Il y a donc, en ce qui concerne les sciences, deux conceptions radicalement différentes et même incompatibles entre elles, que nous pouvons appeler la conception traditionnelle et la conception moderne ; nous avons eu souvent l’occasion de faire allusion à ces « sciences traditionnelles » qui existèrent dans l’antiquité et au moyen âge, qui existent toujours en Orient, mais dont l’idée même est totalement étrangère aux Occidentaux de nos jours.
- Il y a donc /i.lja dɔ̃k/ = « There are therefore »
- en ce qui concerne /ɑ̃ sə ki kɔ̃.sɛʁn/ = « as regards »
- les sciences (f. pl.) /le sjɑ̃s/ = « the sciences »
- deux conceptions (f. pl.) /dø kɔ̃.sɛp.sjɔ̃/ = « two conceptions »
- radicalement différentes /ʁa.di.kal.mɑ̃ di.fe.ʁɑ̃t/ = « radically different »
- et même incompatibles /e mɛm ɛ̃.kɔ̃.pa.tibl/ = « and even incompatible »
- entre elles /ɑ̃.tʁ‿ɛl/ = « with each other »
- que /kə/ = « which »
- nous pouvons appeler /nu pu.vɔ̃.z‿a.ple/ = « we can call »
- la conception traditionnelle (f.) /la kɔ̃.sɛp.sjɔ̃ tʁa.di.sjɔ.nɛl/ = « the traditional conception »
- et /e/ = « and »
- la conception moderne (f.) /la kɔ̃.sɛp.sjɔ̃ mɔ.dɛʁn/ = « the modern conception »
- nous avons eu souvent l’occasion /nu.z‿a.vɔ̃.t‿y su.vɑ̃ lɔ.ka.zjɔ̃/ = « we have often had the occasion »
- de faire allusion à /də fɛ.ʁ‿a.ly.zjɔ̃ a/ = « to allude to »
- ces « sciences traditionnelles » (f. pl.) /se sjɑ̃s tʁa.di.sjɔ.nɛl/ = « these ‘traditional sciences' »
- qui /ki/ = « which »
- existèrent /ɛɡ.zis.tɛʁ/ = « existed »
- dans l’antiquité /dɑ̃ lɑ̃.ti.ki.te/ = « in antiquity »
- et /e/ = « and »
- au moyen âge (m.) /o mwa.jɛ.n‿ɑʒ/ = « in the Middle Ages »
- qui /ki/ = « which »
- existent toujours /ɛɡ.zist tu.ʒuʁ/ = « still exist »
- en Orient /ɑ̃.n‿ɔ.ʁjɑ̃/ = « in the East »
- mais /mɛ/ = « but »
- dont l’idée même /dɔ̃ li.de mɛm/ = « the very idea of which »
- est totalement étrangère /ɛ tɔ.tal.mɑ̃ e.tʁɑ̃.ʒɛʁ/ = « is completely foreign »
- aux Occidentaux (m. pl.) /o.z‿ɔk.si.dɑ̃.to/ = « to Westerners »
- de nos jours /də no ʒuʁ/ = « of our days »
Grammaire :
en ce qui concerne : fixed expression = « as regards » / « concerning ».
que nous pouvons appeler : que = direct object pronoun « which » (feminine plural, referring to deux conceptions).
existèrent : passé simple (literary past) of exister – 3rd person plural – used in formal narration.
au moyen âge : contraction au = à le.
dont l’idée même : dont = « of which » – même = « very » (for emphasis).
étrangère à : « foreign to » – agrees with idée (feminine singular).
Sens général :
Il y a donc, en ce qui concerne les sciences, deux conceptions radicalement différentes et même incompatibles entre elles. Nous pouvons les appeler la conception traditionnelle et la conception moderne. Nous avons souvent eu l’occasion de faire allusion à ces « sciences traditionnelles » qui ont existé dans l’Antiquité et au Moyen Âge, qui existent toujours en Orient, mais dont l’idée même est totalement étrangère aux Occidentaux d’aujourd’hui.
