Une science quelconque, suivant la conception traditionnelle, a moins son intérêt en elle-même qu’en ce qu’elle est comme un prolongement ou une branche secondaire de la doctrine, dont la partie essentielle est constituée, comme nous l’avons dit, par la métaphysique pure.
- Une science quelconque (f.) /yn sjɑ̃s kɛl.kɔ̃k/ = « Any science whatsoever »
- suivant la conception traditionnelle /sɥi.vɑ̃ la kɔ̃.sɛp.sjɔ̃ tʁa.di.sjɔ.nɛl/ = « according to the traditional conception »
- a moins son intérêt en elle-même /a mwɛ̃ sɔ.n‿ɛ̃.te.ʁɛ ɑ̃.n‿ɛl mɛm/ = « has its interest less in itself »
- qu’en ce qu’elle est /kɑ̃ sə k‿ɛl ɛ/ = « than in the fact that it is »
- comme /kɔm/ = « as »
- un prolongement (m.) /œ̃ pʁɔ.lɔ̃ʒ.mɑ̃/ = « an extension »
- ou /u/ = « or »
- une branche secondaire (f.) /yn bʁɑ̃ʃ sə.ɡɔ̃.dɛʁ/ = « a secondary branch »
- de la doctrine (f.) /də la dɔk.tʁin/ = « of the doctrine »
- dont /dɔ̃/ = « of which »
- la partie essentielle (f.) /la paʁ.ti.z‿e.sɑ̃.sjɛl/ = « the essential part »
- est constituée /ɛ kɔ̃.sti.tɥe/ = « is constituted »
- comme nous l’avons dit /kɔm nu la.vɔ̃ di/ = « as we have said »
- par la métaphysique pure (f.) /paʁ la me.ta.fi.zik pyʁ/ = « by pure metaphysics »
Grammaire :
a moins… qu’en ce qu’elle est : comparison – « has its interest less in itself than in the fact that it is ». moins… que = « less… than » – en ce que = « in the fact that ».
dont la partie essentielle : dont = « of which » – refers to la doctrine.
est constituée : present passive – « is constituted ».
comme nous l’avons dit : parenthetical – « as we have said » – l’ = « it ».
Sens général :
Une science quelconque, selon la conception traditionnelle, a moins son intérêt en elle-même que dans le fait qu’elle est comme un prolongement ou une branche secondaire de la doctrine – dont la partie essentielle est constituée, comme nous l’avons dit, par la métaphysique pure.
En effet, si toute science est assurément légitime, pourvu qu’elle n’occupe que la place qui lui convient réellement en raison de sa nature propre, il est cependant facile de comprendre que, pour quiconque possède une connaissance d’ordre supérieur, les connaissances inférieures perdent forcément beaucoup de leur intérêt, et que même elles n’en gardent qu’en fonction, si l’on peut dire, de la connaissance principielle, c’est-à-dire dans la mesure où, d’une part, elles reflètent celle-ci dans tel ou tel domaine contingent, et où, d’autre part, elles sont susceptibles de conduire vers cette même connaissance principielle, qui, dans le cas que nous envisageons, ne peut jamais être perdue de vue ni sacrifiée à des considérations plus ou moins accidentelles.
