Pourtant, certains ont été jusqu’à contester que la division même de l’humanité en Orient et Occident corresponde à une réalité ;
- Pourtant /pur.tɑ̃/ = « however »
- certains /sɛr.tɛ̃/ = « some »
- ont /ɔ̃/ = « have »
- été /e.te/ = « been »
- jusqu’à /ʒys.ka/ = « as far as » or « to the point of »
- contester /kɔ̃.tɛs.te/ = « to challenge » or « to dispute »
- que /kə/ = « that »
- la (f.) /la/ = « the »
- division (f.) /di.vi.zjɔ̃/ = « division »
- même /mɛm/ = « very » or « itself »
- de /də/ = « of »
- l’humanité (f.) /ly.ma.ni.te/ = « humanity »
- en /ɑ̃/ = « into »
- Orient (m.) /ɔ.ʁjɑ̃/ = « East » or « Orient »
- et /e/ = « and »
- Occident (m.) /ɔk.si.dɑ̃/ = « West » or « Occident »
- corresponde /kɔ.ʁɛs.pɔ̃d/ = « corresponds » (subjunctive form)
- à /a/ = « to »
- une (f.) /yn/ = « a » or « one »
- réalité (f.) /ʁe.a.li.te/ = « reality »
Grammaire :
ont été : passé composé of être (to be), 3rd person plural.
jusqu’à contester : expression meaning « to go so far as to challenge. »
que : introduces what is being challenged (the idea that…).
corresponde : subjunctive mood (used after contester que to express doubt or dispute).
même : placed after the noun division to emphasize it (« the very division »).
en Orient et Occident : en here means « into » (division into East and West).
Sens général :
Cependant, certaines personnes sont allées jusqu’à dire que ce n’est pas vrai que la division de l’humanité en Orient et Occident corresponde à une réalité.
mais, tout au moins pour l’époque actuelle, cela ne semble pas pouvoir être sérieusement mis en doute.
- mais /mɛ/ = « but »
- tout au moins /tu.t‿o mwɛ̃/ = « at least »
- pour /puʁ/ = « for »
- l’époque (f.) /le.pɔk/ = « the era » or « the time »
- actuelle /ak.tɥɛl/ = « current » or « present »
- cela /sə.la/ = « that » or « this »
- ne /nə/ = « not » (part of negation)
- semble /sɑ̃bl/ = « seems »
- pas /pa/ = « not »
- pouvoir /pu.vwaʁ/ = « to be able to » (infinitive)
- être /ɛtʁ/ = « to be » (infinitive)
- sérieusement /se.ʁjøz.mɑ̃/ = « seriously »
- mis /mi/ = « put » (past participle)
- en /ɑ̃/ = « into » or « in »
- doute (m.) /dut/ = « doubt »
Grammaire :
ne … pas : standard negation around the verb semble.
ne semble pas pouvoir : « does not seem able to » – two infinitives (pouvoir, être) after the conjugated verb.
être mis en doute : passive infinitive meaning « to be called into question » or « to be doubted. »
tout au moins : fixed expression meaning « at least. »
cela : demonstrative pronoun referring to the previous idea (the challenge to the division).
Sens général :
Mais, au moins pour l’époque actuelle, on ne peut pas sérieusement douter de cela.
D’abord, qu’il existe une civilisation occidentale, commune à l’Europe et à l’Amérique, c’est là un fait sur lequel tout le monde doit être d’accord, quel que soit d’ailleurs le jugement qu’on portera sur la valeur de cette civilisation.