Il faut ajouter que chaque civilisation a eu des « sciences traditionnelles » d’un type particulier, lui appartenant en propre, car, ici, nous ne sommes plus dans l’ordre des principes universels, auquel se rapporte seule la métaphysique pure, mais dans l’ordre des adaptations, où, par là même qu’il s’agit d’un domaine contingent, il doit être tenu compte de l’ensemble des conditions, mentales et autres, qui sont celles de tel peuple déterminé, et nous dirons même de telle période de l’existence de ce peuple, puisque nous avons vu plus haut qu’il y a des époques où des « réadaptations » deviennent nécessaires.
- Il faut ajouter que /il fo.t‿a.ʒu.te kə/ = « It is necessary to add that »
- chaque civilisation (f.) /ʃak si.vi.li.za.sjɔ̃/ = « each civilization »
- a eu /a y/ = « has had »
- des « sciences traditionnelles » (f. pl.) /de sjɑ̃s tʁa.di.sjɔ.nɛl/ = « traditional sciences »
- d’un type particulier /dœ̃ tip paʁ.ti.ky.lje/ = « of a particular type »
- lui appartenant en propre /lɥi a.paʁ.tə.nɑ̃ ɑ̃ pʁɔpʁ/ = « belonging properly to it »
- car /kaʁ/ = « because »
- ici /i.si/ = « here »
- nous ne sommes plus /nu nə sɔm ply/ = « we are no longer »
- dans l’ordre des principes universels (m.) /dɑ̃ lɔʁdʁ de pʁɛ̃.sip y.ni.vɛʁ.sɛl/ = « in the order of universal principles »
- auquel /o.kɛl/ = « to which »
- se rapporte seule /sə ʁa.pɔʁt sœl/ = « relates alone »
- la métaphysique pure (f.) /la me.ta.fi.zik pyʁ/ = « pure metaphysics »
- mais /mɛ/ = « but »
- dans l’ordre des adaptations (m.) /dɑ̃ lɔʁdʁ de.z‿a.dap.ta.sjɔ̃/ = « in the order of adaptations »
- où /u/ = « where »
- par là même qu’ /paʁ la mɛm k/ = « by the very fact that »
- il s’agit d’un domaine contingent /il sa.ʒi dœ̃ dɔ.mɛn kɔ̃.tɛ̃.ʒɑ̃/ = « it is a question of a contingent domain »
- il doit être tenu compte /il dwa ɛtʁ tə.ny kɔ̃t/ = « account must be taken »
- de l’ensemble des conditions (m.) /də lɑ̃.sɑ̃bl de kɔ̃.di.sjɔ̃/ = « of the whole set of conditions »
- mentales (f. pl.) /mɑ̃.tal/ = « mental »
- et autres /e otʁ/ = « and others »
- qui /ki/ = « which »
- sont celles /sɔ̃ sɛl/ = « are those »
- de tel peuple déterminé (m.) /də tɛl pœpl de.tɛʁ.mi.ne/ = « of such and such a determined people »
- et /e/ = « and »
- nous dirons même /nu di.ʁɔ̃ mɛm/ = « we will even say »
- de telle période de l’existence (f.) /də tɛl pe.ʁjɔd də lɛɡ.zis.tɑ̃s/ = « of such a period of the existence »
- de ce peuple (m.) /də sə pœpl/ = « of this people »
- puisque /pɥisk/ = « since »
- nous avons vu plus haut /nu.z‿a.vɔ̃ vy ply o/ = « we have seen above »
- qu’il y a des époques /k‿i.lja de.z‿e.pɔk/ = « that there are eras »
- où /u/ = « where »
- des « réadaptations » (f. pl.) /de ʁe.a.dap.ta.sjɔ̃/ = « readaptations »
- deviennent nécessaires /də.vjɛn ne.se.sɛʁ/ = « become necessary »
Grammaire :
Il faut ajouter que : impersonal + infinitive – « it is necessary to add that » – followed by indicative.
a eu : passé composé of avoir – « has had ».
lui appartenant en propre : lui = indirect object pronoun « to it » – present participle phrase appartenant – en propre = « properly ».
auquel se rapporte seule : auquel = contraction à lequel – inverted order: se rapporte (verb) then seule (subject) – « to which pure metaphysics alone relates ».
par là même que : fixed expression = « by the very fact that ».
il doit être tenu compte : impersonal passive – tenir compte de = « to take account of » – compte is the subject.
celles de : feminine plural pronoun meaning « those of ».
deviennent : present tense of devenir (to become) – 3rd person plural.
