¶10 Le cas de la chimie est peut-être encore plus net et plus caractéristique ; et, pour ce qui est de l’ignorance des modernes à l’égard de l’alchimie, elle est au moins aussi grande qu’en ce qui concerne l’astrologie1. La véritable alchimie était essentiellement une science d’ordre cosmologique, et, en même temps, elle était applicable aussi à l’ordre humain, en vertu de l’analogie du « macrocosme » et du « microcosme » ; en outre, elle était constituée expressément en vue de permettre une transposition dans le domaine purement spirituel, qui conférait à ses enseignements une valeur symbolique et une signification supérieure, et qui en faisait un des types les plus complets des « sciences traditionnelles »2. Ce qui a donné naissance à la chimie moderne, ce n’est point cette alchimie avec laquelle elle n’a en somme aucun rapport ; c’en est une déformation, une déviation au sens le plus rigoureux du mot, déviation à laquelle donna lieu, peut-être dès le moyen âge, l’incompréhension de certains, qui, incapables de pénétrer le vrai sens des symboles, prirent tout à la lettre et, croyant qu’il ne s’agissait en tout cela que d’opérations matérielles, se lancèrent dans une expérimentation plus ou moins désordonnée3. Ce sont ceux-là, que les alchimistes qualifiaient ironiquement de « souffleurs » et de « brûleurs de charbon », qui furent les véritables précurseurs des chimistes actuels ; et c’est ainsi que la science moderne s’édifie à l’aide des débris des sciences anciennes, avec les matériaux rejetés par celles-ci et abandonnés aux ignorants et aux « profanes »4. Ajoutons encore que les soi-disant rénovateurs de l’alchimie, comme il s’en trouve quelques-uns parmi nos contemporains, ne font de leur côté que prolonger cette même déviation, et que leurs recherches sont tout aussi éloignées de l’alchimie traditionnelle que celles des astrologues auxquels nous faisions allusion tout à l’heure le sont de l’ancienne astrologie ; et c’est pourquoi nous avons le droit d’affirmer que les « sciences traditionnelles » de l’Occident sont vraiment perdues pour les modernes5.

Le cas de la chimie est peut-être encore plus net et plus caractéristique ; et, pour ce qui est de l’ignorance des modernes à l’égard de l’alchimie, elle est au moins aussi grande qu’en ce qui concerne l’astrologie.

  • Le cas de la chimie (m.) /lə ka də la ʃi.mi/ = « The case of chemistry »
  • est peut-être encore plus net /ɛ pø.tɛtʁ ɑ̃.kɔʁ ply nɛ/ = « is perhaps even clearer »
  • et /e/ = « and »
  • plus caractéristique /ply ka.ʁak.tɛ.ʁis.tik/ = « more characteristic »
  • et /e/ = « and »
  • pour ce qui est de /puʁ sə ki ɛ də/ = « as for »
  • l’ignorance des modernes (f.) /li.ɲɔ.ʁɑ̃s de mɔ.dɛʁn/ = « the ignorance of the moderns »
  • à l’égard de /a le.ɡaʁ də/ = « with regard to »
  • l’alchimie (f.) /lal.ʃi.mi/ = « alchemy »
  • elle est au moins aussi grande /ɛl ɛ o mwɛ̃ o.si ɡʁɑ̃d/ = « it is at least as great »
  • qu’en ce qui concerne /kɑ̃ sə ki kɔ̃.sɛʁn/ = « as in what concerns »
  • l’astrologie (f.) /las.tʁɔ.lɔ.ʒi/ = « astrology »

Grammaire :

plus net : net = « clear » / « distinct » – masculine singular.
pour ce qui est de : fixed expression = « as for » / « regarding ».
à l’égard de : fixed preposition = « with regard to » / « towards ».
elle est au moins aussi grande que : comparison of equality – « it is at least as great as ».

Sens général :

Le cas de la chimie est peut-être encore plus net et plus caractéristique. Et, pour ce qui est de l’ignorance des modernes à l’égard de l’alchimie, elle est au moins aussi grande qu’en ce qui concerne l’astrologie.


