¶11 Nous nous bornerons à ces quelques exemples ; il serait cependant facile d’en donner encore d’autres, pris dans des ordres quelque peu différents, et montrant partout la même dégénérescence1. On pourrait ainsi faire voir que la psychologie telle qu’on l’entend aujourd’hui, c’est-à-dire l’étude des phénomènes mentaux comme tels, est un produit naturel de l’empirisme anglo-saxon et de l’esprit du XVIIIe siècle, et que le point de vue auquel elle correspond était si négligeable pour les anciens que, s’il leur arrivait parfois de l’envisager incidemment, ils n’auraient en tout cas jamais songé à en faire une science spéciale ; tout ce qu’il peut y avoir de valable là-dedans se trouvait, pour eux, transformé et assimilé dans des points de vue supérieurs2. Dans un tout autre domaine, on pourrait montrer aussi que les mathématiques modernes ne représentent pour ainsi dire que l’écorce de la mathématique pythagoricienne, son côté purement « exotérique » ; l’idée ancienne des nombres est même devenue absolument inintelligible aux modernes, parce que, là aussi, la partie supérieure de la science, celle qui lui donnait, avec le caractère traditionnel, une valeur proprement intellectuelle, a totalement disparu ; et ce cas est assez comparable à celui de l’astrologie3. Mais nous ne pouvons passer en revue toutes les sciences les unes après les autres, ce qui serait plutôt fastidieux ; nous pensons en avoir assez dit pour faire comprendre la nature du changement auquel les sciences modernes doivent leur origine, et qui est tout le contraire d’un « progrès », qui est une véritable régression de l’intelligence ; et nous allons maintenant revenir à des considérations d’ordre général sur le rôle respectif des « sciences traditionnelles » et des sciences modernes, sur la différence profonde qui existe entre la véritable destination des unes et des autres4.

Nous nous bornerons à ces quelques exemples ; il serait cependant facile d’en donner encore d’autres, pris dans des ordres quelque peu différents, et montrant partout la même dégénérescence.

  • Nous nous bornerons /nu nu bɔʁ.nə.ʁɔ̃/ = « We will limit ourselves »
  • à ces quelques exemples (m. pl.) /a se kɛl.kə.z‿ɛɡ.zɑ̃pl/ = « to these few examples »
  • il serait cependant facile /il sə.ʁɛ sə.pɑ̃.dɑ̃ fa.sil/ = « it would however be easy »
  • d’en donner encore d’autres /dɑ̃ dɔ.ne ɑ̃.kɔʁ dotʁ/ = « to give still others of them »
  • pris dans des ordres quelque peu différents /pʁi dɑ̃ de.z‿ɔʁdʁ kɛl.kə pø di.fe.ʁɑ̃/ = « taken from somewhat different orders »
  • et /e/ = « and »
  • montrant partout /mɔ̃.tʁɑ̃ paʁ.tu/ = « showing everywhere »
  • la même dégénérescence (f.) /la mɛm de.ʒe.ne.ʁɛ.sɑ̃s/ = « the same degeneration »

Grammaire :

Nous nous bornerons : future of reflexive se borner à (to limit oneself to).
il serait facile : conditional of être – « it would be easy ».
en donner : en = « of them » – donner = infinitive.
pris : past participle of prendre – agrees with d’autres (masculine plural) – « taken ».
montrant : present participle – « showing ».

Sens général :

Nous nous bornerons à ces quelques exemples. Il serait cependant facile d’en donner encore d’autres, pris dans des ordres quelque peu différents, et montrant partout la même dégénérescence.


On pourrait ainsi faire voir que la psychologie telle qu’on l’entend aujourd’hui, c’est-à-dire l’étude des phénomènes mentaux comme tels, est un produit naturel de l’empirisme anglo-saxon et de l’esprit du XVIIIe siècle, et que le point de vue auquel elle correspond était si négligeable pour les anciens que, s’il leur arrivait parfois de l’envisager incidemment, ils n’auraient en tout cas jamais songé à en faire une science spéciale ; tout ce qu’il peut y avoir de valable là-dedans se trouvait, pour eux, transformé et assimilé dans des points de vue supérieurs.

