¶9 Il faut remarquer, tout d’abord, que l’attribution de significations distinctes aux termes d’« astrologie » et d’« astronomie » est relativement récente ; chez les Grecs, ces deux mots étaient employés indifféremment pour désigner tout l’ensemble de ce à quoi l’un et l’autre s’appliquent maintenant1. Il semble donc, à première vue, qu’on ait encore affaire dans ce cas à une de ces divisions par « spécialisation » qui se sont établies entre ce qui n’était primitivement que des parties d’une science unique ; mais ce qu’il y a ici de particulier, c’est que, tandis qu’une de ces parties, celle qui représentait le côté le plus matériel de la science en question, prenait un développement indépendant, l’autre partie, par contre, disparaissait entièrement2. Cela est tellement vrai qu’on ne sait plus aujourd’hui ce que pouvait être l’astrologie ancienne, et que ceux mêmes qui ont essayé de la reconstituer ne sont arrivés qu’à de véritables contrefaçons, soit en voulant en faire l’équivalent d’une science expérimentale moderne, avec intervention des statistiques et du calcul des probabilités, ce qui procède d’un point de vue qui ne pouvait en aucune façon être celui de l’antiquité ou du moyen âge, soit en s’appliquant exclusivement à restaurer un « art divinatoire » qui ne fut guère qu’une déviation de l’astrologie en voie de disparition, et où l’on pourrait voir tout au plus une application très inférieure et assez peu digne de considération, ainsi qu’il est encore possible de le constater dans les civilisations orientales3.

Il faut remarquer, tout d’abord, que l’attribution de significations distinctes aux termes d’« astrologie » et d’« astronomie » est relativement récente ; chez les Grecs, ces deux mots étaient employés indifféremment pour désigner tout l’ensemble de ce à quoi l’un et l’autre s’appliquent maintenant.

  • Il faut remarquer /il fo ʁə.maʁ.ke/ = « It is necessary to note »
  • tout d’abord /tu da.bɔʁ/ = « first of all »
  • que /kə/ = « that »
  • l’attribution de significations distinctes (f.) /la.tʁi.by.sjɔ̃ də si.ɲi.fi.ka.sjɔ̃ dis.tɛ̃kt/ = « the attribution of distinct meanings »
  • aux termes d’« astrologie » et d’« astronomie » (m. pl.) /o tɛʁm das.tʁɔ.lɔ.ʒi e das.tʁɔ.nɔ.mi/ = « to the terms ‘astrology’ and ‘astronomy' »
  • est relativement récente /ɛ ʁə.la.tiv.mɑ̃ ʁe.sɑ̃t/ = « is relatively recent »
  • chez les Grecs /ʃe le ɡʁɛk/ = « among the Greeks »
  • ces deux mots (m. pl.) /se dø mo/ = « these two words »
  • étaient employés indifféremment /e.tɛ.t‿ɑ̃.plwa.je ɛ̃.di.fe.ʁe.mɑ̃/ = « were used interchangeably »
  • pour désigner /puʁ de.zi.ɲe/ = « to designate »
  • tout l’ensemble (m.) /tu lɑ̃.sɑ̃bl/ = « the whole »
  • de ce à quoi /də s‿a kwa/ = « of that to which »
  • l’un et l’autre /lœ̃.n‿e lotʁ/ = « the one and the other »
  • s’appliquent maintenant /sa.plik mɛ̃.tə.nɑ̃/ = « apply now »

Grammaire :

Il faut remarquer : impersonal + infinitive – « it is necessary to note ».
aux termes : contraction aux = à lesterme = « term ».
étaient employés : imperfect passive – employés agrees with mots (masculine plural).
indifféremment : adverb – « interchangeably » / « without distinction ».
de ce à quoi : ce à quoi = « that to which » – quoi is the object of the preposition à after the relative pronoun.
l’un et l’autre : « both » – masculine singular.

Sens général :

Il faut remarquer, tout d’abord, que l’attribution de significations distinctes aux termes « astrologie » et « astronomie » est relativement récente. Chez les Grecs, ces deux mots étaient employés indifféremment pour désigner tout l’ensemble de ce à quoi l’un et l’autre s’appliquent maintenant.


Il semble donc, à première vue, qu’on ait encore affaire dans ce cas à une de ces divisions par « spécialisation » qui se sont établies entre ce qui n’était primitivement que des parties d’une science unique ; mais ce qu’il y a ici de particulier, c’est que, tandis qu’une de ces parties, celle qui représentait le côté le plus matériel de la science en question, prenait un développement indépendant, l’autre partie, par contre, disparaissait entièrement.