- En effet /ɑ̃.n‿e.fɛ/ = « Indeed »
- si toute science est assurément légitime /si tut sjɑ̃s ɛ.t‿a.sy.ʁe.mɑ̃ le.ʒi.tim/ = « if any science is certainly legitimate »
- pourvu qu’elle n’occupe que la place /puʁ.vy k‿ɛl nɔ.kyp kə la plas/ = « provided that it occupies only the place »
- qui lui convient réellement /ki lɥi kɔ̃.vjɛ ʁe.ɛl.mɑ̃/ = « that truly suits it »
- en raison de sa nature propre /ɑ̃ ʁɛ.zɔ̃ də sa na.tyʁ pʁɔpʁ/ = « by reason of its own nature »
- il est cependant facile de comprendre /i.lɛ sə.pɑ̃.dɑ̃ fa.sil də kɔ̃.pʁɑ̃dʁ/ = « it is however easy to understand »
- que /kə/ = « that »
- pour quiconque possède /puʁ ki.kɔ̃k pɔ.sɛd/ = « for whoever possesses »
- une connaissance d’ordre supérieur (f.) /yn kɔ.nɛ.sɑ̃s dɔʁdʁ sy.pe.ʁjœʁ/ = « a knowledge of a higher order »
- les connaissances inférieures (f. pl.) /le kɔ.nɛ.sɑ̃s ɛ̃.fe.ʁjœʁ/ = « inferior knowledges »
- perdent forcément beaucoup de leur intérêt /pɛʁd fɔʁ.se.mɑ̃ bo.ku də lœ.ʁ‿ɛ̃.te.ʁɛ/ = « necessarily lose much of their interest »
- et que même /e kə mɛm/ = « and that even »
- elles n’en gardent qu’en fonction /ɛl nɑ̃ ɡaʁd kɑ̃ fɔ̃k.sjɔ̃/ = « they keep of it only in function »
- si l’on peut dire /si lɔ̃ pø diʁ/ = « if one may say »
- de la connaissance principielle (f.) /də la kɔ.nɛ.sɑ̃s pʁɛ̃.si.pjɛl/ = « of principial knowledge »
- c’est-à-dire /sɛ.ta.diʁ/ = « that is to say »
- dans la mesure où /dɑ̃ la mə.zy.ʁ‿u/ = « to the extent that »
- d’une part /dyn paʁ/ = « on the one hand »
- elles reflètent celle-ci /ɛl ʁə.flɛt sɛl.si/ = « they reflect the latter »
- dans tel ou tel domaine contingent (m.) /dɑ̃ tɛ.l‿u tɛl dɔ.mɛn kɔ̃.tɛ̃.ʒɑ̃/ = « in such and such a contingent domain »
- et /e/ = « and »
- où /u/ = « where » (i.e., « in which » – second part of dans la mesure où)
- d’autre part /dotʁ paʁ/ = « on the other hand »
- elles sont susceptibles de conduire vers /ɛl sɔ̃ sy.sɛp.tibl də kɔ̃.dɥiʁ vɛʁ/ = « they are capable of leading toward »
- cette même connaissance principielle (f.) /sɛt mɛm kɔ.nɛ.sɑ̃s pʁɛ̃.si.pjɛl/ = « this same principial knowledge »
- qui /ki/ = « which »
- dans le cas que nous envisageons /dɑ̃ lə ka kə nu.z‿ɑ̃.vi.za.ʒɔ̃/ = « in the case that we are considering »
- ne peut jamais être perdue de vue /nə pø ʒa.mɛ ɛtʁ pɛʁ.dy də vy/ = « can never be lost sight of »
- ni /ni/ = « nor »
- sacrifiée à /sa.kʁi.fje a/ = « sacrificed to »
- des considérations plus ou moins accidentelles (f. pl.) /de kɔ̃.si.de.ʁa.sjɔ̃ ply u mwɛ̃.z‿ak.si.dɑ̃.tɛl/ = « more or less accidental considerations »
Grammaire :
pourvu que : « provided that » + subjunctive – n’occupe = subjunctive present of occuper – ne…que = « only ».
qui lui convient : lui = indirect object « to it » – convenir à = « to suit ».
perdent… n’en gardent : present tense – en = « of it » (of their interest).
si l’on peut dire : parenthetical – « if one may say ».
celle-ci : feminine singular pronoun « the latter » – refers to connaissance principielle.
dans la mesure où… et où : où is used twice as a relative adverb meaning « in which » – coordinates two clauses.
être perdue de vue : passive infinitive – perdue agrees with connaissance principielle (feminine singular) – perdre de vue = « to lose sight of ».
Sens général :
En effet, si toute science est assurément légitime, pourvu qu’elle n’occupe que la place qui lui convient réellement en raison de sa nature propre, il est cependant facile de comprendre que, pour quiconque possède une connaissance d’ordre supérieur, les connaissances inférieures perdent forcément beaucoup de leur intérêt – et que même elles n’en gardent qu’en fonction, si l’on peut dire, de la connaissance principielle. C’est-à-dire dans la mesure où, d’une part, elles reflètent celle-ci dans tel ou tel domaine contingent, et où, d’autre part, elles sont susceptibles de conduire vers cette même connaissance principielle – qui, dans le cas que nous envisageons, ne peut jamais être perdue de vue ni sacrifiée à des considérations plus ou moins accidentelles.
