Si la compétence des « spécialistes » est souvent fort illusoire, et en tout cas limitée à un domaine très étroit, la croyance à cette compétence est cependant un fait, et l’on peut se demander comment il se fait que cette croyance ne joue plus aucun rôle quand il s’agit de la carrière des hommes politiques, où l’incompétence la plus complète est rarement un obstacle.
- Si /si/ = « If / Although »
- la (f.) /la/ = « the »
- compétence (f.) /kɔ̃.pe.tɑ̃s/ = « competence »
- des (m. pl.) /de/ = « of the »
- spécialistes (m. pl.) /spe.sja.list/ = « specialists »
- est /ɛ/ = « is »
- souvent /su.vɑ̃/ = « often »
- fort /fɔʁ/ = « very » (fort = « very » as adverb)
- illusoire /i.ly.zwaʁ/ = « illusory »
- et /e/ = « and »
- en /ɑ̃/ = « in »
- tout /tu/ = « all »
- cas (m.) /ka/ = « case » (en tout cas = « in any case »)
- limitée (f.) /li.mi.te/ = « limited »
- à /a/ = « to »
- un (m.) /œ̃/ = « a »
- domaine (m.) /dɔ.mɛn/ = « domain »
- très /tʁɛ/ = « very »
- étroit /e.tʁwa/ = « narrow »
- la (f.) /la/ = « the »
- croyance (f.) /kʁwa.jɑ̃s/ = « belief »
- à /a/ = « in »
- cette (f.) /sɛt/ = « this »
- compétence (f.) /kɔ̃.pe.tɑ̃s/ = « competence »
- est /ɛ/ = « is »
- cependant /sə.pɑ̃.dɑ̃/ = « however »
- un (m.) /œ̃/ = « a »
- fait (m.) /fɛ/ = « fact »
- et /e/ = « and »
- l’ /l/ = « one »
- on /ɔ̃/ = « one »
- peut /pø/ = « can »
- se /sə/ = « to oneself »
- demander /də.mɑ̃.de/ = « ask »
- comment /kɔ.mɑ̃/ = « how »
- il /il/ = « it »
- se /sə/ = « itself »
- fait /fɛ/ = « happens » (il se fait que = « it happens that »)
- que /kə/ = « that »
- cette (f.) /sɛt/ = « this »
- croyance (f.) /kʁwa.jɑ̃s/ = « belief »
- ne /nə/ = « not »
- joue /ʒu/ = « plays »
- plus /ply/ = « no longer »
- aucun /o.kœ̃/ = « any » (with ne)
- rôle (m.) /ʁol/ = « role »
- quand /kɑ̃/ = « when »
- il /il/ = « it »
- s’ /s/ = « itself »
- agit /a.ʒi/ = « is a question » (s’agir de)
- de /də/ = « of »
- la (f.) /la/ = « the »
- carrière (f.) /ka.ʁjɛʁ/ = « career »
- des (m. pl.) /de/ = « of the »
- hommes (m. pl.) /ɔm/ = « men »
- politiques /pɔ.li.tik/ = « political »
- où /u/ = « where »
- l’ (f.) /l/ = « the »
- incompétence (f.) /ɛ̃.kɔ̃.pe.tɑ̃s/ = « incompetence »
- la (f.) /la/ = « the »
- plus /ply/ = « most »
- complète (f.) /kɔ̃.plɛt/ = « complete »
- est /ɛ/ = « is »
- rarement /ʁaʁ.mɑ̃/ = « rarely »
- un (m.) /œ̃/ = « an »
- obstacle (m.) /ɔp.stakl/ = « obstacle »
Grammaire :
Si la compétence… est souvent fort illusoire : si here can mean « although » or « if ». Fort as adverb = « very ».
Limitée à un domaine très étroit : past participle limitée agrees with compétence (feminine singular).
La croyance à cette compétence : croyance à = « belief in ».
L’on peut se demander : l’on = formal variant of on. Se demander = « to wonder ».
Comment il se fait que : il se fait que = « it happens that ». Followed by indicative.
Ne joue plus aucun rôle : ne…plus = « no longer ». Aucun with ne = « no / any » (negative).
Quand il s’agit de : s’agir de = « to be a question of ». Used impersonally.
Où l’incompétence la plus complète est rarement un obstacle : où = « where ». La plus complète = superlative.