  • Il semble donc /il sɑ̃bl dɔ̃k/ = « It seems therefore »
  • à première vue /a pʁə.mjɛʁ vy/ = « at first glance »
  • qu’on ait encore affaire /k‿ɔ̃.n‿ɛ ɑ̃.kɔ.ʁ‿a.fɛʁ/ = « that one is still dealing »
  • dans ce cas /dɑ̃ sə ka/ = « in this case »
  • à une de ces divisions (f.) /a yn də se di.vi.zjɔ̃/ = « with one of those divisions »
  • par « spécialisation » /paʁ spe.sja.li.za.sjɔ̃/ = « by ‘specialization' »
  • qui /ki/ = « which »
  • se sont établies /sə sɔ̃.t‿e.ta.blit/ = « established themselves »
  • entre /ɑ̃tʁ/ = « between »
  • ce qui n’était primitivement que des parties /sə ki nɛ.tɛ pʁi.mi.tiv.mɑ̃ kə de paʁ.ti/ = « what was originally only parts »
  • d’une science unique (f.) /dyn sjɑ̃s y.nik/ = « of a single science »
  • mais /mɛ/ = « but »
  • ce qu’il y a ici de particulier /sə k‿i.lja i.si də paʁ.ti.ky.lje/ = « what is particular here »
  • c’est que /sɛ kə/ = « is that »
  • tandis qu’ /tɑ̃.di k/ = « whereas »
  • une de ces parties (f.) /yn də se paʁ.ti/ = « one of these parts »
  • celle (f.) /sɛl/ = « the one »
  • qui /ki/ = « which »
  • représentait /ʁə.pʁe.zɑ̃.tɛ/ = « represented »
  • le côté le plus matériel (m.) /lə ko.te lə ply ma.te.ʁjɛl/ = « the most material side »
  • de la science en question (f.) /də la sjɑ̃s ɑ̃ kɛs.tjɔ̃/ = « of the science in question »
  • prenait un développement indépendant /pʁə.nɛ.t‿œ̃ de.və.lɔp.mɑ̃ ɛ̃.de.pɑ̃.dɑ̃/ = « took an independent development »
  • l’autre partie (f.) /lotʁ paʁ.ti/ = « the other part »
  • par contre /paʁ kɔ̃tʁ/ = « on the other hand »
  • disparaissait entièrement /dis.pa.ʁɛ.sɛ ɑ̃.tjɛʁ.mɑ̃/ = « disappeared entirely »

Grammaire :

qu’on ait encore affaire : avoir affaire à = « to be dealing with » – ait = subjunctive of avoir after il semble que (it seems that).
se sont établies : passé composé of reflexive s’établirétablies agrees with divisions (feminine plural).
ce qui n’était primitivement que des parties : ne…que = « only » – parties = « parts ».
ce qu’il y a ici de particulier : ce qu’il y a de + adjective = « what is… about it » – « the particular thing here ».
celle qui : celle = feminine singular pronoun « the one » – refers to une de ces parties.
prenait : imperfect of prendre – « was taking » (ongoing action in the past).
disparaissait : imperfect of disparaître – « was disappearing ».

Sens général :

Il semble donc, à première vue, qu’on ait encore affaire dans ce cas à une de ces divisions par « spécialisation » qui se sont établies entre ce qui n’était primitivement que des parties d’une science unique. Mais ce qu’il y a ici de particulier, c’est que, tandis qu’une de ces parties (celle qui représentait le côté le plus matériel de la science en question) prenait un développement indépendant, l’autre partie, par contre, disparaissait entièrement.


Cela est tellement vrai qu’on ne sait plus aujourd’hui ce que pouvait être l’astrologie ancienne, et que ceux mêmes qui ont essayé de la reconstituer ne sont arrivés qu’à de véritables contrefaçons, soit en voulant en faire l’équivalent d’une science expérimentale moderne, avec intervention des statistiques et du calcul des probabilités, ce qui procède d’un point de vue qui ne pouvait en aucune façon être celui de l’antiquité ou du moyen âge, soit en s’appliquant exclusivement à restaurer un « art divinatoire » qui ne fut guère qu’une déviation de l’astrologie en voie de disparition, et où l’on pourrait voir tout au plus une application très inférieure et assez peu digne de considération, ainsi qu’il est encore possible de le constater dans les civilisations orientales.