La véritable alchimie était essentiellement une science d’ordre cosmologique, et, en même temps, elle était applicable aussi à l’ordre humain, en vertu de l’analogie du « macrocosme » et du « microcosme » ; en outre, elle était constituée expressément en vue de permettre une transposition dans le domaine purement spirituel, qui conférait à ses enseignements une valeur symbolique et une signification supérieure, et qui en faisait un des types les plus complets des « sciences traditionnelles ».

  • La véritable alchimie (f.) /la ve.ʁi.tabl al.ʃi.mi/ = « True alchemy »
  • était essentiellement /e.tɛ.t‿e.sɑ̃.sjɛl.mɑ̃/ = « was essentially »
  • une science d’ordre cosmologique (f.) /yn sjɑ̃s dɔʁdʁ kɔs.mɔ.lɔ.ʒik/ = « a science of the cosmological order »
  • et /e/ = « and »
  • en même temps /ɑ̃ mɛm tɑ̃/ = « at the same time »
  • elle était applicable /ɛl e.tɛ.t‿a.pli.kabl/ = « it was applicable »
  • aussi /o.si/ = « also »
  • à l’ordre humain (m.) /a lɔʁdʁ y.mɛ̃/ = « to the human order »
  • en vertu de /ɑ̃ vɛʁ.ty də/ = « by virtue of »
  • l’analogie du « macrocosme » et du « microcosme » (f.) /la.na.lɔ.ʒi dy ma.kʁo.kɔsm e dy mi.kʁo.kɔsm/ = « the analogy of the ‘macrocosm’ and the ‘microcosm' »
  • en outre /ɑ̃.n‿utʁ/ = « moreover »
  • elle était constituée expressément /ɛl e.tɛ kɔ̃.sti.tɥe ɛk.spʁe.ze.mɑ̃/ = « it was expressly constituted »
  • en vue de permettre /ɑ̃ vy də pɛʁ.mɛtʁ/ = « with a view to allowing »
  • une transposition (f.) /yn tʁɑ̃s.po.zi.sjɔ̃/ = « a transposition »
  • dans le domaine purement spirituel (m.) /dɑ̃ lə dɔ.mɛn pyʁ.mɑ̃ spi.ʁi.tɥɛl/ = « into the purely spiritual domain »
  • qui /ki/ = « which »
  • conférait à ses enseignements /kɔ̃.fe.ʁɛ a se.z‿ɑ̃.sɛ.ɲə.mɑ̃/ = « conferred to its teachings »
  • une valeur symbolique (f.) /yn va.lœʁ sɛ̃.bɔ.lik/ = « a symbolic value »
  • et /e/ = « and »
  • une signification supérieure (f.) /yn si.ɲi.fi.ka.sjɔ̃ sy.pe.ʁjœʁ/ = « a higher meaning »
  • et /e/ = « and »
  • qui /ki/ = « which »
  • en faisait un des types les plus complets /ɑ̃ fə.zɛ œ̃ de tip le ply kɔ̃.plɛ/ = « made of it one of the most complete types »
  • des « sciences traditionnelles » (f. pl.) /de sjɑ̃s tʁa.di.sjɔ.nɛl/ = « of the ‘traditional sciences' »

Grammaire :

était : imperfect of être – describes past state.
en vertu de : fixed preposition = « by virtue of » / « because of ».
constituée : past participle used as adjective – agrees with alchimie (feminine singular).
en vue de : fixed expression = « with a view to » + infinitive.
qui conférait… et qui en faisait : two relative clauses with qui referring to une transpositionconférait and faisait are imperfect.
en faisait : en = « of it » (of alchemy) – faire de = « to make of ».
un des types : « one of the types » – des = contraction de les.

Sens général :

La véritable alchimie était essentiellement une science d’ordre cosmologique, et, en même temps, elle était applicable aussi à l’ordre humain, en vertu de l’analogie du « macrocosme » et du « microcosme ». En outre, elle était constituée expressément en vue de permettre une transposition dans le domaine purement spirituel – ce qui conférait à ses enseignements une valeur symbolique et une signification supérieure, et qui en faisait un des types les plus complets des « sciences traditionnelles ».


