela est d’une rigueur mathématique absolue, contre laquelle rien ne saurait prévaloir.
- L’ (m.) /l/ = « The »
- argument (m.) /aʁ.ɡy.mɑ̃/ = « argument »
- le /lə/ = « the »
- plus /ply/ = « most »
- décisif /de.si.zif/ = « decisive »
- contre /kɔ̃tʁ/ = « against »
- la (f.) /la/ = « the »
- démocratie (f.) /de.mɔ.kʁa.si/ = « democracy »
- se /sə/ = « itself »
- résume /ʁe.zym/ = « summarizes »
- en /ɑ̃/ = « in »
- quelques /kɛl.kə/ = « a few »
- mots (m. pl.) /mo/ = « words »
- le (m.) /lə/ = « the »
- supérieur /sy.pe.ʁjœʁ/ = « superior »
- ne /nə/ = « not »
- peut /pø/ = « can »
- émaner /e.ma.ne/ = « emanate »
- de /də/ = « from »
- l’ (m.) /l/ = « the »
- inférieur /ɛ̃.fe.ʁjœʁ/ = « inferior »
- parce que /paʁs kə/ = « because »
- le (m.) /lə/ = « the »
- « plus » /ply/ = « more »
- ne /nə/ = « not »
- peut /pø/ = « can »
- pas /pa/ = « not »
- sortir /sɔʁ.tiʁ/ = « come out »
- du /dy/ = « from the »
- « moins » /mwɛ̃/ = « less »
- cela /sə.la/ = « this »
- est /ɛ/ = « is »
- d’ /d/ = « of »
- une (f.) /yn/ = « a »
- rigueur (f.) /ʁi.ɡœʁ/ = « rigor »
- mathématique /ma.te.ma.tik/ = « mathematical »
- absolue (f.) /ap.sɔ.ly/ = « absolute »
- contre /kɔ̃tʁ/ = « against »
- laquelle /la.kɛl/ = « which »
- rien /ʁjɛ̃/ = « nothing »
- ne /nə/ = « not »
- saurait /so.ʁɛ/ = « could » (conditional of savoir in negative)
- prévaloir /pʁe.va.lwaʁ/ = « prevail »
Grammaire :
Se résume : reflexive = « summarizes itself » = « is summarized ».
Le supérieur… l’inférieur : masculine nouns used as adjectives (« the superior », « the inferior »).
Ne peut émaner de : pouvoir + infinitive = « can emanate from ».
Le « plus »… le « moins » : abstract nouns in quotes.
Ne peut pas sortir du : ne…pas = negative. Sortir de = « to come out of ».
D’une rigueur mathématique absolue : d’une = « of a ». Describes cela.
Contre laquelle : laquelle refers to rigueur (feminine).
Rien ne saurait prévaloir : ne saurait = « could not » (using savoir in conditional for negation). Ne… rien = « nothing ». Prévaloir = « to prevail ».
Sens général :
L’argument le plus décisif contre la « démocratie » se résume en quelques mots : le supérieur ne peut pas venir de l’inférieur, parce que le « plus » ne peut pas sortir du « moins ». Cela est d’une rigueur mathématique absolue, contre laquelle rien ne pourrait prévaloir.
Il importe de remarquer que c’est précisément le même argument qui, appliqué dans un autre ordre, vaut aussi contre le « matérialisme » ; il n’y a rien de fortuit dans cette concordance, et les deux choses sont beaucoup plus étroitement solidaires qu’il ne pourrait le sembler au premier abord.
