Ce que nous venons de dire se rapporte proprement aux possibilités que le Catholicisme, par son principe, porte en lui-même d’une façon constante et inaltérable ; ici, par conséquent, l’influence de l’esprit moderne se borne forcément à empêcher, pendant une période plus ou moins longue, que certaines choses soient effectivement comprises.
- Ce que nous venons de dire /sə kə nu və.nɔ̃ də diʁ/ = « What we have just said »
- se rapporte proprement aux possibilités /sə ʁa.pɔʁt pʁɔ.pʁə.mɑ̃ o pɔ.si.bi.li.te/ = « relates properly to the possibilities »
- que le Catholicisme /kə lə ka.to.li.sism/ = « that Catholicism »
- par son principe /paʁ sɔ̃ pʁɛ̃.sip/ = « by its principle »
- porte en lui-même /pɔʁ.t‿ɑ̃ lɥi mɛm/ = « carries within itself »
- d’une façon constante et inaltérable /dyn fa.sɔ̃ kɔ̃s.tɑ̃t e i.nal.te.ʁabl/ = « in a constant and unalterable way »
- ici, par conséquent /i.si paʁ kɔ̃.se.kɑ̃/ = « here, consequently »
- l’influence de l’esprit moderne (f.) /lɛ̃.fly.ɑ̃s də lɛs.pʁi mɔ.dɛʁn/ = « the influence of the modern spirit »
- se borne forcément à empêcher /sə bɔʁn fɔʁ.se.mɑ̃ a ɑ̃.pe.ʃe/ = « is necessarily limited to preventing »
- pendant une période plus ou moins longue /pɑ̃.dɑ̃.t‿yn pe.ʁjɔd ply u mwɛ̃ lɔ̃ɡ/ = « for a more or less long period »
- que certaines choses soient effectivement comprises /kə sɛʁ.tɛn ʃoz swa e.fɛk.tiv.mɑ̃ kɔ̃.pʁiz/ = « that certain things be effectively understood »
Grammaire :
venons de dire : venir de + infinitive = « have just ».
se rapporte à : reflexive se rapporter à = « to relate to » – aux = contraction à les.
porte : 3rd person singular present of porter (to carry).
se borne à : reflexive se borner à = « to be limited to » – followed by infinitive.
que… soient comprises : subjunctive passive after empêcher que – comprises agrees with choses (feminine plural).
Sens général :
Ce que nous venons de dire se rapporte proprement aux possibilités que le Catholicisme, par son principe, porte en lui-même d’une façon constante et inaltérable. Ici, par conséquent, l’influence de l’esprit moderne se borne forcément à empêcher, pendant une période plus ou moins longue, que certaines choses soient effectivement comprises.
Par contre, si l’on voulait, en parlant de l’état présent du Catholicisme, entendre par là la façon dont il est envisagé par la grande majorité de ses adhérents eux-mêmes, on serait bien obligé de constater une action plus positive de l’esprit moderne, si cette expression peut être employée pour quelque chose qui, en réalité, est essentiellement négatif.
- Par contre /paʁ kɔ̃tʁ/ = « On the other hand »
- si l’on voulait /si lɔ̃ vu.lɛ/ = « if one wanted »
- en parlant de l’état présent du Catholicisme /ɑ̃ paʁ.lɑ̃ də le.ta pʁe.zɑ̃ dy ka.to.li.sism/ = « in speaking of the present state of Catholicism »
- entendre par là /ɑ̃.tɑ̃dʁ paʁ la/ = « to understand by that »
- la façon dont il est envisagé /la fa.sɔ̃ dɔ̃.t‿i.l‿ɛ.t‿ɑ̃.vi.za.ʒe/ = « the way in which it is considered »
- par la grande majorité de ses adhérents eux-mêmes /paʁ la ɡʁɑ̃d ma.ʒɔ.ʁi.te də se.z‿a.de.ʁɑ̃ ø mɛm/ = « by the great majority of its adherents themselves »
- on serait bien obligé de constater /ɔ̃ sə.ʁɛ bjɛ̃.n‿ɔ.bli.ʒe də kɔ̃.sta.te/ = « one would be quite obliged to note »
- une action plus positive de l’esprit moderne (f.) /y.n‿ak.sjɔ̃ ply pɔ.zi.tiv də lɛs.pʁi mɔ.dɛʁn/ = « a more positive action of the modern spirit »
- si cette expression peut être employée /si sɛ.t‿ɛk.spʁɛ.sjɔ̃ pø ɛtʁ ɑ̃.plwa.je/ = « if this expression can be used »
- pour quelque chose qui /puʁ kɛl.kə ʃoz ki/ = « for something that »
- en réalité /ɑ̃ ʁe.a.li.te/ = « in reality »
- est essentiellement négatif /ɛ.t‿e.sɑ̃.sjɛl.mɑ̃ ne.ɡa.tif/ = « is essentially negative »
Grammaire :
Par contre : « on the other hand » / « whereas ».