- D’abord /da.bɔʁ/ = « First of all »
- qu’il /kil/ = « that there » (que + il)
- existe /ɛɡ.zist/ = « exists » (subjunctive)
- une (f.) /yn/ = « a »
- civilisation (f.) /si.vi.li.za.sjɔ̃/ = « civilization »
- occidentale /ɔk.si.dɑ̃.tal/ = « Western »
- commune /kɔ.myn/ = « common » (feminine singular)
- à /a/ = « to »
- l’Europe (f.) /lø.ʁɔp/ = « Europe »
- et /e/ = « and »
- à /a/ = « to »
- l’Amérique (f.) /la.me.ʁik/ = « America »
- c’est /sɛ/ = « it is »
- là /la/ = « there »
- un (m.) /œ̃/ = « a » or « one »
- fait (m.) /fɛ/ = « fact »
- sur /syʁ/ = « on » or « about »
- lequel /lə.kɛl/ = « which »
- tout /tu/ = « all » or « every »
- le (m.) /lə/ = « the »
- monde (m.) /mɔ̃d/ = « world »
- doit /dwa/ = « must » or « should »
- être /ɛtʁ/ = « to be »
- d’accord /da.kɔʁ/ = « in agreement »
- quel /kɛl/ = « whatever » (masculine singular)
- que /kə/ = « that » or « may »
- soit /swa/ = « is » (subjunctive)
- d’ailleurs /da.jœʁ/ = « moreover » or « besides »
- le (m.) /lə/ = « the »
- jugement (m.) /ʒyʒ.mɑ̃/ = « judgment »
- qu’on /kɔ̃/ = « that one » (que + on)
- portera /pɔʁ.tə.ʁa/ = « will make » or « will pass » (future tense)
- sur /syʁ/ = « on »
- la (f.) /la/ = « the »
- valeur (f.) /va.lœʁ/ = « value »
- de /də/ = « of »
- cette (f.) /sɛt/ = « this » or « that »
- civilisation (f.) /si.vi.li.za.sjɔ̃/ = « civilization »
Grammaire :
qu’il existe : que + il + subjunctive existe – used here to state a fact as a clause that is the subject of c’est un fait.
c’est là un fait : « that is a fact » – là adds emphasis.
sur lequel : lequel is a relative pronoun meaning « which » (masculine singular, referring to fait).
doit être d’accord : devoir (must) + infinitive être + d’accord (adjective phrase).
quel que soit : subjunctive expression meaning « whatever… may be » – quel agrees with jugement (masculine singular).
qu’on portera : que + on + future tense of porter (to carry/make a judgment).
la valeur de cette civilisation : « the value of this civilization. »
Sens général :
D’abord, c’est un fait : il existe une civilisation occidentale, commune à l’Europe et à l’Amérique. Tout le monde doit être d’accord sur ce fait, peu importe le jugement qu’on fera sur la valeur de cette civilisation.
Résumé
Guénon répond à ceux qui nient que la division entre Orient et Occident corresponde à une réalité. Il affirme que l’existence d’une civilisation occidentale commune à l’Europe et à l’Amérique est un fait incontestable. Pour l’Orient, les choses sont plus complexes car il existe plusieurs civilisations orientales. Cependant, elles partagent des traits communs (ceux d’une civilisation traditionnelle) que l’on ne trouve pas en Occident, ce qui justifie pleinement la distinction. Guénon rappelle sa division générale : l’Extrême-Orient (civilisation chinoise), le Moyen-Orient (civilisation hindoue) et le Proche-Orient (civilisation islamique). Il note que la civilisation islamique est intermédiaire et proche de l’Occident médiéval, mais par rapport à l’Occident moderne, elle s’y oppose au même titre que les autres civilisations orientales.