- Il /il/ = « It »
- importe /ɛ̃.pɔʁt/ = « is important » (importer = « to be important »)
- de /də/ = « to »
- remarquer /ʁə.maʁ.ke/ = « note »
- que /kə/ = « that »
- c’est /sɛ/ = « it is »
- précisément /pʁe.si.ze.mɑ̃/ = « precisely »
- le (m.) /lə/ = « the »
- même /mɛm/ = « same »
- argument (m.) /aʁ.ɡy.mɑ̃/ = « argument »
- qui /ki/ = « which »
- appliqué /a.pli.ke/ = « applied »
- dans /dɑ̃/ = « in »
- un (m.) /œ̃/ = « another »
- autre /otʁ/ = « other »
- ordre (m.) /ɔʁdʁ/ = « order »
- vaut /vo/ = « is valid » (valoir)
- aussi /o.si/ = « also »
- contre /kɔ̃tʁ/ = « against »
- le (m.) /lə/ = « the »
- matérialisme (m.) /ma.te.ʁja.lism/ = « materialism »
- il /il/ = « it »
- n’ /n/ = « not »
- y /i/ = « there »
- a /a/ = « has »
- rien /ʁjɛ̃/ = « nothing »
- de /də/ = « of »
- fortuit /fɔʁ.tɥi/ = « fortuitous / accidental »
- dans /dɑ̃/ = « in »
- cette (f.) /sɛt/ = « this »
- concordance (f.) /kɔ̃.kɔʁ.dɑ̃s/ = « concordance »
- et /e/ = « and »
- les (f. pl.) /le/ = « the »
- deux /dø/ = « two »
- choses (f. pl.) /ʃoz/ = « things »
- sont /sɔ̃/ = « are »
- beaucoup /bo.ku/ = « much »
- plus /ply/ = « more »
- étroitement /e.tʁwa.tə.mɑ̃/ = « closely »
- solidaires /sɔ.li.dɛʁ/ = « interdependent / linked »
- qu’ /k/ = « than »
- il /il/ = « it »
- ne /nə/ = « not »
- pourrait /pu.ʁɛ/ = « could »
- le /lə/ = « it »
- sembler /sɑ̃.ble/ = « seem »
- au /o/ = « at »
- premier /pʁə.mje/ = « first »
- abord (m.) /a.bɔʁ/ = « glance » (au premier abord = « at first glance »)
Grammaire :
Il importe de remarquer que : impersonal il importe + de + infinitive = « it is important to ».
C’est précisément le même argument qui : qui = subject relative pronoun.
Appliqué dans un autre ordre : past participle appliqué modifies argument.
Vaut aussi contre : valoir contre = « to be valid against ».
Il n’y a rien de fortuit : il n’y a… rien = « there is nothing ». De fortuit = adjective modifying rien.
Solidaires = « interdependent / closely linked » (adjective).
Qu’il ne pourrait le sembler : ne is expletive (no negative meaning). Pourrait = conditional of pouvoir. Le = « it ». Sembler = infinitive.
Au premier abord = « at first glance ».
Sens général :
Il est important de remarquer que c’est précisément le même argument qui, appliqué dans un autre domaine, vaut aussi contre le « matérialisme ». Il n’y a rien d’accidental dans cette concordance, et les deux choses sont beaucoup plus étroitement liées qu’il ne pourrait le sembler au premier abord.
Il est trop évident que le peuple ne peut conférer un pouvoir qu’il ne possède pas lui-même ; le pouvoir véritable ne peut venir que d’en haut, et c’est pourquoi, disons-le en passant, il ne peut être légitimé que par la sanction de quelque chose de supérieur à l’ordre social, c’est-à-dire d’une autorité spirituelle ; s’il en est autrement ce n’est plus qu’une contrefaçon de pouvoir, un état de fait qui est injustifiable par défaut de principe, et où il ne peut y avoir que désordre et confusion.