  • On pourrait ainsi faire voir /ɔ̃ pu.ʁɛ ɛ̃.si fɛʁ vwaʁ/ = « One could thus show »
  • que /kə/ = « that »
  • la psychologie (f.) /la psi.kɔ.lɔ.ʒi/ = « psychology »
  • telle qu’on l’entend aujourd’hui /tɛl k‿ɔ̃ lɑ̃.tɑ̃ o.ʒuʁ.dɥi/ = « as it is understood today »
  • c’est-à-dire /sɛ.ta.diʁ/ = « that is to say »
  • l’étude des phénomènes mentaux (f.) /le.tyd de fe.nɔ.mɛn mɑ̃.to/ = « the study of mental phenomena »
  • comme tels /kɔm tɛl/ = « as such »
  • est un produit naturel /ɛ.t‿œ̃ pʁɔ.dɥi na.ty.ʁɛl/ = « is a natural product »
  • de l’empirisme anglo-saxon (m.) /də lɑ̃.pi.ʁism ɑ̃.ɡlo.sak.sɔ̃/ = « of Anglo-Saxon empiricism »
  • et /e/ = « and »
  • de l’esprit du XVIIIe siècle (m.) /də lɛs.pʁi dy di.z‿ɥi.tjɛm sjɛkl/ = « of the spirit of the 18th century »
  • et que /e kə/ = « and that »
  • le point de vue (m.) /lə pwɛ̃ də vy/ = « the point of view »
  • auquel /o.kɛl/ = « to which »
  • elle correspond /ɛl kɔ.ʁɛs.pɔ̃/ = « it corresponds »
  • était si négligeable pour les anciens /e.tɛ si ne.ɡli.ʒabl puʁ le.z‿ɑ̃.sjɛ̃/ = « was so negligible for the ancients »
  • que /kə/ = « that »
  • s’il leur arrivait parfois de l’envisager incidemment /s‿il lœ.ʁ‿a.ʁi.vɛ paʁ.fwa də lɑ̃.vi.za.ʒe ɛ̃.si.da.mɑ̃/ = « if it sometimes happened to them to consider it incidentally »
  • ils n’auraient en tout cas jamais songé à /i.l‿n‿o.ʁɛ ɑ̃ tu ka ʒa.mɛ sɔ̃.ʒe a/ = « they would in any case never have thought of »
  • en faire une science spéciale /ɑ̃ fɛʁ yn sjɑ̃s spe.sjal/ = « making of it a special science »
  • tout ce qu’il peut y avoir de valable là-dedans /tu sə k‿il pø a.vwaʁ də va.labl la.d(ə).dɑ̃/ = « all that can be valid in it »
  • se trouvait /sə tʁu.vɛ/ = « was found »
  • pour eux /pu.ʁ‿ø/ = « for them »
  • transformé et assimilé /tʁɑ̃s.fɔʁ.me e a.si.mi.le/ = « transformed and assimilated »
  • dans des points de vue supérieurs (m. pl.) /dɑ̃ de pwɛ̃ də vy sy.pe.ʁjœʁ/ = « into superior points of view »

Grammaire :

On pourrait faire voir : conditional of pouvoir (could) + infinitive – faire voir = « to show ».
telle qu’on l’entend : telle que = « as » – l’ = direct object « it » (psychology) – entend = « understood » (from entendre).
c’est-à-dire : fixed expression = « that is to say ».
comme tels : tels = masculine plural pronoun « such » – refers to phénomènes mentaux.
auquel elle correspond : auquel = contraction à lequelcorrespondre à = « to correspond to ».
était si négligeable que : si… que = « so… that » – followed by clause.
s’il leur arrivait de : arriver à quelqu’un de = « to happen to someone to » – leur = indirect object « to them » – imperfect.
ils n’auraient jamais songé à : conditional past of songer à (to think of) – ne…jamais = « never ».
en faire : en = « of it » – faire une science de = « to make a science of ».
tout ce qu’il peut y avoir de valable : il peut y avoir = « there can be » – de valable = « that is valid ».
se trouvait : imperfect of se trouver = « was found ».
transformé et assimilé : past participles – agree with tout ce qu’il peut y avoir de valable (masculine singular).