voulait : imperfect of vouloir – in si clause for hypothetical.
entendre par là : « to understand by that ».
la façon dont : dont = « in which ».
il est envisagé : passive – « it is considered ».
on serait obligé de : conditional of être + obligé de – « one would be obliged to ».
peut être employée : passive – employée agrees with expression (feminine singular).
Sens général :
Par contre, si l’on voulait – en parlant de l’état présent du Catholicisme – entendre par là la façon dont il est envisagé par la grande majorité de ses adhérents eux-mêmes, on serait bien obligé de constater une action plus positive de l’esprit moderne – si cette expression peut être employée pour quelque chose qui, en réalité, est essentiellement négatif.
Ce que nous avons en vue à cet égard, ce ne sont pas seulement des mouvements assez nettement définis, comme celui auquel on a donné précisément le nom de « modernisme », et qui ne fut rien d’autre qu’une tentative, heureusement déjouée, d’infiltration de l’esprit protestant à l’intérieur de l’Église catholique elle-même ; c’est surtout un état d’esprit beaucoup plus général, plus diffus et plus difficilement saisissable, donc plus dangereux encore, d’autant plus dangereux même qu’il est souvent tout à fait inconscient chez ceux qui en sont affectés : on peut se croire sincèrement religieux et ne l’être nullement au fond, on peut même se dire « traditionaliste » sans avoir la moindre notion du véritable esprit traditionnel, et c’est là encore un des symptômes du désordre mental de notre époque.
- Ce que nous avons en vue à cet égard /sə kə nu.z‿a.vɔ̃ ɑ̃ vy a sɛ.t‿e.ɡaʁ/ = « What we have in view in this regard »
- ce ne sont pas seulement des mouvements assez nettement définis /sə nə sɔ̃ pa sœl.mɑ̃ de muv.mɑ̃ a.se nɛt.mɑ̃ de.fi.ni/ = « these are not only rather clearly defined movements »
- comme celui auquel on a donné précisément le nom de « modernisme » /kɔm sə.lɥi o.kɛl ɔ̃.n‿a dɔ.ne pʁe.si.ze.mɑ̃ lə nɔ̃ də mɔ.dɛʁ.nism/ = « like that to which precisely was given the name of ‘modernism' »
- et qui ne fut rien d’autre qu’une tentative /e ki nə fy ʁjɛ̃ dotʁ kyn tɑ̃.ta.tiv/ = « and which was nothing other than an attempt »
- heureusement déjouée /ø.ʁøz.mɑ̃ de.ʒwe/ = « happily thwarted »
- d’infiltration de l’esprit protestant /dɛ̃.fil.tʁa.sjɔ̃ də lɛs.pʁi pʁɔ.tɛs.tɑ̃/ = « of infiltration of the Protestant spirit »
- à l’intérieur de l’Église catholique elle-même /a lɛ̃.te.ʁjœʁ də le.ɡliz ka.to.lik ɛl mɛm/ = « inside the Catholic Church itself »
- c’est surtout un état d’esprit beaucoup plus général /sɛ syʁ.tu œ̃.n‿e.ta dɛs.pʁi bo.ku ply ʒe.ne.ʁal/ = « it is above all a much more general state of mind »
- plus diffus /ply di.fy/ = « more diffuse »
- et /e/ = « and »
- plus difficilement saisissable /ply di.fi.sil.mɑ̃ sɛ.zi.sabl/ = « and more difficult to grasp »
- donc plus dangereux encore /dɔ̃k ply dɑ̃.ʒe.ʁø ɑ̃.kɔʁ/ = « therefore even more dangerous »
- d’autant plus dangereux même /do.tɑ̃ ply dɑ̃.ʒe.ʁø mɛm/ = « all the more dangerous even »