- Il /il/ = « It »
- est /ɛ/ = « is »
- trop /tʁo/ = « too »
- évident /e.vi.dɑ̃/ = « evident »
- que /kə/ = « that »
- le (m.) /lə/ = « the »
- peuple (m.) /pœpl/ = « people »
- ne /nə/ = « not »
- peut /pø/ = « can »
- conférer /kɔ̃.fe.ʁe/ = « confer »
- un (m.) /œ̃/ = « a »
- pouvoir (m.) /pu.vwaʁ/ = « power »
- qu’ /k/ = « that »
- il /il/ = « it »
- ne /nə/ = « not »
- possède /pɔ.sɛd/ = « possesses »
- pas /pa/ = « not »
- lui-même /lɥi.mɛm/ = « itself »
- le (m.) /lə/ = « the »
- pouvoir (m.) /pu.vwaʁ/ = « power »
- véritable /ve.ʁi.tabl/ = « true »
- ne /nə/ = « not »
- peut /pø/ = « can »
- venir /və.niʁ/ = « come »
- que /kə/ = « except » (ne…que = « only »)
- d’ /d/ = « from »
- en /ɑ̃/ = « above » (d’en haut = « from above »)
- haut /o/ = « high »
- et /e/ = « and »
- c’est /sɛ/ = « it is »
- pourquoi /puʁ.kwa/ = « why »
- disons-le /di.zɔ̃ lə/ = « let us say it »
- en /ɑ̃/ = « in »
- passant /pa.sɑ̃/ = « passing » (en passant = « in passing »)
- il /il/ = « it »
- ne /nə/ = « not »
- peut /pø/ = « can »
- être /ɛtʁ/ = « be »
- légitimé /le.ʒi.ti.me/ = « legitimized »
- que /kə/ = « except » (ne…que = « only »)
- par /paʁ/ = « by »
- la (f.) /la/ = « the »
- sanction (f.) /sɑ̃k.sjɔ̃/ = « sanction »
- de /də/ = « of »
- quelque chose /kɛl.kə ʃoz/ = « something »
- de /də/ = « that is »
- supérieur /sy.pe.ʁjœʁ/ = « superior »
- à /a/ = « to »
- l’ (m.) /l/ = « the »
- ordre (m.) /ɔʁdʁ/ = « order »
- social /sɔ.sjal/ = « social »
- c’est-à-dire /sɛ.t‿a.diʁ/ = « that is to say »
- d’ /d/ = « of »
- une (f.) /yn/ = « a »
- autorité (f.) /o.tɔ.ʁi.te/ = « authority »
- spirituelle /spi.ʁi.tɥɛl/ = « spiritual »
- s’ /s/ = « if it »
- il /il/ = « it »
- en /ɑ̃/ = « of it »
- est /ɛ/ = « is »
- autrement /ot.ʁə.mɑ̃/ = « otherwise »
- ce /sə/ = « it »
- n’ /n/ = « not »
- est /ɛ/ = « is »
- plus /ply/ = « no longer »
- qu’ /k/ = « except » (ne…que = « only »)
- une (f.) /yn/ = « a »
- contrefaçon (f.) /kɔ̃.tʁə.fa.sɔ̃/ = « counterfeit »
- de /də/ = « of »
- pouvoir (m.) /pu.vwaʁ/ = « power »
- un (m.) /œ̃/ = « a »
- état (m.) /e.ta/ = « state »
- de /də/ = « of »
- fait (m.) /fɛ/ = « fact »
- qui /ki/ = « which »
- est /ɛ/ = « is »
- injustifiable /ɛ̃.ʒys.ti.fjabl/ = « unjustifiable »
- par /paʁ/ = « by »
- défaut (m.) /de.fo/ = « lack »
- de /də/ = « of »
- principe (m.) /pʁɛ̃.sip/ = « principle »
- et /e/ = « and »
- où /u/ = « where »
- il /il/ = « it »
- ne /nə/ = « not »
- peut /pø/ = « can »
- y /i/ = « there »
- avoir /a.vwaʁ/ = « have »
- que /kə/ = « except » (ne…que = « only »)
- désordre (m.) /de.zɔʁdʁ/ = « disorder »
- et /e/ = « and »
- confusion (f.) /kɔ̃.fy.zjɔ̃/ = « confusion »
Grammaire :
Il est trop évident que : impersonal il est évident que + indicative.
Ne peut conférer… qu’il ne possède pas : ne… pas negative. Possède = present tense. Lui-même = « itself » (emphatic).
Ne peut venir que d’en haut : ne…que = « only ». D’en haut = « from above ».
Disons-le en passant : imperative disons (let us say) + le (it) + en passant (in passing).
Ne peut être légitimé que par : ne…que = « only ». Légitimé = past participle.
Sanction de quelque chose de supérieur à : de supérieur = adjective modifying quelque chose.
C’est-à-dire = « that is to say ».
S’il en est autrement : s’il en est = « if it is (of it) ». Autrement = « otherwise ».
Ce n’est plus qu’une contrefaçon : ne…plus = « no longer ». Ne…que = « only » (combined: « is no longer anything but »).
Un état de fait = « a state of fact / a de facto situation ».
Par défaut de principe = « by lack of principle ».
Où il ne peut y avoir que : où = « where ». Il ne peut y avoir que = « there can only be ».