Ce sont là les deux rôles complémentaires qui appartiennent en propre aux « sciences traditionnelles » : d’un côté, comme applications de la doctrine, elles permettent de relier entre eux tous les ordres de réalité, de les intégrer dans l’unité de la synthèse totale ; de l’autre, elles sont, pour certains tout au moins, et en conformité avec les aptitudes de ceux-ci, une préparation à une connaissance plus haute, une sorte d’acheminement vers cette dernière, et, dans leur répartition hiérarchique selon les degrés d’existence auxquels elles se rapportent, elles constituent alors comme autant d’échelons à l’aide desquels il est possible de s’élever jusqu’à l’intellectualité pure.
- Ce sont là /sə sɔ̃ la/ = « These are »
- les deux rôles complémentaires (m. pl.) /le dø ʁol kɔ̃.ple.mɑ̃.tɛʁ/ = « the two complementary roles »
- qui /ki/ = « which »
- appartiennent en propre /a.paʁ.tjɛn ɑ̃ pʁɔpʁ/ = « belong properly »
- aux « sciences traditionnelles » (f. pl.) /o sjɑ̃s tʁa.di.sjɔ.nɛl/ = « to traditional sciences »
- d’un côté /dœ̃ ko.te/ = « on the one hand »
- comme applications de la doctrine /kɔ.m‿a.pli.ka.sjɔ̃ də la dɔk.tʁin/ = « as applications of the doctrine »
- elles permettent de relier entre eux /ɛl pɛʁ.mɛt də ʁə.lje ɑ̃.tʁ‿ø/ = « they allow to link together »
- tous les ordres de réalité (m. pl.) /tu le.z‿ɔʁdʁ də ʁe.a.li.te/ = « all the orders of reality »
- de les intégrer /də le.z‿ɛ̃.te.ɡʁe/ = « to integrate them »
- dans l’unité de la synthèse totale (f.) /dɑ̃ ly.ni.te də la sɛ̃.tɛz tɔ.tal/ = « into the unity of the total synthesis »
- de l’autre /də lotʁ/ = « on the other hand »
- elles sont /ɛl sɔ̃/ = « they are »
- pour certains tout au moins /puʁ sɛʁ.tɛ̃ tu.t‿o mwɛ̃/ = « for some at least »
- et /e/ = « and »
- en conformité avec les aptitudes de ceux-ci /ɑ̃ kɔ̃.fɔʁ.mi.te a.vɛk le.z‿ap.ti.tyd də sø.si/ = « in conformity with the aptitudes of the latter »
- une préparation à une connaissance plus haute (f.) /yn pʁe.pa.ʁa.sjɔ̃ a yn kɔ.nɛ.sɑ̃s ply ot/ = « a preparation for a higher knowledge »
- une sorte d’acheminement vers cette dernière /yn sɔʁt daʃ.mi.nə.mɑ̃ vɛʁ sɛt dɛʁ.njɛʁ/ = « a kind of progression toward the latter »
- et /e/ = « and »
- dans leur répartition hiérarchique /dɑ̃ lœʁ ʁe.paʁ.ti.sjɔ̃ je.ʁaʁ.ʃik/ = « in their hierarchical distribution »
- selon les degrés d’existence /sə.lɔ̃ le də.ɡʁe dɛɡ.zis.tɑ̃s/ = « according to the degrees of existence »
- auxquels elles se rapportent /o.kɛl ɛl sə ʁa.pɔʁt/ = « to which they relate »
- elles constituent alors comme autant d’échelons /ɛl kɔ̃.sti.tɥ.t‿a.lɔʁ kɔ.m‿o.tɑ̃ de.ʃə.lɔ̃/ = « they then constitute as so many rungs »
- à l’aide desquels /a lɛd de.kɛl/ = « with the help of which »
- il est possible de s’élever /i.lɛ pɔ.sibl də se.lə.ve/ = « it is possible to rise »
- jusqu’à l’intellectualité pure /ʒys.ka lɛ̃.tɛ.lɛk.tɥa.li.te pyʁ/ = « up to pure intellectuality »
Grammaire :
Ce sont là : « these are » – là adds emphasis.
appartiennent en propre à : appartenir en propre = « to belong properly to » – 3rd person plural present.
permettent de relier… de les intégrer : permettre de + infinitive – les = direct object pronoun « them » (the orders of reality).
en conformité avec : fixed expression = « in conformity with ».
ceux-ci : demonstrative pronoun « the latter » (masculine plural) – refers to certains.
une sorte de : « a kind of » + noun.
auxquels elles se rapportent : auxquels = contraction à lesquels (masculine plural, referring to degrés) – se rapporter à = « to relate to ».
comme autant de : « as many » – autant de + noun.