Sens général :

On pourrait ainsi montrer que la psychologie telle qu’on l’entend aujourd’hui – c’est-à-dire l’étude des phénomènes mentaux comme tels – est un produit naturel de l’empirisme anglo-saxon et de l’esprit du XVIIIe siècle. Et que le point de vue auquel elle correspond était si négligeable pour les anciens que, s’il leur arrivait parfois de l’envisager incidemment, ils n’auraient en tout cas jamais songé à en faire une science spéciale. Tout ce qu’il peut y avoir de valable là-dedans se trouvait, pour eux, transformé et assimilé dans des points de vue supérieurs.


Dans un tout autre domaine, on pourrait montrer aussi que les mathématiques modernes ne représentent pour ainsi dire que l’écorce de la mathématique pythagoricienne, son côté purement « exotérique » ; l’idée ancienne des nombres est même devenue absolument inintelligible aux modernes, parce que, là aussi, la partie supérieure de la science, celle qui lui donnait, avec le caractère traditionnel, une valeur proprement intellectuelle, a totalement disparu ; et ce cas est assez comparable à celui de l’astrologie.

  • Dans un tout autre domaine (m.) /dɑ̃.z‿œ̃ tu.t‿otʁ dɔ.mɛn/ = « In a completely different domain »
  • on pourrait montrer aussi /ɔ̃ pu.ʁɛ mɔ̃.tʁe o.si/ = « one could also show »
  • que /kə/ = « that »
  • les mathématiques modernes (f. pl.) /le ma.te.ma.tik mɔ.dɛʁn/ = « modern mathematics »
  • ne représentent pour ainsi dire que l’écorce /nə ʁə.pʁe.zɑ̃t pu.ʁ‿ɛ̃.si diʁ kə le.kɔʁs/ = « represent, so to speak, only the bark »
  • de la mathématique pythagoricienne (f.) /də la ma.te.ma.tik pi.ta.ɡɔ.ʁi.sjɛn/ = « of Pythagorean mathematics »
  • son côté purement « exotérique » (m.) /sɔ̃ ko.te pyʁ.mɑ̃ ɛɡ.zo.te.ʁik/ = « its purely ‘exoteric’ side »
  • l’idée ancienne des nombres (f.) /li.de ɑ̃.sjɛn de nɔ̃bʁ/ = « the ancient idea of numbers »
  • est même devenue absolument inintelligible /ɛ mɛm də.və.ny ap.sɔ.ly.mɑ̃.t‿i.nɛ̃.tɛ.li.ʒibl/ = « has even become absolutely unintelligible »
  • aux modernes /o mɔ.dɛʁn/ = « to the moderns »
  • parce que /paʁs kə/ = « because »
  • là aussi /la o.si/ = « there too »
  • la partie supérieure de la science (f.) /la paʁ.ti sy.pe.ʁjœʁ də la sjɑ̃s/ = « the superior part of the science »
  • celle (f.) /sɛl/ = « the one »
  • qui /ki/ = « which »
  • lui donnait /lɥi dɔ.nɛ/ = « gave to it »
  • avec le caractère traditionnel /a.vɛk lə ka.ʁak.tɛʁ tʁa.di.sjɔ.nɛl/ = « with the traditional character »
  • une valeur proprement intellectuelle (f.) /yn va.lœʁ pʁɔ.pʁə.mɑ̃ ɛ̃.tɛ.lɛk.tɥɛl/ = « a properly intellectual value »
  • a totalement disparu /a tɔ.tal.mɑ̃ dis.pa.ʁy/ = « has totally disappeared »
  • et ce cas est assez comparable /e sə ka ɛ.t‿a.se kɔ̃.pa.ʁabl/ = « and this case is quite comparable »
  • à celui de l’astrologie (m.) /a sə.lɥi də las.tʁɔ.lɔ.ʒi/ = « to that of astrology »

Grammaire :

ne représentent… que : ne…que = « only ».
pour ainsi dire : fixed expression = « so to speak ».
l’écorce : « the bark » (as in tree bark) – metaphorical for the outer, superficial layer.
est devenue : passé composé of devenir (to become) – devenue agrees with idée (feminine singular).
lui donnait : lui = indirect object « to it » (to the science) – donnait = imperfect of donner.
celui : masculine singular pronoun « that one » – refers to cas.
disparu : past participle of disparaître – no agreement with partie because avoir auxiliary.