Sens général :
Il est trop évident que le peuple ne peut conférer un pouvoir qu’il ne possède pas lui-même. Le véritable pouvoir ne peut venir que d’en haut, et c’est pourquoi, disons-le en passant, il ne peut être légitimé que par la sanction de quelque chose de supérieur à l’ordre social, c’est-à-dire d’une autorité spirituelle. S’il en va autrement, ce n’est plus qu’une contrefaçon de pouvoir, un état de fait qui est injustifiable par manque de principe, et où il ne peut y avoir que désordre et confusion.
Ce renversement de toute hiérarchie commence dès que le pouvoir temporel veut se rendre indépendant de l’autorité spirituelle, puis se la subordonner en prétendant la faire servir à des fins politiques ; il y a là une première usurpation qui ouvre la voie à toutes les autres, et l’on pourrait ainsi montrer que, par exemple, la royauté française, depuis le XIVe siècle, a travaillé elle-même inconsciemment à préparer la Révolution qui devait la renverser ; peut-être aurons-nous quelque jour l’occasion de développer comme il le mériterait ce point de vue que, pour le moment, nous ne pouvons qu’indiquer d’une façon très sommaire.
- Ce /sə/ = « This »
- renversement (m.) /ʁɑ̃.vɛʁ.sə.mɑ̃/ = « overturning »
- de /də/ = « of »
- toute (f.) /tut/ = « all »
- hiérarchie (f.) /je.ʁaʁ.ʃi/ = « hierarchy »
- commence /kɔ.mɑ̃s/ = « begins »
- dès /dɛ/ = « as soon as »
- que /kə/ = « that »
- le (m.) /lə/ = « the »
- pouvoir (m.) /pu.vwaʁ/ = « power »
- temporel /tɑ̃.pɔ.ʁɛl/ = « temporal »
- veut /vø/ = « wants »
- se /sə/ = « itself »
- rendre /ʁɑ̃dʁ/ = « make »
- indépendant /ɛ̃.de.pɑ̃.dɑ̃/ = « independent »
- de /də/ = « of »
- l’ (f.) /l/ = « the »
- autorité (f.) /o.tɔ.ʁi.te/ = « authority »
- spirituelle /spi.ʁi.tɥɛl/ = « spiritual »
- puis /pɥi/ = « then »
- se /sə/ = « to itself »
- la /la/ = « it » (l’autorité spirituelle)
- subordonner /sy.bɔʁ.dɔ.ne/ = « subordinate »
- en /ɑ̃/ = « by »
- prétendant /pʁe.tɑ̃.dɑ̃/ = « claiming »
- la /la/ = « it »
- faire /fɛʁ/ = « make »
- servir /sɛʁ.viʁ/ = « serve »
- à /a/ = « to »
- des (f. pl.) /de/ = « some »
- fins (f. pl.) /fɛ̃/ = « ends »
- politiques /pɔ.li.tik/ = « political »
- il /il/ = « it »
- y /i/ = « there »
- a /a/ = « has »
- là /la/ = « there »
- une (f.) /yn/ = « a »
- première /pʁə.mjɛʁ/ = « first »
- usurpation (f.) /y.zyʁ.pa.sjɔ̃/ = « usurpation »
- qui /ki/ = « which »
- ouvre /uvʁ/ = « opens »
- la (f.) /la/ = « the »
- voie (f.) /vwa/ = « way »
- à /a/ = « to »
- toutes (f. pl.) /tut/ = « all »
- les (f. pl.) /le/ = « the »
- autres /otʁ/ = « others »
- et /e/ = « and »
- l’ /l/ = « one »
- on /ɔ̃/ = « one »
- pourrait /pu.ʁɛ/ = « could »
- ainsi /ɛ̃.si/ = « thus »
- montrer /mɔ̃.tʁe/ = « show »
- que /kə/ = « that »
- par /paʁ/ = « for »
- exemple /ɛɡ.zɑ̃pl/ = « example »
- la (f.) /la/ = « the »
- royauté (f.) /ʁwa.jo.te/ = « royalty »
- française /fʁɑ̃.sɛz/ = « French »
- depuis /də.pɥi/ = « since »
- le (m.) /lə/ = « the »
- XIVe /ka.tɔʁ.zjɛm/ = « 14th »
- siècle (m.) /sjɛkl/ = « century »
- a /a/ = « has »
- travaillé /tʁa.va.je/ = « worked »
- elle-même /ɛl.mɛm/ = « itself »
