¶9 Le mot « philosophie », en lui-même, peut assurément être pris en un sens fort légitime, qui fut sans doute son sens primitif, surtout s’il est vrai que, comme on le prétend, c’est Pythagore qui l’employa le premier : étymologiquement, il ne signifie rien d’autre qu’« amour de la sagesse » ; il désigne donc tout d’abord une disposition préalable requise pour parvenir à la sagesse, et il peut désigner aussi, par une extension toute naturelle, la recherche qui, naissant de cette disposition même, doit conduire à la connaissance1. Ce n’est donc qu’un stade préliminaire et préparatoire, un acheminement vers la sagesse, un degré correspondant à un état inférieur à celle-ci ; la déviation qui s’est produite ensuite a consisté à prendre ce degré transitoire pour le but même, à prétendre substituer la « philosophie » à la sagesse, ce qui implique l’oubli ou la méconnaissance de la véritable nature de cette dernière2. C’est ainsi que prit naissance ce que nous pouvons appeler la philosophie « profane », c’est-à-dire une prétendue sagesse purement humaine, donc d’ordre simplement rationnel, prenant la place de la vraie sagesse traditionnelle, suprarationnelle et « non humaine »3. Pourtant, il subsista encore quelque chose de celle-ci à travers toute l’antiquité ; ce qui le prouve, c’est d’abord la persistance des « mystères », dont le caractère essentiellement « initiatique » ne saurait être contesté, et c’est aussi le fait que l’enseignement des philosophes eux-mêmes avait à la fois, le plus souvent, un côté « exotérique » et un côté « ésotérique », ce dernier pouvant permettre le rattachement à un point de vue supérieur, qui se manifeste d’ailleurs d’une façon très nette, quoique peut-être incomplète à certains égards, quelques siècles plus tard, chez les Alexandrins4. Pour que la philosophie « profane » fût définitivement constituée comme telle, il fallait que l’« exotérisme » seul demeurât et qu’on allât jusqu’à la négation pure et simple de tout « ésotérisme » ; c’est précisément à quoi devait aboutir, chez les modernes, le mouvement commencé par les Grecs ; les tendances qui s’étaient déjà affirmées chez ceux-ci devaient être alors poussées jusqu’à leurs conséquences les plus extrêmes, et l’importance excessive qu’ils avaient accordée à la pensée rationnelle allait s’accentuer encore pour en arriver au « rationalisme », attitude spécialement moderne qui consiste, non plus même simplement à ignorer, mais à nier expressément tout ce qui est d’ordre suprarationnel5 ; mais n’anticipons pas davantage, car nous aurons à revenir sur ces conséquences et à en voir le développement dans une autre partie de notre exposé.

Le mot « philosophie », en lui-même, peut assurément être pris en un sens fort légitime, qui fut sans doute son sens primitif, surtout s’il est vrai que, comme on le prétend, c’est Pythagore qui l’employa le premier : étymologiquement, il ne signifie rien d’autre qu’« amour de la sagesse » ; il désigne donc tout d’abord une disposition préalable requise pour parvenir à la sagesse, et il peut désigner aussi, par une extension toute naturelle, la recherche qui, naissant de cette disposition même, doit conduire à la connaissance.