- qu’il est souvent tout à fait inconscient chez ceux qui en sont affectés /k‿i.l‿ɛ su.vɑ̃ tu.ta.fɛ ɛ̃.kɔ̃.sjɑ̃ ʃe sø ki ɑ̃ sɔ̃.t‿a.fɛk.te/ = « as it is often quite unconscious in those who are affected by it »
- on peut se croire sincèrement religieux /ɔ̃ pø sə kʁwaʁ sɛ̃.sɛʁ.mɑ̃ ʁə.li.ʒjø/ = « one can believe oneself sincerely religious »
- et ne l’être nullement au fond /e nə lɛtʁ ny.lə.mɑ̃ o fɔ̃/ = « and not be so at all fundamentally »
- on peut même se dire « traditionaliste » /ɔ̃ pɛ mɛm sə diʁ tʁa.di.sjɔ.na.list/ = « one can even call oneself ‘traditionalist' »
- sans avoir la moindre notion /sɑ̃.z‿a.vwaʁ la mwɛ̃dʁ nɔ.sjɔ̃/ = « without having the slightest notion »
- du véritable esprit traditionnel (m.) /dy ve.ʁi.tabl ɛs.pʁi tʁa.di.sjɔ.nɛl/ = « of the true traditional spirit »
- et c’est là encore /e sɛ la ɑ̃.kɔʁ/ = « and this is again »
- un des symptômes du désordre mental de notre époque (m.) /œ̃ de sɛ̃p.tom dy de.zɔʁdʁ mɑ̃.tal də nɔ.tʁ‿e.pɔk/ = « one of the symptoms of the mental disorder of our era »
Grammaire :
ce que nous avons en vue : « what we have in view » / « what we are considering ».
ce ne sont pas seulement : « these are not only » – ce is plural here referring to mouvements.
celui auquel : celui = « the one » (masculine singular) – auquel = contraction à lequel.
ne fut rien d’autre que : passé simple of être – « was nothing other than ».
heureusement déjouée : past participle agreeing with tentative (feminine singular) – « happily thwarted ».
d’autant plus… que : « all the more… as » – expresses proportional cause.
chez ceux qui en sont affectés : en = « by it » – affectés = past participle used as adjective – agrees with ceux (masculine plural).
ne l’être : l’ = direct object pronoun « it » (religieux).
se dire : reflexive – « to call oneself ».
Sens général :
Ce que nous avons en vue à cet égard, ce ne sont pas seulement des mouvements assez nettement définis – comme celui auquel on a donné précisément le nom de « modernisme » – et qui ne fut rien d’autre qu’une tentative (heureusement déjouée) d’infiltration de l’esprit protestant à l’intérieur de l’Église catholique elle-même. C’est surtout un état d’esprit beaucoup plus général, plus diffus et plus difficilement saisissable – donc plus dangereux encore – d’autant plus dangereux même qu’il est souvent tout à fait inconscient chez ceux qui en sont affectés : on peut se croire sincèrement religieux et ne l’être nullement au fond – on peut même se dire « traditionaliste » sans avoir la moindre notion du véritable esprit traditionnel – et c’est là encore un des symptômes du désordre mental de notre époque.
L’état d’esprit auquel nous faisons allusion est, tout d’abord, celui qui consiste, si l’on peut dire, à « minimiser » la religion, à en faire quelque chose que l’on met à part, à quoi on se contente d’assigner une place bien délimitée et aussi étroite que possible, quelque chose qui n’a aucune influence réelle sur le reste de l’existence, qui en est isolé par une sorte de cloison étanche ; est-il aujourd’hui beaucoup de catholiques qui aient, dans la vie courante, des façons de penser et d’agir sensiblement différentes de celles de leurs contemporains les plus « aréligieux » ?