  • Cela est tellement vrai /sə.la ɛ tɛl.mɑ̃ vʁɛ/ = « This is so true »
  • qu’on ne sait plus aujourd’hui /k‿ɔ̃ nə sɛ ply o.ʒuʁ.dɥi/ = « that one no longer knows today »
  • ce que pouvait être /sə kə pu.vɛ ɛtʁ/ = « what could be »
  • l’astrologie ancienne (f.) /las.tʁɔ.lɔ.ʒi ɑ̃.sjɛn/ = « ancient astrology »
  • et que /e kə/ = « and that »
  • ceux mêmes qui /sø mɛm ki/ = « those very ones who »
  • ont essayé de la reconstituer /ɔ̃.t‿e.se.je də la ʁə.kɔ̃.sti.tɥe/ = « have tried to reconstitute it »
  • ne sont arrivés qu’à de véritables contrefaçons /nə sɔ̃.t‿a.ʁi.ve ka də ve.ʁi.tabl kɔ̃.tʁə.fa.sɔ̃/ = « have only arrived at veritable counterfeits »
  • soit en voulant en faire l’équivalent /swa.t‿ɑ̃ vu.lɑ̃ ɑ̃ fɛʁ le.ki.va.lɑ̃/ = « either by wanting to make of it the equivalent »
  • d’une science expérimentale moderne (f.) /dyn sjɑ̃s ɛk.spe.ʁi.mɑ̃.tal mɔ.dɛʁn/ = « of a modern experimental science »
  • avec intervention des statistiques (f. pl.) /a.vɛk ɛ̃.tɛʁ.vɑ̃.sjɔ̃ de sta.tis.tik/ = « with intervention of statistics »
  • et /e/ = « and »
  • du calcul des probabilités (m.) /dy kal.kyl de pʁɔ.ba.bi.li.te/ = « of the calculus of probabilities »
  • ce qui procède d’un point de vue /sə ki pʁɔ.sɛd dœ̃ pwɛ̃ də vy/ = « which proceeds from a point of view »
  • qui /ki/ = « which »
  • ne pouvait en aucune façon être celui de l’antiquité /nə pu.vɛ ɑ̃.n‿o.kyn fa.sɔ̃ ɛtʁ sə.lɥi də lɑ̃.ti.ki.te/ = « could in no way be that of antiquity »
  • ou /u/ = « or »
  • du moyen âge (m.) /dy mwa.jɛ.n‿ɑʒ/ = « of the Middle Ages »
  • soit en s’appliquant exclusivement à restaurer /swa.t‿ɑ̃ sa.pli.kɑ̃ ɛk.skly.ziv.mɑ̃ a ʁɛs.tɔ.ʁe/ = « or by applying themselves exclusively to restoring »
  • un « art divinatoire » (m.) /œ̃ naʁ di.vi.na.twaʁ/ = « a ‘divinatory art' »
  • qui /ki/ = « which »
  • ne fut guère qu’une déviation /nə fy ɡɛʁ kyn de.vja.sjɔ̃/ = « was scarcely anything but a deviation »
  • de l’astrologie (f.) /də las.tʁɔ.lɔ.ʒi/ = « of astrology »
  • en voie de disparition /ɑ̃ vwa də dis.pa.ʁi.sjɔ̃/ = « in the process of disappearing »
  • et /e/ = « and »
  • /u/ = « in which »
  • l’on pourrait voir tout au plus /lɔ̃ pu.ʁɛ vwaʁ tu.t‿o ply/ = « one could see at most »
  • une application très inférieure (f.) /y.n‿a.pli.ka.sjɔ̃ tʁɛ.z‿ɛ̃.fe.ʁjœʁ/ = « a very inferior application »
  • et /e/ = « and »
  • assez peu digne de considération /a.se pø diɲ də kɔ̃.si.de.ʁa.sjɔ̃/ = « and hardly worthy of consideration »
  • ainsi qu’il est encore possible de le constater /ɛ̃.si k‿i.l‿ɛ ɑ̃.kɔʁ pɔ.sibl də lə kɔ̃.sta.te/ = « as it is still possible to observe it »
  • dans les civilisations orientales (f. pl.) /dɑ̃ le si.vi.li.za.sjɔ̃ ɔ.ʁjɑ̃.tal/ = « in Eastern civilizations »

Grammaire :