Sens général :
Si la compétence des « spécialistes » est souvent très illusoire, et en tout cas limitée à un domaine très étroit, la croyance en cette compétence est cependant un fait, et l’on peut se demander comment il se fait que cette croyance ne joue plus aucun rôle quand il s’agit de la carrière des hommes politiques, où l’incompétence la plus complète est rarement un obstacle.
Pourtant, si l’on y réfléchit, on s’aperçoit aisément qu’il n’y a là rien dont on doive s’étonner, et que ce n’est en somme qu’un résultat très naturel de la conception « démocratique », en vertu de laquelle le pouvoir vient d’en bas et s’appuie essentiellement sur la majorité, ce qui a nécessairement pour corollaire l’exclusion de toute véritable compétence, parce que la compétence est toujours une supériorité au moins relative et ne peut être que l’apanage d’une minorité.
- Pourtant /puʁ.tɑ̃/ = « Yet »
- si /si/ = « if »
- l’ /l/ = « one »
- on /ɔ̃/ = « one »
- y /i/ = « about it » (y réfléchir = « to think about it »)
- réfléchit /ʁe.fle.ʃi/ = « reflects »
- on /ɔ̃/ = « one »
- s’ /s/ = « oneself »
- aperçoit /a.pɛʁ.swa/ = « realizes » (s’apercevoir = « to realize »)
- aisément /ɛ.ze.mɑ̃/ = « easily »
- qu’ /k/ = « that »
- il /il/ = « it »
- n’ /n/ = « not »
- y /i/ = « there »
- a /a/ = « has »
- là /la/ = « there »
- rien /ʁjɛ̃/ = « nothing »
- dont /dɔ̃/ = « of which »
- on /ɔ̃/ = « one »
- doive /dwav/ = « should » (subjunctive of devoir)
- s’ /s/ = « oneself »
- étonner /e.tɔ.ne/ = « be surprised »
- et /e/ = « and »
- que /kə/ = « that »
- ce /sə/ = « it »
- n’ /n/ = « not »
- est /ɛ/ = « is »
- en /ɑ̃/ = « in »
- somme /sɔm/ = « short » (en somme = « in short »)
- qu’ /k/ = « only » (ne…que = « only »)
- un (m.) /œ̃/ = « a »
- résultat (m.) /ʁe.zyl.ta/ = « result »
- très /tʁɛ/ = « very »
- naturel /na.ty.ʁɛl/ = « natural »
- de /də/ = « of »
- la (f.) /la/ = « the »
- conception (f.) /kɔ̃.sɛp.sjɔ̃/ = « conception »
- démocratique /de.mɔ.kʁa.tik/ = « democratic »
- en /ɑ̃/ = « by »
- vertu (f.) /vɛʁ.ty/ = « virtue » (en vertu de = « by virtue of »)
- de /də/ = « of »
- laquelle /la.kɛl/ = « which »
- le (m.) /lə/ = « the »
- pouvoir (m.) /pu.vwaʁ/ = « power »
- vient /vjɛ̃/ = « comes »
- d’ /d/ = « from »
- en /ɑ̃/ = « below » (d’en bas = « from below »)
- bas /ba/ = « bottom »
- et /e/ = « and »
- s’ /s/ = « itself »
- appuie /a.pɥi/ = « leans / relies »
- essentiellement /e.sɑ̃.sjɛl.mɑ̃/ = « essentially »
- sur /syʁ/ = « on »
- la (f.) /la/ = « the »
- majorité (f.) /ma.ʒɔ.ʁi.te/ = « majority »
- ce /sə/ = « which »
- qui /ki/ = « which »
- a /a/ = « has »
- nécessairement /ne.se.sɛʁ.mɑ̃/ = « necessarily »
- pour /puʁ/ = « as »
- corollaire (m.) /kɔ.ʁɔ.lɛʁ/ = « corollary »
- l’ (f.) /l/ = « the »
- exclusion (f.) /ɛk.skly.zjɔ̃/ = « exclusion »
- de /də/ = « of »
- toute (f.) /tut/ = « all / any »
- véritable /ve.ʁi.tabl/ = « true »
- compétence (f.) /kɔ̃.pe.tɑ̃s/ = « competence »
- parce que /paʁs kə/ = « because »
- la (f.) /la/ = « the »
- compétence (f.) /kɔ̃.pe.tɑ̃s/ = « competence »
- est /ɛ/ = « is »
- toujours /tu.ʒuʁ/ = « always »
- une (f.) /yn/ = « a »
- supériorité (f.) /sy.pe.ʁjɔ.ʁi.te/ = « superiority »
- au /o/ = « at the »
- moins /mwɛ̃/ = « least » (au moins = « at least »)
- relative /ʁə.la.tiv/ = « relative »
- et /e/ = « and »
- ne /nə/ = « not »
- peut /pø/ = « can »
- être /ɛtʁ/ = « be »
- que /kə/ = « except » (ne…que = « only »)
- l’ (m.) /l/ = « the »
- apanage (m.) /a.pa.naʒ/ = « prerogative / preserve »
- d’ /d/ = « of »
- une (f.) /yn/ = « a »
- minorité (f.) /mi.nɔ.ʁi.te/ = « minority »
Grammaire :
Si l’on y réfléchit : y refers to the situation (about it). Réfléchir à = « to think about ».