à l’aide desquels : desquels = contraction de lesquels (masculine plural) – « with the help of which ».
Sens général :
Ce sont là les deux rôles complémentaires qui appartiennent en propre aux « sciences traditionnelles ». D’un côté, comme applications de la doctrine, elles permettent de relier entre eux tous les ordres de réalité, de les intégrer dans l’unité de la synthèse totale. De l’autre, elles sont – pour certains tout au moins, et en conformité avec les aptitudes de ceux-ci – une préparation à une connaissance plus haute, une sorte d’acheminement vers cette dernière. Et, dans leur répartition hiérarchique selon les degrés d’existence auxquels elles se rapportent, elles constituent alors comme autant d’échelons à l’aide desquels il est possible de s’élever jusqu’à l’intellectualité pure.
Il n’est que trop évident que les sciences modernes ne peuvent, à aucun degré, remplir ni l’un ni l’autre de ces deux rôles ; c’est pourquoi elles ne sont et ne peuvent être que de la « science profane », tandis que les « sciences traditionnelles », par leur rattachement aux principes métaphysiques, sont incorporées d’une façon effective à la « science sacrée ».
- Il n’est que trop évident /il nɛ kə tʁo e.vi.dɑ̃/ = « It is only too evident »
- que /kə/ = « that »
- les sciences modernes (f. pl.) /le sjɑ̃s mɔ.dɛʁn/ = « modern sciences »
- ne peuvent, à aucun degré, remplir /nə pœv a o.kœ̃ də.ɡʁe ʁɑ̃.pliʁ/ = « cannot, to any degree, fulfill »
- ni l’un ni l’autre /ni lœ̃ ni lotʁ/ = « neither one nor the other »
- de ces deux rôles (m. pl.) /də se dø ʁol/ = « of these two roles »
- c’est pourquoi /sɛ puʁ.kwa/ = « that is why »
- elles ne sont et ne peuvent être que de la « science profane » /ɛl nə sɔ̃.t‿e nə pœv ɛtʁ kə də la sjɑ̃s pʁɔ.fan/ = « they are and can only be ‘profane science' »
- tandis que /tɑ̃.di kə/ = « whereas »
- les « sciences traditionnelles » (f. pl.) /le sjɑ̃s tʁa.di.sjɔ.nɛl/ = « traditional sciences »
- par leur rattachement aux principes métaphysiques (m.) /paʁ lœʁ ʁa.taʃ.mɑ̃ o pʁɛ̃.sip me.ta.fi.zik/ = « by their attachment to metaphysical principles »
- sont incorporées d’une façon effective /sɔ̃.t‿ɛ̃.kɔʁ.pɔ.ʁe dyn fa.sɔ̃.n‿e.fɛk.tiv/ = « are incorporated in an effective way »
- à la « science sacrée » (f.) /a la sjɑ̃s sa.kʁe/ = « into ‘sacred science' »
Grammaire :
Il n’est que trop évident : ne…que = « only » – trop = « too » – expression meaning « it is only too evident » (emphatic).
à aucun degré : « to any degree » (in negative context: « to no degree »).
ne peuvent remplir… ni l’un ni l’autre : ne…ni = « neither… nor » – l’un ni l’autre = « the one nor the other ».
ne sont et ne peuvent être que : ne…que = « only » – double verb construction « are and can only be ».
tandis que : conjunction = « whereas » – introduces contrast.
incorporées : past participle used as adjective – agrees with sciences (feminine plural) – incorporées à = « incorporated into ».
Sens général :
Il n’est que trop évident que les sciences modernes ne peuvent, à aucun degré, remplir ni l’un ni l’autre de ces deux rôles. C’est pourquoi elles ne sont et ne peuvent être que de la « science profane ». Tandis que les « sciences traditionnelles », par leur rattachement aux principes métaphysiques, sont incorporées d’une façon effective à la « science sacrée ».