Sens général :
Il faut ajouter que chaque civilisation a eu des « sciences traditionnelles » d’un type particulier, lui appartenant en propre. Parce qu’ici, nous ne sommes plus dans l’ordre des principes universels (auquel se rapporte seule la métaphysique pure), mais dans l’ordre des adaptations. Dans cet ordre, par le fait même qu’il s’agit d’un domaine contingent, il faut prendre en compte l’ensemble des conditions (mentales et autres) qui sont celles d’un peuple déterminé – et même, dirons-nous, d’une période donnée de l’existence de ce peuple. Puisque nous avons vu plus haut qu’il y a des époques où des « réadaptations » deviennent nécessaires.
Ces « réadaptations » ne sont que des changements de forme, qui ne touchent en rien à l’essence même de la tradition ; pour la doctrine métaphysique, l’expression seule peut être modifiée, d’une façon qui est assez comparable à la traduction d’une langue dans une autre ; quelles que soient les formes dont elle s’enveloppe pour s’exprimer dans la mesure où cela est possible, il n’y a absolument qu’une métaphysique, comme il n’y a qu’une vérité.
- Ces « réadaptations » (f. pl.) /se ʁe.a.dap.ta.sjɔ̃/ = « These ‘readaptations' »
- ne sont que /nə sɔ̃ kə/ = « are only »
- des changements de forme (m. pl.) /de ʃɑ̃.ʒə.mɑ̃ də fɔʁm/ = « changes of form »
- qui /ki/ = « which »
- ne touchent en rien à /nə tuʃ ɑ̃ ʁjɛ̃ a/ = « do not affect at all »
- l’essence même de la tradition (f.) /lɛ.sɑ̃s mɛm də la tʁa.di.sjɔ̃/ = « the very essence of tradition »
- pour la doctrine métaphysique (f.) /puʁ la dɔk.tʁin me.ta.fi.zik/ = « for metaphysical doctrine »
- l’expression seule (f.) /lɛk.spʁɛ.sjɔ̃ sœl/ = « the expression alone »
- peut être modifiée /pø ɛtʁ mɔ.di.fje/ = « can be modified »
- d’une façon /dyn fa.sɔ̃/ = « in a way »
- qui /ki/ = « which »
- est assez comparable à /ɛ.t‿a.se kɔ̃.pa.ʁabl a/ = « is quite comparable to »
- la traduction (f.) /la tʁa.dyk.sjɔ̃/ = « the translation »
- d’une langue dans une autre /dyn lɑ̃ɡ dɑ̃ tyn otʁ/ = « of one language into another »
- quelles que soient /kɛl kə swa/ = « whatever »
- les formes (f. pl.) /le fɔʁm/ = « the forms »
- dont /dɔ̃/ = « with which »
- elle s’enveloppe /ɛl sɑ̃.vɛ.lɔp/ = « it envelops itself »
- pour s’exprimer /puʁ sɛk.spʁi.me/ = « to express itself »
- dans la mesure où /dɑ̃ la mə.zy.ʁ‿u/ = « to the extent that »
- cela est possible /sə.la ɛ pɔ.sibl/ = « that is possible »
- il n’y a absolument qu’une métaphysique /il n‿ja ap.sɔ.ly.mɑ̃ kyn me.ta.fi.zik/ = « there is absolutely only one metaphysics »
- comme /kɔm/ = « just as »
- il n’y a qu’une vérité /il n‿ja kyn ve.ʁi.te/ = « there is only one truth »
Grammaire :
ne sont que : ne…que = « only ».
ne touchent en rien à : ne…en rien = « not at all » – toucher à = « to affect/touch upon ».
peut être modifiée : passive infinitive – modifiée agrees with l’expression (feminine singular).
quelles que soient : subjunctive of être – « whatever » – quelles agrees with formes (feminine plural).
dont elle s’enveloppe : dont = « with which » – s’envelopper de = « to envelop oneself with ».
il n’y a absolument qu’une métaphysique : ne…que = « only » – absolument adds emphasis.