On s’aperçoit aisément : s’apercevoir = « to realize ». Present tense.
Il n’y a là rien dont on doive s’étonner : il n’y a… rien = « there is nothing ». Là = « there ». Dont = « of which ». Doive = subjunctive of devoir (should) after rien dont (indefinite antecedent). S’étonner de = « to be surprised at ».
Ce n’est en somme qu’un résultat : ne…que = « only ». En somme = « in short ».
En vertu de laquelle : laquelle refers to la conception démocratique.
Vient d’en bas : d’en bas = « from below ».
S’appuie sur : reflexive s’appuyer sur = « to rely on / lean on ».
Ce qui a nécessairement pour corollaire : ce qui = « which » (refers to preceding idea). Avoir pour corollaire = « to have as a corollary ».
L’exclusion de toute véritable compétence : toute = « any » / « all ».
Ne peut être que l’apanage d’une minorité : ne…que = « only ». L’apanage de = « the preserve of ».
Sens général :
Pourtant, si l’on y réfléchit, on réalise facilement qu’il n’y a là rien dont on doive être surpris, et que ce n’est en somme qu’un résultat très naturel de la conception « démocratique », en vertu de laquelle le pouvoir vient d’en bas et repose essentiellement sur la majorité, ce qui a nécessairement pour conséquence l’exclusion de toute véritable compétence, parce que la compétence est toujours une supériorité au moins relative et ne peut être que le privilège d’une minorité.
Résumé
Guénon observe que la compétence des « spécialistes » est souvent illusoire et limitée à un domaine très étroit, mais que la croyance en cette compétence existe néanmoins. Il s’étonne que cette croyance ne joue plus aucun rôle dans la carrière des hommes politiques, où l’incompétence la plus complète est rarement un obstacle. Il explique qu’il n’y a là rien d’étonnant, car c’est un résultat naturel de la conception « démocratique », selon laquelle le pouvoir vient d’en bas et s’appuie sur la majorité. Cette conception exclut nécessairement toute véritable compétence, puisque la compétence est toujours une supériorité relative et ne peut être que l’apanage d’une minorité.
Remarques générales
- croyance à cette compétence — Guénon distingue ici la réalité objective de la compétence (qui, pour un spécialiste, reste illusoire ou très limitée) de la croyance collective en cette compétence. Le fait social est la croyance, non la réalité. Cette croyance est entretenue par le prestige du titre ou du diplôme. ↩︎
- incompétence la plus complète — Guénon oppose la prétendue compétence des spécialistes techniques (ingénieurs, savants, experts) à l’incompétence notoire des politiciens. Cette incompétence n’est pas un accident mais une conséquence structurelle du système démocratique, qui privilégie la popularité sur la qualification. ↩︎
- conception « démocratique » — Les guillemets indiquent que Guénon ne reconnaît pas à la démocratie le statut d’un régime politique légitime au sens traditionnel. Il s’agit d’une conception dont il va déconstruire les présupposés : l’origine « d’en bas » du pouvoir (souveraineté populaire) et le principe majoritaire. ↩︎
- apanage d’une minorité — Guénon affirme un principe traditionnel universel : la compétence réelle (dans l’ordre intellectuel, spirituel, technique ou artisanal) est toujours l’attribut d’une élite restreinte, non de la majorité. La loi majoritaire, en inversant ce rapport, institue le règne de l’incompétence. ↩︎