- L’état d’esprit auquel nous faisons allusion /le.ta dɛs.pʁi o.kɛl nu fə.zɔ̃.z‿a.ly.zjɔ̃/ = « The state of mind to which we are alluding »
- est, tout d’abord /ɛ tu da.bɔʁ/ = « is, first of all »
- celui qui consiste /sə.lɥi ki kɔ̃.sist/ = « that which consists »
- si l’on peut dire /si lɔ̃ pø diʁ/ = « if one may say »
- à « minimiser » la religion /a mi.ni.mi.ze la ʁə.li.ʒjɔ̃/ = « in ‘minimizing’ religion »
- à en faire quelque chose /a ɑ̃ fɛʁ kɛl.kə ʃoz/ = « in making of it something »
- que l’on met à part /kə lɔ̃ mɛ a paʁ/ = « that one sets apart »
- à quoi on se contente d’assigner une place bien délimitée /a kwa ɔ̃ sə kɔ̃.tɑ̃t da.si.ɲe yn plas bjɛ̃ de.li.mi.te/ = « to which one is content to assign a well-delimited place »
- et /e/ = « and »
- aussi étroite que possible /o.si e.tʁwat kə pɔ.sibl/ = « as narrow as possible »
- quelque chose /kɛl.kə ʃoz/ = « something »
- qui n’a aucune influence réelle sur le reste de l’existence /ki na o.kyn ɛ̃.fly.ɑ̃s ʁe.ɛl syʁ lə ʁɛst də lɛɡ.zis.tɑ̃s/ = « that has no real influence on the rest of existence »
- qui en est isolé /ki ɑ̃.n‿ɛt‿i.zɔ.le/ = « that is isolated from it »
- par une sorte de cloison étanche /paʁ yn sɔʁt də klwa.zɔ̃ e.tɑ̃ʃ/ = « by a kind of watertight partition »
- est-il aujourd’hui beaucoup de catholiques /ɛ.t‿il o.ʒuʁ.dɥi bo.ku də ka.to.lik/ = « are there today many Catholics »
- qui aient /ki ɛ/ = « who have » (subjunctive)
- dans la vie courante /dɑ̃ la vi ku.ʁɑ̃t/ = « in daily life »
- des façons de penser et d’agir (f. pl.) /de fa.sɔ̃ də pɑ̃.se e da.ʒiʁ/ = « ways of thinking and acting »
- sensiblement différentes de celles /sɑ̃.si.blə.mɑ̃ di.fe.ʁɑ̃t də sɛl/ = « noticeably different from those »
- de leurs contemporains les plus « aréligieux » /də lœʁ kɔ̃.tɑ̃.pɔ.ʁɛ̃ le ply za.ʁe.li.ʒjø/ = « of their most ‘areligious’ contemporaries? »
Grammaire :
auquel nous faisons allusion : auquel = contraction à lequel – faire allusion à = « to allude to ».
celui qui : « the one that » – masculine singular referring to état d’esprit.
consiste à : consister à + infinitive = « to consist in ».
en faire : en = « of it » (of religion) – faire = « to make ».
à quoi : « to which » – interrogative/relative pronoun.
se contente de : reflexive se contenter de = « to be content to » – followed by infinitive.
que possible : elliptical – « as possible ».
qui aient : subjunctive of avoir – used after est-il… beaucoup de catholiques qui in a question implying doubt.
celles : feminine plural pronoun « those » – refers to façons.
Sens général :
L’état d’esprit auquel nous faisons allusion est, tout d’abord, celui qui consiste – si l’on peut dire – à « minimiser » la religion – à en faire quelque chose que l’on met à part, à quoi on se contente d’assigner une place bien délimitée et aussi étroite que possible – quelque chose qui n’a aucune influence réelle sur le reste de l’existence, qui en est isolé par une sorte de cloison étanche. Est-il aujourd’hui beaucoup de catholiques qui aient, dans la vie courante, des façons de penser et d’agir sensiblement différentes de celles de leurs contemporains les plus « aréligieux » ?
C’est aussi l’ignorance à peu près complète au point de vue doctrinal, l’indifférence même à l’égard de tout ce qui s’y rapporte ; la religion, pour beaucoup, est simplement une affaire de « pratique », d’habitude, pour ne pas dire de routine, et l’on s’abstient soigneusement de chercher à y comprendre quoi que ce soit, on en arrive même à penser qu’il est inutile de comprendre, ou peut-être qu’il n’y a rien à comprendre ; du reste, si l’on comprenait vraiment la religion, pourrait-on lui faire une place aussi médiocre parmi ses préoccupations ?