Sens général :
Ces « réadaptations » ne sont que des changements de forme, qui n’affectent en rien l’essence même de la tradition. Pour la doctrine métaphysique, seule l’expression peut être modifiée – d’une façon assez comparable à la traduction d’une langue dans une autre. Quelles que soient les formes dont elle s’enveloppe pour s’exprimer (dans la mesure où cela est possible), il n’y a absolument qu’une métaphysique, comme il n’y a qu’une vérité.
Mais, quand on passe aux applications, le cas est naturellement différent : avec les sciences, aussi bien qu’avec les institutions sociales, nous sommes dans le monde de la forme et de la multiplicité ; c’est pourquoi l’on peut dire que d’autres formes constituent véritablement d’autres sciences, même si elles ont, au moins partiellement, le même objet.
- Mais /mɛ/ = « But »
- quand on passe /kɑ̃.t‿ɔ̃ pas/ = « when one passes »
- aux applications (f. pl.) /o.z‿a.pli.ka.sjɔ̃/ = « to applications »
- le cas (m.) /lə ka/ = « the case »
- est naturellement différent /ɛ na.ty.ʁɛl.mɑ̃ di.fe.ʁɑ̃/ = « is naturally different »
- avec les sciences /a.vɛk le sjɑ̃s/ = « with the sciences »
- aussi bien qu’avec /o.si bjɛ̃ ka.vɛk/ = « as well as with »
- les institutions sociales (f. pl.) /le.z‿ɛ̃.sti.ty.sjɔ̃ sɔ.sjal/ = « social institutions »
- nous sommes /nu sɔm/ = « we are »
- dans le monde de la forme (m.) /dɑ̃ lə mɔ̃d də la fɔʁm/ = « in the world of form »
- et /e/ = « and »
- de la multiplicité (f.) /də la myl.ti.pli.si.te/ = « of multiplicity »
- c’est pourquoi /sɛ puʁ.kwa/ = « that is why »
- l’on peut dire que /lɔ̃ pø diʁ kə/ = « one can say that »
- d’autres formes (f. pl.) /dotʁ fɔʁm/ = « other forms »
- constituent véritablement /kɔ̃.sti.tɥ ve.ʁi.tabl.mɑ̃/ = « truly constitute »
- d’autres sciences (f. pl.) /dotʁ sjɑ̃s/ = « other sciences »
- même si /mɛm si/ = « even if »
- elles ont /ɛl.z‿ɔ̃/ = « they have »
- au moins partiellement /o mwɛ̃ paʁ.sjɛl.mɑ̃/ = « at least partially »
- le même objet (m.) /lə mɛ.m‿ɔb.ʒɛ/ = « the same object »
Grammaire :
aux applications : contraction aux = à les.
aussi bien que : conjunction = « as well as ».
l’on : formal variant of on – used after que or pourquoi for euphony.
constituent : 3rd person plural present of constituer – subject d’autres formes.
même si : « even if » – followed by indicative.
elles ont : elles refers to d’autres formes (feminine plural).
Sens général :
Mais quand on passe aux applications, le cas est naturellement différent. Avec les sciences, aussi bien qu’avec les institutions sociales, nous sommes dans le monde de la forme et de la multiplicité. C’est pourquoi l’on peut dire que d’autres formes constituent véritablement d’autres sciences – même si elles ont, au moins partiellement, le même objet.
Les logiciens ont l’habitude de regarder une science comme entièrement définie par son objet, ce qui est inexact par excès de simplification ; le point de vue sous lequel cet objet est envisagé doit aussi entrer dans la définition de la science.
- Les logiciens (m. pl.) /le lɔ.ʒi.sjɛ̃/ = « Logicians »
- ont l’habitude de /ɔ̃.t‿la.bi.tyd də/ = « have the habit of »
- regarder une science (f.) /ʁə.ɡaʁ.de yn sjɑ̃s/ = « considering a science »
- comme entièrement définie /kɔm ɑ̃.tjɛʁ.mɑ̃ de.fi.ni/ = « as entirely defined »
- par son objet (m.) /paʁ sɔ.n‿ɔb.ʒɛ/ = « by its object »
- ce qui est inexact /sə ki ɛ.t‿i.nɛɡ.zakt/ = « which is inexact »
- par excès de simplification /paʁ ɛk.sɛ də sɛ̃.pli.fi.ka.sjɔ̃/ = « by excess of simplification »
- le point de vue (m.) /lə pwɛ̃ də vy/ = « the point of view »
- sous lequel /su lə.kɛl/ = « under which »
- cet objet (m.) /sɛ.t‿ɔb.ʒɛ/ = « this object »
- est envisagé /ɛ.t‿ɑ̃.vi.za.ʒe/ = « is considered »
- doit aussi entrer /dwa o.si ɑ̃.tʁe/ = « must also enter »
- dans /dɑ̃/ = « into »
- la définition (f.) /la de.fi.ni.sjɔ̃/ = « the definition »
- de la science (f.) /də la sjɑ̃s/ = « of the science »
Grammaire :
ont l’habitude de : expression = « are accustomed to » – followed by infinitive.