  • Le (m.) /lə/ = « The »
  • mot (m.) /mo/ = « word »
  • « philosophie » (f.) /fi.lɔ.zɔ.fi/ = « philosophy »
  • en lui-même /ɑ̃ lɥi mɛm/ = « in itself »
  • peut /pø/ = « can »
  • assurément /a.sy.ʁe.mɑ̃/ = « assuredly »
  • être /ɛtʁ/ = « be »
  • pris /pʁi/ = « taken »
  • en /ɑ̃/ = « in »
  • un (m.) /œ̃/ = « a »
  • sens (m.) /sɑ̃s/ = « sense »
  • fort /fɔʁ/ = « very »
  • légitime /le.ʒi.tim/ = « legitimate »
  • qui /ki/ = « which »
  • fut /fy/ = « was »
  • sans doute /sɑ̃ dut/ = « no doubt »
  • son /sɔ̃/ = « its »
  • sens (m.) /sɑ̃s/ = « sense »
  • primitif /pʁi.mi.tif/ = « original »
  • surtout /syʁ.tu/ = « especially »
  • s’ /s‿/ = « if it »
  • il /il/ = « it »
  • est /ɛ/ = « is »
  • vrai /vʁɛ/ = « true »
  • que /kə/ = « that »
  • comme /kɔm/ = « as »
  • on /ɔ̃/ = « one »
  • le /lə/ = « it »
  • prétend /pʁe.tɑ̃/ = « claims »
  • c’est /sɛ/ = « it is »
  • Pythagore (m.) /pi.ta.ɡɔʁ/ = « Pythagoras »
  • qui /ki/ = « who »
  • l’ /l‿/ = « it »
  • employa /ɑ̃.plwa.ja/ = « used » (past historic)
  • le (m.) /lə/ = « the »
  • premier /pʁə.mje/ = « first »
  • : / / = colon
  • étymologiquement /e.ti.mɔ.lɔ.ʒik.mɑ̃/ = « etymologically »
  • il /il/ = « it »
  • ne /nə/ = negative particle
  • signifie /si.ɲi.fi/ = « means »
  • rien d’autre que /ʁjɛ̃ dotʁ kə/ = « nothing other than »
  • « amour de la sagesse » (m.) /a.muʁ də la sa.ʒɛs/ = « love of wisdom »
  • ; / / = «  »
  • il /il/ = « it »
  • désigne /de.ziɲ/ = « designates »
  • donc /dɔ̃k/ = « therefore »
  • tout d’abord /tu da.bɔʁ/ = « first of all »
  • une (f.) /yn/ = « a »
  • disposition (f.) /dis.po.zi.sjɔ̃/ = « disposition »
  • préalable /pʁe.a.labl/ = « preliminary »
  • requise /ʁə.kiz/ = « required »
  • pour /puʁ/ = « to »
  • parvenir /paʁ.və.niʁ/ = « attain »
  • à /a/ = « to »
  • la (f.) /la/ = « the »
  • sagesse (f.) /sa.ʒɛs/ = « wisdom »
  • et /e/ = « and »
  • il /il/ = « it »
  • peut /pø/ = « can »
  • désigner /de.zi.ɲe/ = « designate »
  • aussi /o.si/ = « also »
  • par /paʁ/ = « by »
  • une (f.) /yn/ = « a »
  • extension (f.) /ɛk.stɑ̃.sjɔ̃/ = « extension »
  • toute /tut/ = « very »
  • naturelle /na.ty.ʁɛl/ = « natural »
  • la (f.) /la/ = « the »
  • recherche (f.) /ʁə.ʃɛʁʃ/ = « search »
  • qui /ki/ = « which »
  • naissant /nɛ.sɑ̃/ = « arising » (present participle)
  • de /də/ = « from »
  • cette (f.) /sɛt/ = « this »
  • disposition (f.) /dis.po.zi.sjɔ̃/ = « disposition »
  • même /mɛm/ = « very »
  • doit /dwa/ = « must »
  • conduire /kɔ̃.dɥiʁ/ = « lead »
  • à /a/ = « to »
  • la (f.) /la/ = « the »
  • connaissance (f.) /kɔ.nɛ.sɑ̃s/ = « knowledge »

Grammaire :

  • peut être pris : passive infinitive = « can be taken. »
  • s’il est vrai que : conditional clause = « if it is true that. »
  • comme on le prétend : le refers to the preceding clause.
  • c’est Pythagore qui l’employa : emphatic c’est…qui construction. L’ = le (refers to mot). Employa = past historic.
  • ne signifie rien d’autre que : ne…rien d’autre que = « means nothing other than. »
  • naissant de : present participle = « arising from. »
  • doit conduire à : devoir + infinitive = « must lead to. »

Sens général :

Le mot « philosophie », en lui-même, peut assurément être pris dans un sens très légitime, qui fut sans doute son sens primitif, surtout s’il est vrai que, comme on le prétend, c’est Pythagore qui l’employa le premier. Étymologiquement, il ne signifie rien d’autre qu’« amour de la sagesse ». Il désigne donc tout d’abord une disposition préalable requise pour parvenir à la sagesse, et il peut désigner aussi, par une extension toute naturelle, la recherche qui, naissant de cette disposition même, doit conduire à la connaissance.