Ce qui a donné naissance à la chimie moderne, ce n’est point cette alchimie avec laquelle elle n’a en somme aucun rapport ; c’en est une déformation, une déviation au sens le plus rigoureux du mot, déviation à laquelle donna lieu, peut-être dès le moyen âge, l’incompréhension de certains, qui, incapables de pénétrer le vrai sens des symboles, prirent tout à la lettre et, croyant qu’il ne s’agissait en tout cela que d’opérations matérielles, se lancèrent dans une expérimentation plus ou moins désordonnée.

  • Ce qui a donné naissance /sə ki a dɔ.ne nɛ.sɑ̃s/ = « That which gave birth »
  • à la chimie moderne (f.) /a la ʃi.mi mɔ.dɛʁn/ = « to modern chemistry »
  • ce n’est point cette alchimie /sə nɛ pwɛ̃ sɛ.t‿al.ʃi.mi/ = « it is not at all this alchemy »
  • avec laquelle /a.vɛk la.kɛl/ = « with which »
  • elle n’a en somme aucun rapport /ɛl n‿ɑ ɑ̃ sɔm o.kœ̃ ʁa.pɔʁ/ = « it has, all in all, no relation »
  • c’en est une déformation /sɑ̃.n‿ɛ tyn de.fɔʁ.ma.sjɔ̃/ = « it is a deformation of it »
  • une déviation au sens le plus rigoureux du mot (f.) /yn de.vja.sjɔ̃ o sɑ̃ lə ply ʁi.ɡu.ʁø dy mo/ = « a deviation in the strictest sense of the word »
  • déviation à laquelle donna lieu /de.vja.sjɔ̃ a la.kɛl dɔ.na ljø/ = « a deviation to which gave rise »
  • peut-être dès le moyen âge /pø.tɛtʁ dɛ lə mwa.jɛ.n‿ɑʒ/ = « perhaps from the Middle Ages »
  • l’incompréhension de certains (f.) /lɛ̃.kɔ̃.pʁe.ɑ̃.sjɔ̃ də sɛʁ.tɛ̃/ = « the incomprehension of certain people »
  • qui /ki/ = « who »
  • incapables de pénétrer /ɛ̃.ka.pabl də pe.ne.tʁe/ = « incapable of penetrating »
  • le vrai sens des symboles (m.) /lə vʁɛ sɑ̃ de sɛ̃.bɔl/ = « the true meaning of symbols »
  • prirent tout à la lettre /pʁiʁ tu.t‿a la lɛtʁ/ = « took everything literally »
  • et /e/ = « and »
  • croyant qu’il ne s’agissait en tout cela que d’opérations matérielles /kʁwa.jɑ̃ k‿il nə sa.ʒi.sɛ ɑ̃ tu sə.la kə d‿ɔ.pe.ʁa.sjɔ̃ ma.te.ʁjɛl/ = « believing that it was only a question in all that of material operations »
  • se lancèrent dans /sə lɑ̃.sɛʁ dɑ̃/ = « threw themselves into »
  • une expérimentation plus ou moins désordonnée (f.) /yn ɛk.spe.ʁi.mɑ̃.ta.sjɔ̃ ply u mwɛ̃ de.zɔʁ.dɔ.ne/ = « a more or less disorderly experimentation »

Grammaire :

Ce qui a donné naissance à : donner naissance à = « to give birth to » – passé composé.
ce n’est point cette alchimie : ne…point = « not at all » – cette = demonstrative adjective.
avec laquelle elle n’a… aucun rapport : avoir rapport avec = « to have relation with » – aucun + ne = « no ».
c’en est : c’ = « it » – en = « of it » (of alchemy) – est = « is ».
déviation à laquelle donna lieu : donner lieu à = « to give rise to » – laquelle refers to déviationdonna = passé simple (literary past) of donner – inverted subject l’incompréhension.
prirent… se lancèrent : passé simple of prendre and se lancer – literary past tense used in formal narration.
croyant : present participle – « believing » – gives the reason for their action.
il ne s’agissait… que : ne…que = « only » – il s’agissait = imperfect of il s’agit de.

Sens général :

Ce qui a donné naissance à la chimie moderne, ce n’est point cette alchimie avec laquelle elle n’a, en somme, aucun rapport. C’en est une déformation – une déviation au sens le plus rigoureux du mot. Déviation à laquelle donna lieu, peut-être dès le Moyen Âge, l’incompréhension de certains. Incapables de pénétrer le vrai sens des symboles, ils prirent tout à la lettre et, croyant qu’il ne s’agissait en tout cela que d’opérations matérielles, se lancèrent dans une expérimentation plus ou moins désordonnée.