Cela est tellement vrai que : tellement… que = « so… that » – followed by two parallel que clauses.
ce que pouvait être : indirect question – « what could be » – pouvait = imperfect of pouvoir.
ceux mêmes qui ont essayé : ceux = « those » (masculine plural) – mêmes = « very » – ont essayé = passé composé of essayer.
ne sont arrivés qu’à : ne…que = « only » – arrivés agrees with ceux (masculine plural).
soit… soit : « either… or » – introduces two alternatives.
en voulant en faire : en (present participle) + en (pronoun « of it ») – faire l’équivalent de = « to make the equivalent of ».
ce qui procède de : ce qui = « which » – procéder de = « to proceed from ».
ne fut guère que : passé simple of être (literary past) – ne…guère que = « scarcely anything but ».
en voie de disparition : fixed expression – « in the process of disappearing ».
ainsi qu’il est encore possible : ainsi que = « just as » – le = direct object « it » (that this is an inferior application).

Sens général :

Cela est tellement vrai qu’on ne sait plus aujourd’hui ce que pouvait être l’astrologie ancienne. Et que ceux mêmes qui ont essayé de la reconstituer ne sont arrivés qu’à de véritables contrefaçons. Soit en voulant en faire l’équivalent d’une science expérimentale moderne, avec intervention des statistiques et du calcul des probabilités – ce qui procède d’un point de vue qui ne pouvait en aucune façon être celui de l’Antiquité ou du Moyen Âge. Soit en s’appliquant exclusivement à restaurer un « art divinatoire » qui ne fut guère qu’une déviation de l’astrologie en voie de disparition – et où l’on pourrait voir tout au plus une application très inférieure et assez peu digne de considération, ainsi qu’il est encore possible de le constater dans les civilisations orientales.

Résumé

Guénon remarque d’abord que la distinction entre « astrologie » et « astronomie » est relativement récente, les Grecs employant ces deux mots indifféremment pour désigner un même ensemble. Il constate que la spécialisation a divisé ce qui n’était primitivement qu’une science unique, mais avec une particularité : l’une des parties (le côté le plus matériel) a pris un développement indépendant, tandis que l’autre a complètement disparu. Guénon ajoute qu’aujourd’hui on ne sait plus ce qu’était l’ancienne astrologie, et que les tentatives de reconstitution n’ont abouti qu’à des contrefaçons, soit en la traitant comme une science expérimentale moderne, soit en la réduisant à un art divinatoire dévié, au mieux une application inférieure, comme on peut encore le constater dans les civilisations orientales.

Remarques générales

  1. astrologie / astronomie chez les Grecs — Guénon rappelle un fait d’histoire des termes : dans l’Antiquité grecque, il n’y avait pas de distinction lexicale entre l’étude des astres comme signes et comme corps célestes. Un même mot (astronomia ou astrologia) recouvrait l’ensemble. La séparation moderne (astronomie = science des mouvements physiques ; astrologie = « superstition » des influences) est une invention récente (XVIIe-XVIIIe siècle). Guénon utilise cet argument pour montrer que la dissociation n’est pas naturelle, mais le produit d’une dégénérescence. ↩︎
  2. côté matériel / partie disparue — Guénon distingue, dans la science traditionnelle des astres, un aspect « supérieur » (symbolique, qualitatif, correspondances avec les principes spirituels) et un aspect « inférieur » (mesure des positions, calcul des mouvements). C’est l’aspect inférieur qui a survécu et s’est développé en astronomie moderne. L’aspect supérieur (l’astrologie au sens traditionnel) a « disparu » parce que les modernes ont perdu la capacité de le comprendre. Ce n’est pas une « spécialisation » ordinaire, où les deux parties subsistent ; c’est une amputation : l’une des deux parties a été totalement perdue. ↩︎
  3. contrefaçons / art divinatoire — Guénon critique sévèrement les tentatives modernes de « renaissance » de l’astrologie. Deux erreurs principales : (1) Vouloir en faire une science empirique, validée par des statistiques (approche « néo‑astrologique » du XXe siècle) ; (2) La réduire à une technique de divination (horoscopes populaires). Dans les deux cas, on a perdu le fondement métaphysique et symbolique de l’astrologie traditionnelle. Dans les civilisations orientales (Inde, Chine), l’astrologie traditionnelle subsiste encore, mais elle est en voie de dégénérescence. Guénon suggère qu’elle est souvent réduite à un « art divinatoire » inférieur, alors que dans son état originel elle était une science cosmologique intégrée à la métaphysique. ↩︎