Ce n’est donc qu’un stade préliminaire et préparatoire, un acheminement vers la sagesse, un degré correspondant à un état inférieur à celle-ci ; la déviation qui s’est produite ensuite a consisté à prendre ce degré transitoire pour le but même, à prétendre substituer la « philosophie » à la sagesse, ce qui implique l’oubli ou la méconnaissance de la véritable nature de cette dernière.

  • Ce /sə/ = « It »
  • n’est /nɛ/ = « is not »
  • donc /dɔ̃k/ = « therefore »
  • qu’ /k‿/ = « only »
  • un (m.) /œ̃/ = « a »
  • stade (m.) /stad/ = « stage »
  • préliminaire /pʁe.li.mi.nɛʁ/ = « preliminary »
  • et /e/ = « and »
  • préparatoire /pʁe.pa.ʁa.twaʁ/ = « preparatory »
  • un (m.) /œ̃/ = « a »
  • acheminement (m.) /aʃ.min.mɑ̃/ = « path »
  • vers /vɛʁ/ = « toward »
  • la (f.) /la/ = « the »
  • sagesse (f.) /sa.ʒɛs/ = « wisdom »
  • un (m.) /œ̃/ = « a »
  • degré (m.) /də.ɡʁe/ = « degree »
  • correspondant /kɔ.ʁɛ.spɔ̃.dɑ̃/ = « corresponding »
  • à /a/ = « to »
  • un (m.) /œ̃/ = « a »
  • état (m.) /e.ta/ = « state »
  • inférieur /ɛ̃.fe.ʁjœʁ/ = « inferior »
  • à /a/ = « to »
  • celle-ci (f.) /sɛl.si/ = « the latter » (wisdom)
  • ; / / = «  »
  • la (f.) /la/ = « the »
  • déviation (f.) /de.vja.sjɔ̃/ = « deviation »
  • qui /ki/ = « which »
  • s’est produite /sɛ pʁɔ.dɥit/ = « occurred » (passé composé)
  • ensuite /ɑ̃.sɥit/ = « later »
  • a consisté /a kɔ̃.sis.te/ = « consisted of »
  • à /a/ = « in »
  • prendre /pʁɑ̃dʁ/ = « taking »
  • ce (m.) /sə/ = « this »
  • degré (m.) /də.ɡʁe/ = « degree »
  • transitoire /tʁɑ̃.zi.twaʁ/ = « transitory »
  • pour /puʁ/ = « as »
  • le (m.) /lə/ = « the »
  • but (m.) /by/ = « goal »
  • même /mɛm/ = « very »
  • à /a/ = « to »
  • prétendre /pʁe.tɑ̃dʁ/ = « claiming »
  • substituer /syb.sti.tɥe/ = « to substitute »
  • la (f.) /la/ = « the »
  • « philosophie » (f.) /fi.lɔ.zɔ.fi/ = « philosophy »
  • à /a/ = « for »
  • la (f.) /la/ = « the »
  • sagesse (f.) /sa.ʒɛs/ = « wisdom »
  • ce /sə/ = « which »
  • qui /ki/ = « that »
  • implique /ɛ̃.plik/ = « implies »
  • l’oubli (m.) /lu.bli/ = « forgetfulness »
  • ou /u/ = « or »
  • la (f.) /la/ = « the »
  • méconnaissance (f.) /me.kɔ.nɛ.sɑ̃s/ = « misunderstanding »
  • de /də/ = « of »
  • la (f.) /la/ = « the »
  • véritable /ve.ʁi.tabl/ = « true »
  • nature (f.) /na.tyʁ/ = « nature »
  • de /də/ = « of »
  • cette dernière (f.) /sɛt dɛʁ.njɛʁ/ = « the latter »