- inconsciemment /ɛ̃.kɔ̃.sja.mɑ̃/ = « unconsciously »
- à /a/ = « to »
- préparer /pʁe.pa.ʁe/ = « prepare »
- la (f.) /la/ = « the »
- Révolution (f.) /ʁe.vɔ.ly.sjɔ̃/ = « Revolution »
- qui /ki/ = « which »
- devait /də.vɛ/ = « would » (imperfect of devoir = « was destined to »)
- la /la/ = « it » (la royauté)
- renverser /ʁɑ̃.vɛʁ.se/ = « overthrow »
- peut-être /pø.tɛtʁ/ = « perhaps »
- aurons-nous /o.ʁɔ̃ nu/ = « we will have » (inversion)
- quelque /kɛl.kə/ = « some »
- jour (m.) /ʒuʁ/ = « day »
- l’ (f.) /l/ = « the »
- occasion (f.) /ɔ.ka.zjɔ̃/ = « occasion »
- de /də/ = « to »
- développer /de.və.lɔ.pe/ = « develop »
- comme /kɔm/ = « as »
- il /il/ = « it »
- le /lə/ = « it »
- mériterait /me.ʁi.tə.ʁɛ/ = « would deserve »
- ce /sə/ = « this »
- point (m.) /pwɛ̃/ = « point »
- de /də/ = « of »
- vue (f.) /vy/ = « view »
- que /kə/ = « which »
- pour /puʁ/ = « for »
- le (m.) /lə/ = « the »
- moment (m.) /mɔ.mɑ̃/ = « moment »
- nous /nu/ = « we »
- ne /nə/ = « not »
- pouvons /pu.vɔ̃/ = « can »
- qu’ /k/ = « except » (ne…que = « only »)
- indiquer /ɛ̃.di.ke/ = « indicate »
- d’ /d/ = « in »
- une (f.) /yn/ = « a »
- façon (f.) /fa.sɔ̃/ = « way »
- très /tʁɛ/ = « very »
- sommaire /sɔ.mɛʁ/ = « summary / brief »
Grammaire :
Ce renversement de toute hiérarchie commence dès que : dès que = « as soon as ».
Veut se rendre indépendant de : vouloir + infinitive. Se rendre + adjective = « to make oneself ».
Puis se la subordonner : se la = reflexive se (to itself) + direct object la (it, referring to l’autorité spirituelle). Subordonner = infinitive.
En prétendant la faire servir à : present participle prétendant = « by claiming ». La faire servir = « make it serve ».
Il y a là une première usurpation : il y a = « there is ». Là = « there ».
Qui ouvre la voie à = « which opens the way to ».
L’on pourrait ainsi montrer que : l’on = formal on. Pourrait = conditional of pouvoir (could).
Depuis le XIVe siècle = « since the 14th century ».
A travaillé… à préparer : passé composé of travailler à = « worked to prepare ».
Elle-même = « itself » (emphatic).
Qui devait la renverser : devoir in imperfect = « was destined to / would ». Infinitive renverser.
Peut-être aurons-nous : future of avoir with inversion after peut-être (optional).
Comme il le mériterait : comme = « as ». Mériterait = conditional of mériter (would deserve). Le = « it ».
Nous ne pouvons qu’indiquer : ne…que = « only ».
D’une façon très sommaire = « in a very summary way ».
Sens général :
Ce renversement de toute hiérarchie commence dès que le pouvoir temporel veut se rendre indépendant de l’autorité spirituelle, puis se la subordonner en prétendant la faire servir à des fins politiques. Il y a là une première usurpation qui ouvre la voie à toutes les autres, et l’on pourrait ainsi montrer que, par exemple, la royauté française, depuis le XIVe siècle, a travaillé elle-même inconsciemment à préparer la Révolution qui devait la renverser. Peut-être aurons-nous un jour l’occasion de développer comme il le mériterait ce point de vue que, pour le moment, nous ne pouvons qu’indiquer d’une façon très sommaire.