définie : past participle used as adjective – agrees with une science (feminine singular).
ce qui est inexact : ce qui = « which » – refers to the preceding idea.
par excès de : « by excess of » – meaning « by oversimplifying ».
sous lequel : relative pronoun « under which » (masculine singular, referring to point de vue).
doit entrer dans : devoir (must) + infinitive – entrer dans = « to enter into » / « to be part of ».
Sens général :
Les logiciens ont l’habitude de considérer une science comme entièrement définie par son objet – ce qui est inexact par excès de simplification. Le point de vue sous lequel cet objet est envisagé doit aussi entrer dans la définition de la science.
Il y a une multitude indéfinie de sciences possibles ; il peut arriver que plusieurs sciences étudient les mêmes choses, mais sous des aspects tellement différents, donc par des méthodes et avec des intentions tellement différentes aussi, qu’elles n’en sont pas moins des sciences réellement distinctes.
- Il y a /i.lja/ = « There is »
- une multitude indéfinie (f.) /yn myl.ti.tyd ɛ̃.de.fi.ni/ = « an indefinite multitude »
- de sciences possibles (f. pl.) /də sjɑ̃s pɔ.sibl/ = « of possible sciences »
- il peut arriver que /il pø a.ʁi.ve kə/ = « it can happen that »
- plusieurs sciences (f. pl.) /ply.zjœʁ sjɑ̃s/ = « several sciences »
- étudient /e.ty.di/ = « study »
- les mêmes choses (f. pl.) /le mɛm ʃoz/ = « the same things »
- mais /mɛ/ = « but »
- sous des aspects tellement différents /su de.z‿as.pɛ tɛl.mɑ̃ di.fe.ʁɑ̃/ = « under such different aspects »
- donc /dɔ̃k/ = « therefore »
- par des méthodes (f. pl.) /paʁ de me.tɔd/ = « by methods »
- et /e/ = « and »
- avec des intentions tellement différentes aussi /a.vɛk de.z‿ɛ̃.tɑ̃.sjɔ̃ tɛl.mɑ̃ di.fe.ʁɑ̃.t‿o.si/ = « with such different intentions as well »
- qu’elles n’en sont pas moins /k‿ɛl n‿ɑ̃ sɔ̃ pa mwɛ̃/ = « that they are nevertheless »
- des sciences réellement distinctes (f. pl.) /de sjɑ̃s ʁe.ɛl.mɑ̃ dis.tɛ̃kt/ = « sciences that are really distinct »
Grammaire :
il peut arriver que : impersonal + subjunctive – « it can happen that » – followed by subjunctive étudient (3rd person plural).
tellement… que : « so… that » – tellement différents = « so different » – que = « that ».
donc : « therefore » – introduces a logical consequence.
n’en sont pas moins : ne…pas moins = « nevertheless » – en = « of it » (referring to the difference).
Sens général :
Il y a une multitude indéfinie de sciences possibles. Il peut arriver que plusieurs sciences étudient les mêmes choses, mais sous des aspects tellement différents (donc par des méthodes et avec des intentions tellement différentes aussi) qu’elles n’en sont pas moins des sciences réellement distinctes.
Ce cas peut, en particulier, se présenter pour les « sciences traditionnelles » de civilisations diverses, qui, bien que comparables entre elles, ne sont pourtant pas toujours assimilables les unes aux autres, et, souvent, ne pourraient qu’abusivement être désignées par les mêmes noms.