- C’est aussi /sɛ.t‿o.si/ = « It is also »
- l’ignorance à peu près complète (f.) /li.ɲɔ.ʁɑ̃s a pø pʁɛ kɔ̃.plɛt/ = « the almost complete ignorance »
- au point de vue doctrinal /o pwɛ̃ də vy dɔk.tʁi.nal/ = « from the doctrinal point of view »
- l’indifférence même (f.) /lɛ̃.di.fe.ʁɑ̃s mɛm/ = « the very indifference »
- à l’égard de tout ce qui s’y rapporte /a le.ɡaʁ də tu sə ki si ʁa.pɔʁt/ = « with regard to everything that relates to it »
- la religion, pour beaucoup /la ʁə.li.ʒjɔ̃ puʁ bo.ku/ = « religion, for many »
- est simplement une affaire de « pratique » /ɛ sɛ̃.plə.mɑ̃ ty.n‿a.fɛʁ də pʁak.tik/ = « is simply a matter of ‘practice' »
- d’habitude /da.bi.tyd/ = « of habit »
- pour ne pas dire de routine /puʁ nə pa diʁ də ʁu.tin/ = « not to say of routine »
- et /e/ = « and »
- l’on s’abstient soigneusement de chercher à y comprendre quoi que ce soit /lɔ̃ sap.stjɛ swa.ɲøz.mɑ̃ də ʃɛʁ.ʃe a i kɔ̃.pʁɑ̃dʁ kwa kə sə swa/ = « one carefully refrains from seeking to understand anything whatsoever in it »
- on en arrive même à penser /ɔ̃ ɑ̃.n‿a.ʁiv mɛm a pɑ̃.se/ = « one even ends up thinking »
- qu’il est inutile de comprendre /k‿i.lɛ.t‿i.ny.til də kɔ̃.pʁɑ̃dʁ/ = « that it is useless to understand »
- ou peut-être qu’il n’y a rien à comprendre /u pø.tɛtʁ k‿i.l‿nja ʁjɛ̃ a kɔ̃.pʁɑ̃dʁ/ = « or perhaps that there is nothing to understand »
- du reste /dy ʁɛst/ = « besides »
- si l’on comprenait vraiment la religion /si lɔ̃ kɔ̃.pʁə.nɛ vʁɛ.mɑ̃ la ʁə.li.ʒjɔ̃/ = « if one truly understood religion »
- pourrait-on lui faire une place aussi médiocre /pu.ʁɛ.t‿ɔ̃ lɥi fɛ.ʁ‿yn plas o.si me.djɔkʁ/ = « could one make for it a place as mediocre »
- parmi ses préoccupations (f. pl.) /paʁ.mi se pʁe.ɔ.ky.pa.sjɔ̃/ = « among one’s preoccupations? »
Grammaire :
à l’égard de : « with regard to ».
s’y rapporte : s’ = reflexive, y = « to it » (to religion) – se rapporter à = « to relate to ».
pour ne pas dire : « not to say » – used to qualify a stronger term.
l’on s’abstient de : reflexive s’abstenir de = « to refrain from » – followed by infinitive.
quoi que ce soit : subjunctive expression = « anything whatsoever ».
on en arrive à : en = « by that means » – arriver à + infinitive = « to end up ».
du reste : « besides » / « moreover ».
si l’on comprenait : imperfect in si clause for hypothetical present.
pourrait-on : conditional of pouvoir – inverted question.
lui : indirect object « for it » (for religion).
Sens général :
C’est aussi l’ignorance à peu près complète au point de vue doctrinal – l’indifférence même à l’égard de tout ce qui s’y rapporte. La religion, pour beaucoup, est simplement une affaire de « pratique », d’habitude (pour ne pas dire de routine). Et l’on s’abstient soigneusement de chercher à y comprendre quoi que ce soit – on en arrive même à penser qu’il est inutile de comprendre, ou peut-être qu’il n’y a rien à comprendre. Du reste, si l’on comprenait vraiment la religion, pourrait-on lui faire une place aussi médiocre parmi ses préoccupations ?
La doctrine se trouve donc, en fait, oubliée ou réduite à presque rien, ce qui se rapproche singulièrement de la conception protestante, parce que c’est un effet des mêmes tendances modernes, opposées à toute intellectualité ; et ce qui est le plus déplorable, c’est que l’enseignement qui est donné généralement, au lieu de réagir contre cet état d’esprit, le favorise au contraire en ne s’y adaptant que trop bien : on parle toujours de morale, on ne parle presque jamais de doctrine, sous prétexte qu’on ne serait pas compris ; la religion, maintenant, n’est plus que du « moralisme », ou du moins il semble que personne ne veuille plus voir ce qu’elle est réellement, et qui est tout autre chose.