Ce sont ceux-là, que les alchimistes qualifiaient ironiquement de « souffleurs » et de « brûleurs de charbon », qui furent les véritables précurseurs des chimistes actuels ; et c’est ainsi que la science moderne s’édifie à l’aide des débris des sciences anciennes, avec les matériaux rejetés par celles-ci et abandonnés aux ignorants et aux « profanes ».

  • Ce sont ceux-là /sə sɔ̃ sø la/ = « These are those »
  • que /kə/ = « whom »
  • les alchimistes (m. pl.) /le.z‿al.ʃi.mist/ = « the alchemists »
  • qualifiaient ironiquement de /ka.li.fjɛ i.ʁɔ.nik.mɑ̃ də/ = « ironically called »
  • « souffleurs » (m. pl.) /su.flœʁ/ = « ‘blowers' »
  • et /e/ = « and »
  • de « brûleurs de charbon » (m. pl.) /də bʁy.lœʁ də ʃaʁ.bɔ̃/ = « ‘charcoal burners' »
  • qui /ki/ = « who »
  • furent /fyʁ/ = « were »
  • les véritables précurseurs (m. pl.) /le ve.ʁi.tabl pʁe.kyʁ.sœʁ/ = « the true precursors »
  • des chimistes actuels (m. pl.) /de ʃi.mist ak.tɥɛl/ = « of current chemists »
  • et c’est ainsi que /e sɛ.t‿ɛ̃.si kə/ = « and it is thus that »
  • la science moderne (f.) /la sjɑ̃s mɔ.dɛʁn/ = « modern science »
  • s’édifie /se.di.fi/ = « is built »
  • à l’aide des débris /a lɛd de de.bʁi/ = « with the help of the debris »
  • des sciences anciennes (f. pl.) /de sjɑ̃s ɑ̃.sjɛn/ = « of ancient sciences »
  • avec les matériaux rejetés /a.vɛk le ma.te.ʁjo ʁə.ʒ(ə).te/ = « with the materials rejected »
  • par celles-ci /paʁ sɛl.si/ = « by the latter »
  • et /e/ = « and »
  • abandonnés aux ignorants /a.bɑ̃.dɔ.ne o zi.ɲɔ.ʁɑ̃/ = « abandoned to the ignorant »
  • et /e/ = « and »
  • aux « profanes » (m. pl.) /o pʁɔ.fan/ = « to the ‘profane' »

Grammaire :

Ce sont ceux-là : ce sont = « these are » – ceux-là = demonstrative pronoun « those » (masculine plural).
que… qualifiaient… de : qualifier de = « to call » / « to label as » – the direct object que refers to ceux-là.
furent : passé simple of être – literary past for « were ».
s’édifie : reflexive s’édifier = « to be built » – present tense.
à l’aide de : fixed expression = « with the help of ».
par celles-ci : celles-ci = feminine plural pronoun « the latter » – refers to les sciences anciennes.
rejetés and abandonnés : past participles used as adjectives – agree with matériaux (masculine plural).

Sens général :

Ce sont ceux-là – que les alchimistes qualifiaient ironiquement de « souffleurs » et de « brûleurs de charbon » – qui furent les véritables précurseurs des chimistes actuels. Et c’est ainsi que la science moderne s’édifie à l’aide des débris des sciences anciennes, avec les matériaux rejetés par celles-ci et abandonnés aux ignorants et aux « profanes ».


Ajoutons encore que les soi-disant rénovateurs de l’alchimie, comme il s’en trouve quelques-uns parmi nos contemporains, ne font de leur côté que prolonger cette même déviation, et que leurs recherches sont tout aussi éloignées de l’alchimie traditionnelle que celles des astrologues auxquels nous faisions allusion tout à l’heure le sont de l’ancienne astrologie ; et c’est pourquoi nous avons le droit d’affirmer que les « sciences traditionnelles » de l’Occident sont vraiment perdues pour les modernes.