Grammaire :

  • Ce n’est donc qu’un stade : ne…que = « only. »
  • correspondant à : present participle = « corresponding to. »
  • inférieur à celle-ci : inférieur à = « inferior to. » Celle-ci = feminine pronoun referring to sagesse.
  • a consisté à prendre : consister à + infinitive = « to consist of doing. »
  • pour le but même : même = « very » (emphatic).
  • ce qui implique : ce qui (neuter relative pronoun) = « which. »

Sens général :

Ce n’est donc qu’un stade préliminaire et préparatoire, un acheminement vers la sagesse, un degré correspondant à un état inférieur à celle-ci. La déviation qui s’est produite ensuite a consisté à prendre ce degré transitoire pour le but même, à prétendre substituer la « philosophie » à la sagesse, ce qui implique l’oubli ou la méconnaissance de la véritable nature de cette dernière.


C’est ainsi que prit naissance ce que nous pouvons appeler la philosophie « profane », c’est-à-dire une prétendue sagesse purement humaine, donc d’ordre simplement rationnel, prenant la place de la vraie sagesse traditionnelle, suprarationnelle et « non humaine ».

  • C’est ainsi que /sɛ.tɛ̃.si kə/ = « It is thus that »
  • prit naissance /pʁi nɛ.sɑ̃s/ = « was born » (past historic)
  • ce /sə/ = « that which »
  • que /kə/ = « that » (relative pronoun)
  • nous /nu/ = « we »
  • pouvons /pu.vɔ̃/ = « can »
  • appeler /a.ple/ = « call »
  • la (f.) /la/ = « the »
  • philosophie (f.) /fi.lɔ.zɔ.fi/ = « philosophy »
  • « profane » /pʁɔ.fan/ = « profane »
  • c’est-à-dire /sɛ.ta.diʁ/ = « that is to say »
  • une (f.) /yn/ = « a »
  • prétendue /pʁe.tɑ̃.dy/ = « so-called »
  • sagesse (f.) /sa.ʒɛs/ = « wisdom »
  • purement /pyʁ.mɑ̃/ = « purely »
  • humaine /y.mɛn/ = « human »
  • donc /dɔ̃k/ = « therefore »
  • d’ordre /dɔʁdʁ/ = « of order »
  • simplement /sɛ̃.plə.mɑ̃/ = « simply »
  • rationnel /ʁa.sjɔ.nɛl/ = « rational »
  • prenant /pʁə.nɑ̃/ = « taking » (present participle)
  • la (f.) /la/ = « the »
  • place (f.) /plas/ = « place »
  • de /də/ = « of »
  • la (f.) /la/ = « the »
  • vraie /vʁɛ/ = « true »
  • sagesse (f.) /sa.ʒɛs/ = « wisdom »
  • traditionnelle /tʁa.di.sjɔ.nɛl/ = « traditional »
  • suprarationnelle /sy.pʁa.ʁa.sjɔ.nɛl/ = « supra-rational »
  • et /e/ = « and »
  • « non humaine » /nɔ.n‿y.mɛn/ = « non-human »

Grammaire :

  • C’est ainsi que : fixed expression = « It is thus that. »
  • prit naissance : past historic of prendre naissance = « was born » / « arose. »
  • ce que nous pouvons appeler : ce que = « that which. »
  • c’est-à-dire : fixed expression = « that is to say. »
  • prenant la place de : present participle = « taking the place of. »

Sens général :

C’est ainsi que prit naissance ce que nous pouvons appeler la philosophie « profane », c’est-à-dire une prétendue sagesse purement humaine, donc d’ordre simplement rationnel, prenant la place de la vraie sagesse traditionnelle, suprarationnelle et « non humaine ».