- La doctrine (f.) /la dɔk.tʁin/ = « Doctrine »
- se trouve donc /sə tʁuv dɔ̃k/ = « is therefore found »
- en fait /ɑ̃ fɛt/ = « in fact »
- oubliée ou réduite à presque rien /u.bli.je u ʁe.dɥit a pʁɛsk ʁjɛ̃/ = « forgotten or reduced to almost nothing »
- ce qui se rapproche singulièrement de /sə ki sə ʁa.pʁɔʃ sɛ̃.ɡy.ljɛʁ.mɑ̃ də/ = « which comes singularly close to »
- la conception protestante (f.) /la kɔ̃.sɛp.sjɔ̃ pʁɔ.tɛs.tɑ̃t/ = « the Protestant conception »
- parce que c’est un effet des mêmes tendances modernes /paʁs kə sɛ.t‿œ̃.n‿e.fɛ de mɛm tɑ̃.dɑ̃s mɔ.dɛʁn/ = « because it is an effect of the same modern tendencies »
- opposées à toute intellectualité /ɔ.po.ze a tu.t‿ɛ̃.tɛ.lɛk.tɥa.li.te/ = « opposed to all intellectuality »
- et ce qui est le plus déplorable /e sə ki ɛ lə ply de.plɔ.ʁabl/ = « and what is most deplorable »
- c’est que /sɛ kə/ = « is that »
- l’enseignement qui est donné généralement /lɑ̃.sɛ.ɲə.mɑ̃ ki ɛ dɔ.ne ʒe.ne.ʁal.mɑ̃/ = « the teaching that is generally given »
- au lieu de réagir contre cet état d’esprit /o ljø də ʁe.a.ʒiʁ kɔ̃.tʁə sɛ.t‿e.ta dɛs.pʁi/ = « instead of reacting against this state of mind »
- le favorise au contraire /lə fa.vɔ.ʁiz o kɔ̃.tʁɛʁ/ = « on the contrary favors it »
- en ne s’y adaptant que trop bien /ɑ̃ nə si a.dap.tɑ̃ kə tʁo bjɛ̃/ = « by adapting itself to it only too well »
- on parle toujours de morale /ɔ̃ paʁl tu.ʒuʁ də mɔ.ʁal/ = « one always speaks of morality »
- on ne parle presque jamais de doctrine /ɔ̃ nə paʁl pʁɛsk ʒa.mɛ də dɔk.tʁin/ = « one almost never speaks of doctrine »
- sous prétexte qu’on ne serait pas compris /su pʁe.tɛkst k‿ɔ̃ nə sə.ʁɛ pa kɔ̃.pʁi/ = « under the pretext that one would not be understood »
- la religion, maintenant /la ʁə.li.ʒjɔ̃ mɛ̃.tə.nɑ̃/ = « religion, now »
- n’est plus que du « moralisme » /nɛ ply kə dy mɔ.ʁa.lism/ = « is no longer anything but ‘moralism' »
- ou du moins /u dy mwɛ̃/ = « or at least »
- il semble que personne ne veuille plus voir /il sɑ̃bl kə pɛʁ.sɔn nə vœj ply vwaʁ/ = « it seems that no one wants to see any longer »
- ce qu’elle est réellement /sə k‿ɛl ɛ ʁe.ɛl.mɑ̃/ = « what it really is »
- et qui est tout autre chose /e ki ɛ tu.t‿otʁ ʃoz/ = « and which is something entirely different »
Grammaire :
se trouve : reflexive se trouver + past participle = passive meaning – « is found ».
oubliée and réduite : past participles agreeing with doctrine (feminine singular).
se rapproche de : reflexive se rapprocher de = « to come close to ».
opposées à : past participle used as adjective – agrees with tendances (feminine plural).
au lieu de : « instead of » – followed by infinitive.
en ne s’y adaptant : s’y = reflexive + y = « to it » – ne…que = « only » – que trop bien = « only too well ».
sous prétexte que : « under the pretext that » – followed by conditional ne serait.
ne veuille plus : subjunctive of vouloir after il semble que in negative – ne…plus = « no longer ».