- Ce cas (m.) /sə ka/ = « This case »
- peut /pø/ = « can »
- en particulier /ɑ̃ paʁ.ti.ky.lje/ = « in particular »
- se présenter /sə pʁe.zɑ̃.te/ = « occur »
- pour /puʁ/ = « for »
- les « sciences traditionnelles » (f. pl.) /le sjɑ̃s tʁa.di.sjɔ.nɛl/ = « traditional sciences »
- de civilisations diverses (f. pl.) /də si.vi.li.za.sjɔ̃ di.vɛʁs/ = « of diverse civilizations »
- qui /ki/ = « which »
- bien que comparables /bjɛ̃ kə kɔ̃.pa.ʁabl/ = « although comparable »
- entre elles /ɑ̃.tʁ‿ɛl/ = « to each other »
- ne sont pourtant pas toujours assimilables /nə sɔ̃ puʁ.tɑ̃ pa tu.ʒuʁ‿a.si.mi.labl/ = « are not however always assimilable »
- les unes aux autres /le.z‿yn o.z‿otʁ/ = « to one another »
- et /e/ = « and »
- souvent /su.vɑ̃/ = « often »
- ne pourraient qu’abusivement être désignées /nə pu.ʁɛ k‿a.by.ziv.mɑ̃ ɛtʁ de.zi.ɲe/ = « could only be abusively designated »
- par les mêmes noms (m. pl.) /paʁ le mɛm nɔ̃/ = « by the same names »
Grammaire :
se présenter : reflexive verb meaning « to occur » / « to present itself ».
bien que comparables : bien que = « although » – followed by adjective (no verb needed when adjective only).
ne sont… pas toujours : negation – pas toujours = « not always ».
assimilables les unes aux autres : assimilable à = « assimilable to » – les unes aux autres = « to one another » (feminine plural).
ne pourraient qu’abusivement être désignées : ne…que = « only » – pourraient = conditional of pouvoir (could) – abusivement = « abusively » – désignées agrees with sciences (feminine plural).
Sens général :
Ce cas peut, en particulier, se présenter pour les « sciences traditionnelles » de civilisations diverses. Elles sont comparables entre elles, mais ne sont pourtant pas toujours assimilables les unes aux autres – et, souvent, on ne pourrait que les désigner abusivement par les mêmes noms.
La différence est encore beaucoup plus considérable, cela va de soi, si, au lieu d’établir une comparaison entre des « sciences traditionnelles », qui du moins ont toutes le même caractère fondamental, on veut comparer ces sciences, d’une façon générale, aux sciences telles que les modernes les conçoivent ; à première vue, il peut sembler parfois que l’objet soit le même de part et d’autre, et pourtant la connaissance que les deux sortes de sciences donnent respectivement de cet objet est tellement autre, qu’on hésite, après plus ample examen, à affirmer encore l’identité, même sous un certain rapport seulement.
- La différence (f.) /la di.fe.ʁɑ̃s/ = « The difference »
- est encore beaucoup plus considérable /ɛ.t‿ɑ̃.kɔʁ bo.ku ply kɔ̃.si.de.ʁabl/ = « is still much more considerable »
- cela va de soi /sə.la va də swa/ = « that goes without saying »
- si /si/ = « if »
- au lieu d’établir /o ljø de.ta.bliʁ/ = « instead of establishing »
- une comparaison (f.) /yn kɔ̃.pa.ʁɛ.zɔ̃/ = « a comparison »
- entre /ɑ̃tʁ/ = « between »
- des « sciences traditionnelles » (f. pl.) /de sjɑ̃s tʁa.di.sjɔ.nɛl/ = « traditional sciences »
- qui /ki/ = « which »
- du moins /dy mwɛ̃/ = « at least »
- ont toutes le même caractère fondamental /ɔ̃ tut lə mɛm ka.ʁak.tɛʁ fɔ̃.da.mɑ̃.tal/ = « all have the same fundamental character »
- on veut comparer /ɔ̃ vø kɔ̃.pa.ʁe/ = « one wants to compare »
- ces sciences (f. pl.) /se sjɑ̃s/ = « these sciences »
- d’une façon générale /dyn fa.sɔ̃ ʒe.ne.ʁal/ = « generally speaking »
- aux sciences (f. pl.) /o sjɑ̃s/ = « to the sciences »
- telles que /tɛl kə/ = « such as »
- les modernes les conçoivent /le mɔ.dɛʁn le kɔ̃.swav/ = « the moderns conceive them »