Pourtant, il subsista encore quelque chose de celle-ci à travers toute l’antiquité ; ce qui le prouve, c’est d’abord la persistance des « mystères », dont le caractère essentiellement « initiatique » ne saurait être contesté, et c’est aussi le fait que l’enseignement des philosophes eux-mêmes avait à la fois, le plus souvent, un côté « exotérique » et un côté « ésotérique », ce dernier pouvant permettre le rattachement à un point de vue supérieur, qui se manifeste d’ailleurs d’une façon très nette, quoique peut-être incomplète à certains égards, quelques siècles plus tard, chez les Alexandrins.

  • Pourtant /puʁ.tɑ̃/ = « However »
  • il /il/ = « it » (impersonal)
  • subsista /syb.zis.ta/ = « remained » (past historic)
  • encore /ɑ̃.kɔʁ/ = « still »
  • quelque chose /kɛlk ʃoz/ = « something »
  • de /də/ = « of »
  • celle-ci (f.) /sɛl.si/ = « the latter » (the true wisdom)
  • à travers /a tʁa.vɛʁ/ = « throughout »
  • toute /tut/ = « all »
  • l’antiquité (f.) /lɑ̃.ti.ki.te/ = « antiquity »
  • ; / / = «  »
  • ce /sə/ = « that which »
  • qui /ki/ = « that »
  • le /lə/ = « it »
  • prouve /pʁuv/ = « proves »
  • c’est /sɛ/ = « it is »
  • d’abord /da.bɔʁ/ = « first »
  • la (f.) /la/ = « the »
  • persistance (f.) /pɛʁ.sis.tɑ̃s/ = « persistence »
  • des (m. pl.) /de/ = « of the »
  • « mystères » /mis.tɛʁ/ = « mysteries »
  • dont /dɔ̃/ = « of which »
  • le (m.) /lə/ = « the »
  • caractère (m.) /ka.ʁak.tɛʁ/ = « character »
  • essentiellement /e.sɑ̃.sjɛl.mɑ̃/ = « essentially »
  • « initiatique » /i.ni.sja.tik/ = « initiatic »
  • ne /nə/ = negative particle
  • saurait /so.ʁɛ/ = « could » (conditional of savoir)
  • être /ɛtʁ/ = « be »
  • contesté /kɔ̃.tɛs.te/ = « contested »
  • et /e/ = « and »
  • c’est /sɛ/ = « it is »
  • aussi /o.si/ = « also »
  • le (m.) /lə/ = « the »
  • fait (m.) /fɛ/ = « fact »
  • que /kə/ = « that »
  • l’enseignement (m.) /lɑ̃.sɛɲ.mɑ̃/ = « the teaching »
  • des (m. pl.) /de/ = « of the »
  • philosophes (m.) /fi.lɔ.zɔf/ = « philosophers »
  • eux-mêmes /ø mɛm/ = « themselves »
  • avait /a.vɛ/ = « had »
  • à la fois /a la fwa/ = « at the same time »
  • le (m.) /lə/ = « the »
  • plus souvent /ply su.vɑ̃/ = « most often »
  • un (m.) /œ̃/ = « a »
  • côté (m.) /ko.te/ = « side »
  • « exotérique » /ɛɡ.zɔ.te.ʁik/ = « exoteric »
  • et /e/ = « and »
  • un (m.) /œ̃/ = « a »
  • côté (m.) /ko.te/ = « side »
  • « ésotérique » /e.zɔ.te.ʁik/ = « esoteric »
  • ce (m.) /sə/ = « the latter »
  • dernier /dɛʁ.nje/ = « latter »
  • pouvant /pu.vɑ̃/ = « being able » (present participle)
  • permettre /pɛʁ.mɛtʁ/ = « to allow »
  • le (m.) /lə/ = « the »
  • rattachement (m.) /ʁa.taʃ.mɑ̃/ = « connection »
  • à /a/ = « to »
  • un (m.) /œ̃/ = « a »
  • point de vue (m.) /pwɛ̃ də vy/ = « point of view »
  • supérieur /sy.pe.ʁjœʁ/ = « superior »
  • qui /ki/ = « which »
  • se /sə/ = « itself »
  • manifeste /ma.ni.fɛst/ = « manifests »
  • d’ailleurs /da.jœʁ/ = « moreover »
  • d’une /dyn/ = « in a »
  • façon (f.) /fa.sɔ̃/ = « way »
  • très /tʁɛ/ = « very »
  • nette /nɛt/ = « clear »
  • quoique /kwa.kə/ = « although »
  • peut-être /pø.tɛtʁ/ = « perhaps »
  • incomplète /ɛ̃.kɔ̃.plɛt/ = « incomplete »
  • à /a/ = « in »
  • certains (m. pl.) /sɛʁ.tɛ̃/ = « certain »
  • égards (m.) /e.ɡaʁ/ = « respects »
  • quelques /kɛlk/ = « a few »
  • siècles (m.) /sjɛkl/ = « centuries »
  • plus tard /ply taʁ/ = « later »
  • chez /ʃe/ = « among »
  • les (m. pl.) /le/ = « the »
  • Alexandrins (m.) /a.lɛk.sɑ̃.dʁɛ̃/ = « Alexandrines »