Remarques générales
- division même de l’humanité en Orient et Occident — L’affirmation par Guénon d’une division réelle entre Orient et Occident s’oppose ici à une thèse universaliste abstraite qui nierait toute pertinence à cette distinction. Il ne s’agit pas d’une simple commodité géographique, mais d’une différence profonde portant sur la nature respective des civilisations. ↩︎
- pour l’époque actuelle — Cette précision temporelle est capitale chez Guénon : il ne s’agit pas d’une division éternelle ou absolue, mais d’une situation contingente propre au cycle historique moderne. L’auteur suggère ainsi que cette opposition pourrait ne pas avoir toujours existé ni ne durer nécessairement toujours. ↩︎
- civilisation occidentale, commune à l’Europe et à l’Amérique — Guénon insiste sur l’unité fondamentale de la civilisation occidentale moderne, qui englobe aussi bien l’Europe que l’Amérique, malgré leurs différences secondaires. Cette unité est pour lui une évidence que nul ne saurait raisonnablement contester. ↩︎
- Pour l’Orient, les choses sont moins simples — Contrairement à l’Occident, l’Orient ne présente pas une civilisation unique mais une pluralité de civilisations distinctes. Guénon reconnaît ici la complexité de ce qu’il appelle l’Orient, tout en maintenant qu’une unité profonde les rassemble. ↩︎
- plusieurs civilisations orientales — Guénon identifie trois grandes aires civilisationnelles orientales : l’Extrême-Orient (Chine), le Moyen-Orient (Inde) et le Proche-Orient (monde islamique). Cette tripartition revient régulièrement dans son œuvre. ↩︎
- civilisation traditionnelle — Par cette expression, Guénon désigne toute civilisation fondée sur des principes métaphysiques et spirituels transcendants, où l’ordre temporel est subordonné à l’ordre sacré. C’est l’exact opposé de la civilisation occidentale moderne, qu’il qualifie de « profane » et de « matérialiste ». ↩︎
- ne se trouvent pas dans la civilisation occidentale — L’absence de caractère traditionnel dans la civilisation occidentale moderne est pour Guénon le critère décisif de distinction. L’Occident moderne s’est constitué précisément par une rupture avec toute tradition, alors que l’Orient l’a préservée. ↩︎
- justifiée — Le terme juridique et épistémologique « justifiée » indique que Guénon ne se contente pas d’affirmer une différence : il en fournit une démonstration rationnelle fondée sur la présence ou l’absence du caractère traditionnel. La distinction est ainsi objectivement fondée. ↩︎
- il en est bien ainsi — Formule assertive par laquelle Guénon clôt la démonstration. L’auteur ne présente pas ici une opinion personnelle mais un état de fait qu’il tient pour objectivement constatable. ↩︎
- division générale que nous avons adoptée précédemment — Guénon renvoie à l’un de ses ouvrages antérieurs, probablement « La Crise du monde moderne » (1927) ou « Orient et Occident » (1924), où il a déjà exposé cette tripartition. L’autocitation est fréquente chez lui. ↩︎
- exacte quand on s’en tient aux grandes lignes — Guénon concède une marge d’approximation à sa classification, reconnaissant que le détail historique pourrait exiger des nuances. Cette honnêteté méthodologique ne remet pas pour lui en cause la validité générale du schéma. ↩︎
- civilisation chinoise — Pour Guénon, la Chine représente la forme la plus pure et la plus complète de la tradition extrême-orientale, avec son taoïsme et son confucianisme compris comme doctrines traditionnelles intégrales, non comme religions ou philosophies au sens occidental. ↩︎
- civilisation hindoue — L’Inde occupe une place centrale dans la pensée guénonienne comme dépositaire de la tradition métaphysique par excellence. Il s’intéresse particulièrement au Vedanta et à la doctrine des avatars. ↩︎
- civilisation islamique — Guénon, converti à l’islam et prenant le nom d’‘Abd al-Wâhid Yahyâ, considère l’islam comme la forme traditionnelle la plus proche de l’Occident médiéval, dont elle a préservé l’héritage. Il insiste sur sa dimension ésotérique (le soufisme) autant qu’exotérique. ↩︎
- intermédiaire entre l’Orient et l’Occident — Cette position charnière de l’islam est fondamentale dans l’analyse guénonienne. L’islam participe à la fois de l’Orient par son caractère traditionnel et de l’Occident par sa proximité géographique et historique avec le monde chrétien médiéval. ↩︎
- civilisation occidentale du moyen âge — Guénon établit une opposition radicale entre l’Occident médiéval, encore imprégné de christianisme comme tradition intégrale, et l’Occident moderne, qui a rompu avec celle-ci. Le rapprochement avec l’islam souligne que la rupture n’est pas entre Orient et Occident comme tels, mais entre modernité et tradition. ↩︎
- associer à ce point de vue — Guénon conclut que, relativement à l’Occident moderne, le monde islamique est résolument oriental. L’opposition pertinente n’est pas géographique mais doctrinale : tradition contre anti-tradition. L’islam, comme l’Inde ou la Chine, appartient au camp de la tradition. ↩︎