Sens général :
La doctrine se trouve donc, en fait, oubliée ou réduite à presque rien – ce qui se rapproche singulièrement de la conception protestante, parce que c’est un effet des mêmes tendances modernes, opposées à toute intellectualité. Et ce qui est le plus déplorable, c’est que l’enseignement qui est donné généralement, au lieu de réagir contre cet état d’esprit, le favorise au contraire en ne s’y adaptant que trop bien : on parle toujours de morale, on ne parle presque jamais de doctrine – sous prétexte qu’on ne serait pas compris. La religion, maintenant, n’est plus que du « moralisme » – ou du moins il semble que personne ne veuille plus voir ce qu’elle est réellement – et qui est tout autre chose.
Si l’on en arrive cependant à parler encore quelquefois de la doctrine, ce n’est trop souvent que pour la rabaisser en discutant avec des adversaires sur leur propre terrain « profane », ce qui conduit inévitablement à leur faire les concessions les plus injustifiées ; c’est ainsi, notamment, qu’on se croit obligé de tenir compte, dans une plus ou moins large mesure, des prétendus résultats de la « critique » moderne, alors que rien ne serait plus facile, en se plaçant à un autre point de vue, que d’en montrer toute l’inanité ; dans ces conditions, que peut-il rester effectivement du véritable esprit traditionnel ?
- Si l’on en arrive cependant à parler encore quelquefois de la doctrine /si lɔ̃ ɑ̃.n‿a.ʁiv sə.pɑ̃.dɑ̃ a paʁ.le ɑ̃.kɔʁ kɛl.kə.fwa də la dɔk.tʁin/ = « If one nevertheless ends up still speaking sometimes of doctrine »
- ce n’est trop souvent que pour la rabaisser /sə nɛ tʁo su.vɑ̃ kə puʁ la ʁa.bɛ.se/ = « it is only too often only to belittle it »
- en discutant avec des adversaires sur leur propre terrain « profane » /ɑ̃ dis.ky.tɑ̃ a.vɛk de.z‿ad.vɛʁ.sɛʁ syʁ lœʁ pʁɔpʁ tɛ.ʁɛ̃ pʁɔ.fan/ = « by discussing with adversaries on their own ‘profane’ ground »
- ce qui conduit inévitablement à leur faire les concessions les plus injustifiées /sə ki kɔ̃.dɥi i.ne.vi.ta.blə.mɑ̃ a lœʁ fɛʁ le kɔ̃.sɛ.sjɔ̃ le ply.z‿ɛ̃.ʒys.ti.fje/ = « which inevitably leads to making to them the most unjustified concessions »
- c’est ainsi, notamment /sɛ.t‿ɛ̃.si nɔ.ta.mɑ̃/ = « thus, notably »
- qu’on se croit obligé de tenir compte /k‿ɔ̃ sə kʁwa ɔ.bli.ʒe də tə.niʁ kɔ̃t/ = « that one believes oneself obliged to take into account »
- dans une plus ou moins large mesure /dɑ̃.z‿yn ply u mwɛ̃ laʁʒ mə.zyʁ/ = « to a more or less large extent »
- des prétendus résultats de la « critique » moderne /de pʁe.tɑ̃.dy ʁe.zyl.ta də la kʁi.tik mɔ.dɛʁn/ = « of the so-called results of modern ‘criticism' »
- alors que rien ne serait plus facile /a.lɔʁ kə ʁjɛ̃ nə sə.ʁɛ ply fa.sil/ = « whereas nothing would be easier »
- en se plaçant à un autre point de vue /ɑ̃ sə pla.sɑ̃ a œ̃.n‿otʁ pwɛ̃ də vy/ = « by placing oneself from another point of view »
- que d’en montrer toute l’inanité /kə dɑ̃ mɔ̃.tʁe tut li.na.ni.te/ = « than to show all the inanity of it »
- dans ces conditions /dɑ̃ se kɔ̃.di.sjɔ̃/ = « under these conditions »
- que peut-il rester effectivement /kə pø.t‿il ʁɛs.te e.fɛk.tiv.mɑ̃/ = « what can effectively remain »
- du véritable esprit traditionnel (m.) /dy ve.ʁi.tabl ɛs.pʁi tʁa.di.sjɔ.nɛl/ = « of the true traditional spirit? »
Grammaire :
en arrive à : en = « by that means » – arriver à + infinitive = « to end up ».
ce n’est trop souvent que : ne…que = « only » – trop souvent = « only too often ».
la rabaisser : la = direct object « it » (doctrine) – rabaisser = « to belittle ».