- à première vue /a pʁə.mjɛʁ vy/ = « at first glance »
- il peut sembler parfois que /il pø sɑ̃.ble paʁ.fwa kə/ = « it can sometimes seem that »
- l’objet (m.) /lɔb.ʒɛ/ = « the object »
- soit le même /swa lə mɛm/ = « is the same »
- de part et d’autre /də paʁ e dotʁ/ = « on both sides »
- et pourtant /e puʁ.tɑ̃/ = « and yet »
- la connaissance (f.) /la kɔ.nɛ.sɑ̃s/ = « the knowledge »
- que /kə/ = « that »
- les deux sortes de sciences (f. pl.) /le dø sɔʁt də sjɑ̃s/ = « the two kinds of sciences »
- donnent respectivement /dɔn ʁɛs.pɛk.tiv.mɑ̃/ = « give respectively »
- de cet objet /də sɛ.t‿ɔb.ʒɛ/ = « of this object »
- est tellement autre /ɛ tɛl.mɑ̃.t‿otʁ/ = « is so different »
- qu’on hésite /kɔ̃.n‿e.zit/ = « that one hesitates »
- après plus ample examen /a.pʁɛ ply ɑ̃.pl‿ɛɡ.za.mɛ̃/ = « after more thorough examination »
- à affirmer encore l’identité /a a.fiʁ.me ɑ̃.kɔʁ li.dɑ̃.ti.te/ = « to still affirm the identity »
- même sous un certain rapport seulement /mɛm su.z‿œ̃ sɛʁ.tɛ̃ ʁa.pɔʁ sœl.mɑ̃/ = « even under only a certain relation »
Grammaire :
cela va de soi : fixed expression = « that goes without saying ».
au lieu de : « instead of » – followed by infinitive.
ont toutes : toutes = « all » – agrees with sciences (feminine plural) and placed after the verb.
telles que : « such as » – followed by a clause.
les conçoivent : les = direct object pronoun « them » (the sciences).
soit : subjunctive of être – used after il peut sembler que (it can seem that) – indicates a possibility.
est tellement autre que : tellement… que = « so… that » – autre = « different » (invariable in this sense).
qu’on hésite : hésite = present indicative after que expressing consequence.
sous un certain rapport : « from a certain point of view » / « in a certain respect ».
Sens général :
La différence est encore beaucoup plus considérable – cela va de soi – si, au lieu d’établir une comparaison entre des « sciences traditionnelles » (qui ont au moins toutes le même caractère fondamental), on veut comparer ces sciences, d’une façon générale, aux sciences telles que les modernes les conçoivent. À première vue, il peut parfois sembler que l’objet soit le même des deux côtés – et pourtant, la connaissance que les deux sortes de sciences donnent respectivement de cet objet est tellement différente qu’on hésite, après plus ample examen, à affirmer encore l’identité – même sous un certain rapport seulement.
Résumé
Guénon distingue deux conceptions radicalement différentes et incompatibles des sciences : la conception traditionnelle (présente dans l’antiquité, au moyen âge et toujours en Orient) et la conception moderne, totalement étrangère aux Occidentaux d’aujourd’hui. Il précise que chaque civilisation possède ses propres « sciences traditionnelles », car dans le domaine contingent des adaptations, il faut tenir compte des conditions mentales propres à chaque peuple et à chaque époque, par des « réadaptations » qui ne touchent pas à l’essence de la tradition. Guénon souligne que, contrairement à la métaphysique pure qui est une et universelle, les sciences relèvent du monde de la forme et de la multiplicité, de sorte que des formes différentes constituent véritablement des sciences différentes, même pour un même objet. Il ajoute que comparer les sciences traditionnelles aux sciences modernes est encore plus difficile, car même lorsque l’objet semble identique, la connaissance donnée par les deux types de sciences est si différente que l’identité ne peut plus être affirmée.