Sens général :

Dans un tout autre domaine, on pourrait montrer aussi que les mathématiques modernes ne représentent, pour ainsi dire, que l’écorce de la mathématique pythagoricienne – son côté purement « exotérique ». L’idée ancienne des nombres est même devenue absolument inintelligible aux modernes. Parce que, là aussi, la partie supérieure de la science – celle qui lui donnait, avec le caractère traditionnel, une valeur proprement intellectuelle – a totalement disparu. Et ce cas est assez comparable à celui de l’astrologie.


Mais nous ne pouvons passer en revue toutes les sciences les unes après les autres, ce qui serait plutôt fastidieux ; nous pensons en avoir assez dit pour faire comprendre la nature du changement auquel les sciences modernes doivent leur origine, et qui est tout le contraire d’un « progrès », qui est une véritable régression de l’intelligence ; et nous allons maintenant revenir à des considérations d’ordre général sur le rôle respectif des « sciences traditionnelles » et des sciences modernes, sur la différence profonde qui existe entre la véritable destination des unes et des autres.

  • Mais nous ne pouvons passer en revue /mɛ nu nə pu.vɔ̃ pa.se ɑ̃ ʁə.vy/ = « But we cannot review »
  • toutes les sciences (f. pl.) /tut le sjɑ̃s/ = « all the sciences »
  • les unes après les autres /le.z‿yn a.pʁɛ le.z‿otʁ/ = « one after another »
  • ce qui serait plutôt fastidieux /sə ki sə.ʁɛ ply.to fas.ti.djø/ = « which would be rather tedious »
  • nous pensons en avoir assez dit /nu pɑ̃.sɔ̃ ɑ̃.n‿a.vwa.ʁ‿a.se di/ = « we think we have said enough about it »
  • pour faire comprendre /puʁ fɛʁ kɔ̃.pʁɑ̃dʁ/ = « to make understand »
  • la nature du changement (f.) /la na.tyʁ dy ʃɑ̃.ʒə.mɑ̃/ = « the nature of the change »
  • auquel /o.kɛl/ = « to which »
  • les sciences modernes (f. pl.) /le sjɑ̃s mɔ.dɛʁn/ = « modern sciences »
  • doivent leur origine /dwav lœ.ʁ‿ɔ.ʁi.ʒin/ = « owe their origin »
  • et /e/ = « and »
  • qui /ki/ = « which »
  • est tout le contraire d’un « progrès » /ɛ tu lə kɔ̃.tʁɛʁ dœ̃ pʁɔ.ɡʁɛ/ = « is the complete opposite of ‘progress' »
  • qui est une véritable régression de l’intelligence /ki ɛ tyn ve.ʁi.tabl ʁe.ɡʁɛ.sjɔ̃ də lɛ̃.tɛ.li.ʒɑ̃s/ = « which is a true regression of intelligence »
  • et nous allons maintenant revenir /e nu.z‿a.lɔ̃ mɛ̃.tə.nɑ̃ ʁə.və.niʁ/ = « and we will now return »
  • à des considérations d’ordre général (f. pl.) /a de kɔ̃.si.de.ʁa.sjɔ̃ dɔʁdʁ ʒe.ne.ʁal/ = « to considerations of a general order »
  • sur le rôle respectif (m.) /syʁ lə ʁol ʁɛs.pɛk.tif/ = « on the respective role »
  • des « sciences traditionnelles » (f. pl.) /de sjɑ̃s tʁa.di.sjɔ.nɛl/ = « of traditional sciences »
  • et /e/ = « and »
  • des sciences modernes (f. pl.) /de sjɑ̃s mɔ.dɛʁn/ = « of modern sciences »
  • sur la différence profonde (f.) /syʁ la di.fe.ʁɑ̃s pʁɔ.fɔ̃d/ = « on the profound difference »
  • qui existe /ki ɛɡ.zist/ = « that exists »
  • entre la véritable destination (f.) /ɑ̃.tʁə la ve.ʁi.tabl dɛs.ti.na.sjɔ̃/ = « between the true destination »
  • des unes et des autres /de.z‿yn e de.z‿otʁ/ = « of the ones and the others »

Grammaire :

passer en revue : fixed expression = « to review » / « to go through ».
les unes après les autres : « one after another » (feminine plural).
ce qui serait plutôt fastidieux : ce qui = « which » – serait = conditional of êtreplutôt = « rather ».
en avoir assez dit : en = « about it » – avoir dit = infinitive past of direassez = « enough ».
auquel… doivent leur origine : auquel = contraction à lequeldevoir son origine à = « to owe its origin to ».
est tout le contraire de : « is the complete opposite of ».
qui est : relative clause – refers to le changement.
revenons : present tense used for immediate future – « we will return ».