  • Ajoutons encore /a.ʒu.tɔ̃.z‿ɑ̃.kɔʁ/ = « Let us add also »
  • que /kə/ = « that »
  • les soi-disant rénovateurs (m. pl.) /le swa.di.zɑ̃ ʁe.nɔ.va.tœʁ/ = « the so-called renovators »
  • de l’alchimie (f.) /də lal.ʃi.mi/ = « of alchemy »
  • comme il s’en trouve quelques-uns /kɔm il sɑ̃ tʁuv kɛl.kə.z‿œ̃/ = « as there are some »
  • parmi nos contemporains /paʁ.mi no kɔ̃.tɑ̃.pɔ.ʁɛ̃/ = « among our contemporaries »
  • ne font de leur côté que prolonger /nə fɔ̃ də lœʁ ko.te kə pʁɔ.lɔ̃.ʒe/ = « do on their part only prolong »
  • cette même déviation (f.) /sɛt mɛm de.vja.sjɔ̃/ = « this same deviation »
  • et que /e kə/ = « and that »
  • leurs recherches (f. pl.) /lœʁ ʁə.ʃɛʁʃ/ = « their research »
  • sont tout aussi éloignées de /sɔ̃ tu.t‿o.si e.lwa.ɲe də/ = « are just as far from »
  • l’alchimie traditionnelle (f.) /lal.ʃi.mi tʁa.di.sjɔ.nɛl/ = « traditional alchemy »
  • que /kə/ = « as »
  • celles des astrologues (f. pl.) /sɛl de.z‿as.tʁɔ.lɔɡ/ = « that of astrologers »
  • auxquels nous faisions allusion /o.kɛl nu fə.zjɔ̃.z‿a.ly.zjɔ̃/ = « to whom we were alluding »
  • tout à l’heure /tu.ta.lœʁ/ = « a moment ago »
  • le sont /lə sɔ̃/ = « are »
  • de l’ancienne astrologie (f.) /də lɑ̃.sjɛn as.tʁɔ.lɔ.ʒi/ = « from ancient astrology »
  • et c’est pourquoi /e sɛ puʁ.kwa/ = « and that is why »
  • nous avons le droit d’affirmer /nu.z‿a.vɔ̃ lə dʁwa da.fiʁ.me/ = « we have the right to affirm »
  • que /kə/ = « that »
  • les « sciences traditionnelles » de l’Occident (f. pl.) /le sjɑ̃s tʁa.di.sjɔ.nɛl də lɔk.si.dɑ̃/ = « the traditional sciences of the West »
  • sont vraiment perdues /sɔ̃ vʁɛ.mɑ̃ pɛʁ.dy/ = « are truly lost »
  • pour les modernes /puʁ le mɔ.dɛʁn/ = « for the moderns »

Grammaire :

Ajoutons : imperative of ajouter (let us add).
soi-disant : invariable expression – « so-called ».
comme il s’en trouve quelques-uns : comme = « as » – il s’en trouve = « there are found » – en = « of them » – quelques-uns = « some ».
ne font… que prolonger : ne…que = « only » – prolonger = infinitive.
tout aussi éloignées… que : comparison of equality – tout aussi = « just as » – éloignées agrees with recherches (feminine plural).
celles des astrologues : celles = feminine plural pronoun « those » (referring to recherches) – des = contraction de les.
auxquels nous faisions allusion : auxquels = contraction à lesquels (masculine plural, referring to astrologues) – faire allusion à = « to allude to » – faisions = imperfect.
le sont : le = pronoun « so » (replacing éloignées) – sont = 3rd person plural of être.
avons le droit de : « have the right to » + infinitive.
perdues : past participle used as adjective – agrees with sciences (feminine plural).

Sens général :

Ajoutons encore que les soi-disant rénovateurs de l’alchimie (comme il s’en trouve quelques-uns parmi nos contemporains) ne font, de leur côté, que prolonger cette même déviation. Et que leurs recherches sont tout aussi éloignées de l’alchimie traditionnelle que celles des astrologues auxquels nous faisions allusion tout à l’heure le sont de l’ancienne astrologie. Et c’est pourquoi nous avons le droit d’affirmer que les « sciences traditionnelles » de l’Occident sont vraiment perdues pour les modernes.