Grammaire :

  • il subsista : impersonal il + past historic of subsister = « there remained. »
  • ce qui le prouve : ce qui = « that which. » Le = « it » (refers to the previous statement).
  • ne saurait être contesté : ne saurait + infinitive = « could not be » (polite/formal negation). Saurait = conditional of savoir.
  • c’est aussi le fait que : emphatic structure = « it is also the fact that. »
  • avait à la fois…et : avoir à la fois…et = « had both…and. »
  • ce dernier pouvant permettre : absolute participle clause = « the latter being able to allow. »
  • quoique…incomplète : quoique + adjective (implied elle soit) = « although perhaps incomplete. »

Sens général :

Pourtant, il subsista encore quelque chose de celle-ci à travers toute l’antiquité. Ce qui le prouve, c’est d’abord la persistance des « mystères », dont le caractère essentiellement « initiatique » ne saurait être contesté. Et c’est aussi le fait que l’enseignement des philosophes eux-mêmes avait à la fois, le plus souvent, un côté « exotérique » et un côté « ésotérique », ce dernier pouvant permettre le rattachement à un point de vue supérieur, qui se manifeste d’ailleurs d’une façon très nette, quoique peut-être incomplète à certains égards, quelques siècles plus tard, chez les Alexandrins.


Pour que la philosophie « profane » fût définitivement constituée comme telle, il fallait que l’« exotérisme » seul demeurât et qu’on allât jusqu’à la négation pure et simple de tout « ésotérisme » ; c’est précisément à quoi devait aboutir, chez les modernes, le mouvement commencé par les Grecs ; les tendances qui s’étaient déjà affirmées chez ceux-ci devaient être alors poussées jusqu’à leurs conséquences les plus extrêmes, et l’importance excessive qu’ils avaient accordée à la pensée rationnelle allait s’accentuer encore pour en arriver au « rationalisme », attitude spécialement moderne qui consiste, non plus même simplement à ignorer, mais à nier expressément tout ce qui est d’ordre suprarationnel ; mais n’anticipons pas davantage, car nous aurons à revenir sur ces conséquences et à en voir le développement dans une autre partie de notre exposé.