Résumé
Guénon explique que, selon la conception traditionnelle, une science n’a pas tant d’intérêt en elle-même que comme prolongement ou branche secondaire de la doctrine, dont l’essentiel est la métaphysique pure. Il précise que les connaissances inférieures perdent leur intérêt pour qui possède une connaissance supérieure, et qu’elles n’en gardent qu’en fonction de la connaissance principielle : d’une part en la reflétant dans les domaines contingents, d’autre part en pouvant conduire vers elle. Guénon attribue ces deux rôles complémentaires aux « sciences traditionnelles » : comme applications de la doctrine, elles relient entre eux tous les ordres de réalité dans l’unité de la synthèse totale, et comme préparation ou acheminement vers une connaissance plus haute, elles constituent des échelons vers l’intellectualité pure. Il conclut que les sciences modernes ne peuvent remplir aucun de ces rôles et ne sont que de la « science profane », tandis que les sciences traditionnelles, par leur rattachement aux principes métaphysiques, sont incorporées à la « science sacrée ».
Remarques générales
- branche secondaire de la doctrine — Guénon compare la métaphysique (connaissance des principes) à un tronc d’arbre, et les sciences particulières à des branches secondaires. Une branche n’a pas sa raison d’être en elle-même, mais en tant qu’elle prolonge le tronc et participe à la vie de l’ensemble. De même, une science traditionnelle ne vaut que par son rattachement à la métaphysique, qui est l’« essentiel » (ce qui fait l’être de l’arbre). La métaphysique pure est l’objet principal ; les sciences sont des objets secondaires subordonnés. ↩︎
- intérêt / fonction de la connaissance principielle — Guénon distingue la valeur relative et la valeur absolue. Une science inférieure (par exemple la biologie) a une certaine valeur relative (elle est « légitime » dans son domaine). Mais pour celui qui possède la métaphysique, cette valeur relative perd presque tout intérêt, car elle n’apporte rien de nouveau au niveau des principes. Elle ne conserve de l’intérêt que « en fonction » de la connaissance principielle : soit parce qu’elle en est un reflet (aspect par lequel elle peut rappeler des vérités supérieures), soit parce qu’elle sert de préparation (échelon vers le haut). Sans cela, elle devient une distraction ou une perte de temps. ↩︎
- échelons vers l’intellectualité pure — Guénon expose la pédagogie traditionnelle. Les sciences inférieures (cosmologiques, mathématiques, symboliques) ne sont pas seulement des reflets des principes ; elles peuvent servir de propédeutique (préparation) à la métaphysique. L’étude de l’ordre du monde (cosmos) peut disposer l’âme à la contemplation des principes transcendants. Cette doctrine se trouve dans Platon (République, livre VII : les mathématiques comme préparation à la dialectique), dans le pythagorisme, dans le néoplatonisme, et dans la scolastique (les arts libéraux comme trivium et quadrivium menant à la philosophie première). Les « degrés d’existence » sont les niveaux ontologiques (matière, âme, intellect). ↩︎
- science profane / science sacrée — Guénon oppose deux types de science. La science sacrée (toute science traditionnelle) est une connaissance qui rattache chaque phénomène à son principe transcendant, et qui participe ainsi au caractère sacré de l’ordre cosmique et métaphysique. La science profane (moderne) est une connaissance qui ignore ou nie les principes, et qui traite les phénomènes comme s’ils étaient autonomes et ultimes. Le terme « profane » (latin profanus, « devant le temple ») désigne à l’origine ce qui est en dehors du lieu sacré. Guénon l’utilise pour signifier que la science moderne est exclue de l’ordre de la vraie connaissance, qu’elle se tient à l’extérieur du temple de la sagesse. ↩︎
Notes de Guénon
- comme nous l’avons dit, par la métaphysique pure — C’est ce qu’exprime par exemple une dénomination comme celle d’upaveda, appliquée dans l’Inde à certaines « sciences traditionnelles » et indiquant leur subordination par rapport au Veda, c’est-à-dire à la connaissance sacrée par excellence.
- elles constituent alors comme autant d’échelons à l’aide desquels il est possible de s’élever jusqu’à l’intellectualité pure — Dans notre étude sur l’Ésotérisme de Dante, nous avons indiqué le symbolisme de l’échelle dont, suivant diverses traditions, les échelons correspondent à certaines sciences en même temps qu’à des états de l’être, ce qui implique nécessairement que ces sciences, au lieu d’être envisagées d’une manière toute « profane » comme chez les modernes, donnaient lieu à une transposition leur conférant une portée véritablement « initiatique ».