Sens général :

Mais nous ne pouvons passer en revue toutes les sciences les unes après les autres – ce qui serait plutôt fastidieux. Nous pensons en avoir assez dit pour faire comprendre la nature du changement auquel les sciences modernes doivent leur origine – et qui est tout le contraire d’un « progrès », qui est une véritable régression de l’intelligence. Et nous allons maintenant revenir à des considérations d’ordre général sur le rôle respectif des « sciences traditionnelles » et des sciences modernes, sur la différence profonde qui existe entre la véritable destination des unes et des autres.

Résumé

Guénon se borne à ces quelques exemples, mais note qu’il serait facile d’en donner d’autres, montrant partout la même dégénérescence. Il mentionne la psychologie moderne comme produit de l’empirisme anglo-saxon, un point de vue négligeable pour les anciens, qui auraient transformé ce qu’il peut avoir de valable en des points de vue supérieurs. Il cite aussi les mathématiques modernes, qui ne représenteraient que l’écorce de la mathématique pythagoricienne, sa partie « exotérique », l’idée ancienne des nombres étant devenue inintelligible aux modernes. Guénon estime en avoir assez dit pour faire comprendre que le changement à l’origine des sciences modernes est tout le contraire d’un progrès et constitue une véritable régression de l’intelligence, et il annonce qu’il va revenir à des considérations générales sur le rôle respectif des « sciences traditionnelles » et des sciences modernes.

Remarques générales

  1. dégénérescence — Guénon généralise le diagnostic : le même processus de chute et de perte de sens affecte toutes les disciplines modernes. Chaque science traditionnelle (astrologie, alchimie, psychologie ancienne, mathématique pythagoricienne) a vu sa partie supérieure (métaphysique, symbolique, contemplative) disparaître, tandis que sa partie inférieure (empirique, matérielle) survivait et proliférait sous le nom d’une « science » moderne. La dégénérescence n’est pas un accident limité à deux ou trois cas, mais une loi générale de l’histoire intellectuelle occidentale depuis la Renaissance. ↩︎
  2. psychologie moderne — Guénon distingue la psychologie scientifique moderne (Wundt, James, Freud, behaviorisme) de la science traditionnelle de l’âme (par exemple Aristote, De Anima). La psychologie moderne étudie les « phénomènes mentaux » comme des objets, sans les rattacher à une métaphysique de l’âme ou à une perspective spirituelle. Pour les anciens, ce niveau « psychologique » pur était jugé trop bas et sans intérêt propre ; il était intégré (comme un moment inférieur) dans une science plus haute de l’intellect et de l’âme. Le faire exister comme discipline autonome est donc un signe de régression. ↩︎
  3. mathématique pythagoricienne — Guénon fait référence à l’école pythagoricienne (VIe-IVe siècle av. J.-C.), pour qui les nombres n’étaient pas de simples quantités mais des réalités ontologiques et symboliques, participant à l’ordre du monde. La « mathématique exotérique » est l’aspect technique et calculatoire, accessible à tous ; la « mathématique ésotérique » est la doctrine des nombres comme principes (monade, dyade, tétraktys, etc.). Les mathématiques modernes, en ne retenant que l’écorce quantitative, ont perdu l’intelligibilité supérieure des nombres. C’est « comparable à l’astrologie » : même processus de réduction d’une science complète à son résidu matériel. ↩︎
  4. régression de l’intelligence — Guénon oppose le vocabulaire moderne du « progrès » (linéaire, cumulatif) à celui de la « régression » (chute, perte). L’histoire des sciences, lue selon les critères traditionnels, n’est pas une ascension mais une descente. « Régression de l’intelligence » signifie que l’intellect humain, au sens de l’intellect pur capable de saisir les principes, s’est atrophié ; il a été remplacé par la raison discursive, qui est un instrument inférieur. Ce n’est pas seulement la science qui répresse, mais la faculté même de connaître. « Destination » : Guénon va maintenant exposer la fin propre des sciences traditionnelles (la connaissance spéculative, l’intégration à la métaphysique) opposée à celle des sciences modernes (l’application pratique, la domination matérielle). ↩︎