Résumé

Guénon prend l’exemple de la chimie moderne, qui serait issue non pas de la véritable alchimie, mais de sa déformation et de sa déviation par ceux qui, incompréhensifs, prirent les symboles à la lettre et se lancèrent dans une expérimentation matérielle désordonnée. Il précise que la véritable alchimie était une science cosmologique et aussi, par analogie du macrocosme et du microcosme, applicable à l’ordre humain, tout en permettant une transposition dans le domaine spirituel, ce qui en faisait un type complet de « science traditionnelle ». Guénon désigne les « souffleurs » et « brûleurs de charbon », ironiquement nommés par les alchimistes, comme les véritables précurseurs des chimistes actuels, si bien que la science moderne s’édifie avec les débris des sciences anciennes, abandonnés aux ignorants. Il ajoute que les prétendus rénovateurs contemporains de l’alchimie ne font que prolonger cette même déviation, et conclut que les « sciences traditionnelles » de l’Occident sont vraiment perdues pour les modernes.

Remarques générales

  1. alchimie / chimie — Guénon établit une distinction radicale entre l’alchimie traditionnelle (science complète, à la fois cosmologique, anthropologique et spirituelle) et la chimie moderne (science matérielle, quantitative). L’alchimie n’est pas une « proto‑chimie » empirique ; c’est une science symbolique dont les opérations matérielles (par exemple la transmutation des métaux) ne sont que des supports visibles pour des réalités spirituelles. L’ignorance des modernes à cet égard est totale, car ils réduisent l’alchimie à une tentative primitive de faire de l’or. ↩︎
  2. macrocosme / microcosme — Doctrine traditionnelle universelle : l’univers (macrocosme) et l’homme (microcosme) sont structurés analogiquement. Ce qui est vrai du grand monde l’est aussi, mutatis mutandis, du petit monde. L’alchimie utilise cette analogie : les opérations sur les métaux (macrocosmiques) correspondent à des opérations sur l’âme ou l’esprit de l’adepte (microcosmiques). La « transposition dans le domaine purement spirituel » est le niveau le plus élevé de l’alchimie, où les symboles métalliques renvoient à la transformation intérieure de l’être humain (la « pierre philosophale » comme symbole de l’état spirituel accompli). ↩︎
  3. souffleurs / brûleurs de charbon — Termes péjoratifs employés par les alchimistes traditionnels pour désigner ceux qui se limitaient aux manipulations matérielles sans comprendre le sens spirituel. Ces « souffleurs » (qui soufflaient sur le feu) et « brûleurs de charbon » sont les ancêtres directs des chimistes modernes. Guénon souligne que la chimie moderne n’est pas issue d’un progrès de l’alchimie, mais d’une incompréhension de l’alchimie : les « souffleurs » ont pris les symboles pour des recettes littérales, et ont ainsi jeté les bases de la chimie empirique. ↩︎
  4. débris / profanes — Guénon compare le processus à la construction d’un édifice avec des ruines. Les sciences modernes utilisent les « débris » (résidus matériels) des sciences traditionnelles, mais en ont perdu l’architecture intelligible. Les « profanes » sont ceux qui ne sont pas initiés aux connaissances supérieures. Dans une civilisation traditionnelle, les aspects inférieurs d’une science sont accessibles aux non‑initiés, mais sans la clé spirituelle. C’est précisément ce qui s’est passé : les « souffleurs » ont hérité de la partie la plus basse, privée de son sens. ↩︎
  5. renovateurs / perdus pour les modernes — Guénon rejette les tentatives modernes de « restauration » de l’alchimie (ou de l’astrologie) comme des contrefaçons. Ces prétendus rénovateurs, même s’ils sont de bonne foi, sont prisonniers du même paradigme matérialiste ou psychologique que les modernes qu’ils critiquent. La véritable alchimie traditionnelle est « perdue » (irrécupérable) pour l’Occidental moderne parce qu’elle requiert une initiation et une intuition intellectuelle que la mentalité moderne a atrophiées. Guénon ne dit pas qu’elle est perdue pour toujours, mais qu’elle l’est « pour les modernes » — c’est-à-dire pour ceux qui n’ont pas accès à une transmission initiatique vivante. ↩︎