à leur faire : leur = indirect object « to them » – faire les concessions = « to make concessions ».
se croit obligé de : reflexive se croire + adjective – « believes oneself obliged to ».
alors que : « whereas » – introduces contrast.
rien ne serait plus facile que de : conditional of être – « nothing would be easier than to ».
en montrer : en = « of it » (of criticism) – montrer l’inanité = « to show the inanity ».
Sens général :
Si l’on en arrive cependant à parler encore quelquefois de la doctrine, ce n’est trop souvent que pour la rabaisser – en discutant avec des adversaires sur leur propre terrain « profane » – ce qui conduit inévitablement à leur faire les concessions les plus injustifiées. C’est ainsi, notamment, qu’on se croit obligé de tenir compte, dans une plus ou moins large mesure, des prétendus résultats de la « critique » moderne – alors que rien ne serait plus facile, en se plaçant à un autre point de vue, que d’en montrer toute l’inanité. Dans ces conditions, que peut-il rester effectivement du véritable esprit traditionnel ?
Résumé
Guénon distingue deux aspects du catholicisme actuel. Par son principe, l’Église porte en elle des possibilités constantes et inaltérables ; l’influence de l’esprit moderne se borne alors à empêcher temporairement que certaines choses soient comprises. Mais si l’on considère l’état présent tel que vécu par la majorité des fidèles, on constate une action plus positive (quoique essentiellement négative) de l’esprit moderne : non seulement le « modernisme » fut une tentative d’infiltration protestante dans l’Église, mais il existe un état d’esprit général et souvent inconscient qui « minimise » la religion. Beaucoup de catholiques vivent leur foi comme une pratique isolée sans influence réelle sur le reste de l’existence, et font preuve d’une ignorance doctrinale quasi complète, réduisant la religion au moralisme. L’enseignement ecclésiastique lui‑même favorise cet état d’esprit en ne parlant presque jamais de doctrine, et en discutant avec les adversaires sur leur propre terrain « profane », ce qui conduit à des concessions injustifiées et fait disparaître le véritable esprit traditionnel.
Remarques générales
- modernisme — Guénon fait référence au « modernisme théologique », courant intellectuel catholique de la fin du XIXe et du début du XXe siècle (représenté par Alfred Loisy, George Tyrrell, Ernesto Buonaiuti), qui cherchait à réinterpréter le dogme catholique à la lumière de la critique historique, de l’évolutionnisme et de la philosophie moderne (Kant, Schleiermacher, Bergson). Condamné par l’encyclique Pascendi Dominici Gregis (1907) de Pie X, le modernisme fut qualifié de « synthèse de toutes les hérésies ». Guénon y voit une tentative d’infiltration du protestantisme à l’intérieur de l’Église catholique, car il substitue à l’autorité doctrinale immuable une conception historiciste et subjectiviste de la vérité. ↩︎
- tendances modernes, opposées à toute intellectualité — Guénon caractérise la modernité par une hostilité systématique envers la véritable intellectualité, c’est-à-dire la faculté de connaître les vérités métaphysiques par l’intellect pur (intellectus) au-delà de la simple raison discursive. Cette hostilité se manifeste soit par un rationalisme qui réduit la connaissance à la seule raison (et finit par nier toute réalité supra-sensible), soit par un sentimentalisme ou un pragmatisme qui substituent le sentiment ou l’utilité à la connaissance. Dans le domaine religieux, cette opposition à l’intellectualité conduit à évacuer la doctrine métaphysique au profit de la morale, de la pratique extérieure ou de l’expérience subjective. ↩︎
- terrain « profane » — Le « profane » est, pour Guénon, tout ce qui relève de l’ordre non-sacré, c’est-à-dire du domaine de l’action humaine livrée à elle-même sans référence à une autorité transcendante. Discuter sur le terrain profane, c’est accepter les présupposés des adversaires de la tradition : l’autonomie de la raison, les méthodes historico-critiques, les critères empiriques, etc. Guénon condamne cette attitude comme une capitulation, car la doctrine traditionnelle ne peut se défendre qu’en se plaçant sur son propre terrain, celui de l’autorité intellectuelle supérieure, sans chercher à se justifier devant des instances profanes qui n’ont aucune compétence dans l’ordre spirituel. ↩︎