Résumé
Guénon résume l’argument décisif contre la démocratie en quelques mots : le supérieur ne peut émaner de l’inférieur, car le « plus » ne peut sortir du « moins », avec une rigueur mathématique absolue. Il remarque que ce même argument, appliqué dans un autre ordre, vaut aussi contre le matérialisme, et que ces deux choses sont étroitement solidaires. Il est évident que le peuple ne peut conférer un pouvoir qu’il ne possède pas lui-même ; le véritable pouvoir ne peut venir que d’en haut et n’être légitimé que par la sanction d’une autorité spirituelle, sans quoi il n’est qu’une contrefaçon injustifiable. Le renversement de toute hiérarchie commence dès que le pouvoir temporel veut se rendre indépendant de l’autorité spirituelle, puis se la subordonner ; ainsi la royauté française, depuis le XIVe siècle, a préparé inconsciemment la Révolution qui devait la renverser.
Remarques générales
- le supérieur ne peut émaner de l’inférieur, le « plus » ne peut pas sortir du « moins » — Guénon énonce un principe métaphysique fondamental d’origine aristotélicienne et néoplatonicienne : la cause doit être au moins égale à son effet, et l’inférieur ne saurait produire le supérieur. Ce principe est la base de toute critique traditionnelle aussi bien de la démocratie (le peuple, quantité inférieure, ne peut engendrer l’autorité qualitativement supérieure) que du matérialisme (la matière inférieure ne peut produire l’esprit supérieur). La référence à la « rigueur mathématique » souligne son caractère apodictique. ↩︎
- « matérialisme » — Guénon désigne par là toute doctrine qui fait de la matière le principe premier et la cause de toute réalité, y compris de l’esprit, de la conscience ou de l’intelligence. L’argument causal (le « plus » ne sort pas du « moins ») invalide cette prétention : la conscience ne peut émerger de la matière inerte. Ce lien entre critique de la démocratie et critique du matérialisme montre que ces deux erreurs modernes procèdent d’une même méconnaissance des principes hiérarchiques. ↩︎
- le peuple ne peut conférer un pouvoir qu’il ne possède pas lui-même — Guénon réduit ici à l’absurde le fondement de la souveraineté populaire telle que la conçoit la doctrine démocratique moderne. Si le pouvoir « vient d’en bas », il ne peut être que ce que le peuple possède déjà, à savoir une multitude désordonnée de volontés individuelles et d’intérêts particuliers. Le peuple ne possède pas l’unité, l’autorité et la légitimité du vrai pouvoir, qui sont des qualités d’ordre supérieur ; il ne peut donc les conférer à personne. ↩︎
- autorité spirituelle — Guénon désigne par cette expression l’autorité qui détient la connaissance métaphysique et initiatique, distincte du pouvoir temporel (politique, royal). Dans la chrétienté médiévale, cette autorité est représentée par le pontife romain ; dans l’Inde traditionnelle, par la caste des brahmanes (brāhmaṇa ; Guénon écrit « Brahmanes », translittération standard brāhmaṇa). L’autorité spirituelle est la gardienne des principes supérieurs qui conditionnent toute légitimité temporelle. ↩︎
- pouvoir temporel voulant se rendre indépendant de l’autorité spirituelle, puis se la subordonner — Guénon décrit les deux étapes de l’usurpation moderne : d’abord l’émancipation du politique à l’égard du spirituel (autonomie de l’État), puis l’asservissement du spirituel au politique (césaropapisme, gallicanisme, Églises nationales). Cette double usurpation est le véritable commencement du désordre hiérarchique qui culmine avec la Révolution française. La première étape (indépendance) conduit nécessairement à la seconde (subordination), car le temporel, une fois libéré du contrôle spirituel, cherche naturellement à dominer ce qu’il ne peut plus respecter. ↩︎
- la royauté française, depuis le XIVe siècle, a travaillé elle-même inconsciemment à préparer la Révolution — Guénon fait ici référence à l’histoire des rapports entre le trône de France et la papauté. À partir du règne de Philippe le Bel (1285-1314), qui provoqua l’installation des papes à Avignon et la suppression de l’ordre du Temple, les rois de France ont progressivement affaibli l’autorité spirituelle du Saint-Siège pour la subordonner à leurs intérêts politiques. Ce processus s’est accentué avec le gallicanisme (doctrine de l’indépendance de l’Église de France vis-à-vis de Rome) et l’absolutisme royal. En sapant la seule instance spirituelle qui légitimait leur propre pouvoir, les rois ont préparé inconsciemment l’effondrement de la monarchie lors de la Révolution de 1789. ↩︎