Remarques générales
- sciences traditionnelles — Guénon désigne par ce terme l’ensemble des disciplines qui, dans une civilisation traditionnelle, sont conçues comme des applications de la métaphysique aux domaines contingents. Il s’agit par exemple de l’astrologie (science des influences célestes en correspondance avec les principes), de l’alchimie (science de la transmutation comprise comme symbole de la transformation spirituelle), de la géomancie, de la médecine sacrée, de la musique cosmique, etc. Ces sciences ne sont pas « empiriques » au sens moderne ; elles procèdent par déduction à partir de principes métaphysiques et sont essentiellement symboliques. Leur idée est « étrangère » aux modernes parce que ceux-ci, ayant perdu toute conscience de la hiérarchie des connaissances, ne peuvent concevoir qu’une science soit autre chose qu’une accumulation de faits observables. ↩︎
- adaptations / réadaptations — La doctrine métaphysique pure étant universelle et immuable, son expression extérieure (langues, symboles, rites, institutions) doit être « adaptée » aux conditions mentales, sociales et cosmiques de chaque civilisation et de chaque époque. Une « réadaptation » est un changement formel rendu nécessaire par l’évolution cyclique (par exemple, le passage d’un âge d’or à un âge de fer, ou la décadence progressive du Kali Yuga). Ces adaptations ne changent rien au fond, mais en modifient l’enveloppe. Les prophètes, fondateurs de religions ou réformateurs initiatiques sont précisément ceux qui opèrent ces réadaptations. ↩︎
- une métaphysique / une vérité — Guénon énonce ici le principe fondamental du sophia perennis : la Vérité métaphysique est une, bien que ses expressions varient selon les civilisations et les langues. Cette unicité n’est pas une uniformité : chaque tradition exprime la même vérité sous un angle, un symbolisme et une terminologie qui lui sont propres. Mais ces différences formelles ne doivent pas masquer l’identité de fond. C’est pourquoi Guénon peut parler de la « métaphysique » (au singulier) de l’hindouisme, du bouddhisme, du christianisme et de l’islam comme d’une seule et même science des principes. ↩︎
- même objet / formes différentes — Guénon distingue ici l’objet matériel (le « quoi » de l’étude) de la forme ou du point de vue (le « comment »). Deux sciences peuvent étudier le même phénomène (par exemple, les mouvements célestes) : l’astronomie moderne le fera quantitativement, mécaniquement, sans référence aux principes ; l’astrologie traditionnelle le fera qualitativement, symboliquement, en reliant chaque corps céleste à une fonction cosmique ou spirituelle. L’objet « matériel » est le même ; la science est radicalement différente. C’est pourquoi Guénon affirme que « d’autres formes constituent véritablement d’autres sciences ». ↩︎
- point de vue — Guénon réhabilite ici la notion scolastique de formalitas ou de ratio formalis. La science n’est pas définie seulement par son objet matériel, mais par l’angle sous lequel elle l’envisage. Cette idée est capitale pour comprendre la légitimité des « sciences traditionnelles » : elles ne sont pas de « mauvaises sciences » (empiriquement fausses), mais des sciences différentes, opérant sur un autre plan de réalité. Le point de vue détermine la méthode, les principes et la finalité de la science. ↩︎
- assimilables / mêmes noms — Guénon met en garde contre les fausses équivalences terminologiques entre traditions. Ce que l’Inde appelle jyotiṣa (astrologie) n’est pas identique à ce que l’Égypte ancienne appelait par un terme correspondant, bien que les deux soient des « sciences traditionnelles ». Chaque tradition développe ses propres symboles et méthodes, adaptés à son génie particulier. Les comparer comme strictement identiques (en les traduisant par le même nom occidental) est un abus. Cependant, elles sont « comparables » : on peut les étudier en parallèle parce qu’elles procèdent du même esprit traditionnel. ↩︎
- objet / connaissance autre — La différence radicale entre science traditionnelle et science moderne n’est pas seulement formelle mais touche à la nature même de la « connaissance » obtenue. La science moderne, même quand elle étudie le même phénomène matériel, produit un savoir quantitatif, utilitaire et privé de signification métaphysique. La science traditionnelle produit un savoir qualitatif, symbolique, qui relie le phénomène à son principe transcendant. On pourrait dire que la première est une connaissance horizontale (de phénomène à phénomène), la seconde une connaissance verticale (du phénomène au Principe). Guénon suggère qu’au terme d’un examen approfondi, on peut douter qu’il y ait même « identité » d’objet, car l’objet lui-même n’est pas le même selon qu’on le perçoit dans sa dimension sensible seule ou dans sa dimension symbolique et principielle. ↩︎