  • Pour que /puʁ kə/ = « So that »
  • la (f.) /la/ = « the »
  • philosophie (f.) /fi.lɔ.zɔ.fi/ = « philosophy »
  • « profane » /pʁɔ.fan/ = « profane »
  • fût /fy/ = « might be » (imperfect subjunctive of être)
  • définitivement /de.fi.ni.tiv.mɑ̃/ = « definitively »
  • constituée /kɔ̃.sti.tɥe/ = « constituted »
  • comme telle /kɔm tɛl/ = « as such »
  • il fallait /il fa.lɛ/ = « it was necessary » (imperfect of falloir)
  • que /kə/ = « that »
  • l’« exotérisme » (m.) /lɛɡ.zɔ.te.ʁism/ = « exotericism »
  • seul /sœl/ = « alone »
  • demeurât /də.mœ.ʁa/ = « remained » (imperfect subjunctive)
  • et /e/ = « and »
  • qu’ /k‿/ = « that »
  • on /ɔ̃/ = « one »
  • allât /a.la/ = « went » (imperfect subjunctive of aller)
  • jusqu’à /ʒys.k‿a/ = « as far as »
  • la (f.) /la/ = « the »
  • négation (f.) /ne.ɡa.sjɔ̃/ = « negation »
  • pure et simple /pyʁ e sɛ̃pl/ = « pure and simple »
  • de /də/ = « of »
  • tout /tu/ = « all »
  • « ésotérisme » (m.) /e.zɔ.te.ʁism/ = « esotericism »
  • ; / / = «  »
  • c’est /sɛ/ = « it is »
  • précisément /pʁe.si.ze.mɑ̃/ = « precisely »
  • à quoi /a kwa/ = « to what »
  • devait aboutir /də.vɛ a.bu.tiʁ/ = « was to result in » (imperfect of devoir + infinitive)
  • chez /ʃe/ = « among »
  • les (m. pl.) /le/ = « the »
  • modernes /mɔ.dɛʁn/ = « moderns »
  • le (m.) /lə/ = « the »
  • mouvement (m.) /muv.mɑ̃/ = « movement »
  • commencé /kɔ.mɑ̃.se/ = « begun »
  • par /paʁ/ = « by »
  • les (m. pl.) /le/ = « the »
  • Grecs (m.) /ɡʁɛk/ = « Greeks »
  • ; / / = «  »
  • les (f. pl.) /le/ = « the »
  • tendances (f.) /tɑ̃.dɑ̃s/ = « tendencies »
  • qui /ki/ = « which »
  • s’étaient déjà affirmées /sɛ.tɛ de.ʒa a.fiʁ.me/ = « had already asserted themselves » (pluperfect)
  • chez /ʃe/ = « among »
  • ceux-ci (m. pl.) /sø.si/ = « the latter »
  • devaient être /də.vɛ ɛtʁ/ = « were to be » (imperfect of devoir + infinitive)
  • alors /a.lɔʁ/ = « then »
  • poussées /pu.se/ = « pushed » (past participle, feminine plural)
  • jusqu’à /ʒys.k‿a/ = « to »
  • leurs /lœʁ/ = « their »
  • conséquences (f.) /kɔ̃.se.kɑ̃s/ = « consequences »
  • les (f. pl.) /le/ = « the »
  • plus /ply/ = « most »
  • extrêmes /ɛk.stʁɛm/ = « extreme »
  • et /e/ = « and »
  • l’importance (f.) /lɛ̃.pɔʁ.tɑ̃s/ = « the importance »
  • excessive /ɛk.sɛ.siv/ = « excessive »
  • qu’ /k‿/ = « that » (relative pronoun)
  • ils /il/ = « they »
  • avaient accordée /a.vɛ a.kɔʁ.de/ = « had granted » (pluperfect)
  • à /a/ = « to »
  • la (f.) /la/ = « the »
  • pensée (f.) /pɑ̃.se/ = « thought »
  • rationnelle /ʁa.sjɔ.nɛl/ = « rational »
  • allait s’accentuer /a.lɛ sa.ksɑ̃.tɥe/ = « was going to accentuate itself »
  • encore /ɑ̃.kɔʁ/ = « still »
  • pour /puʁ/ = « to »
  • en arriver /ɑ̃.n‿a.ʁi.ve/ = « to reach »
  • au /o/ = « to »
  • « rationalisme » (m.) /ʁa.sjɔ.na.lism/ = « rationalism »
  • attitude (f.) /a.ti.tyd/ = « attitude »
  • spécialement /spe.sjal.mɑ̃/ = « especially »
  • moderne /mɔ.dɛʁn/ = « modern »
  • qui /ki/ = « which »
  • consiste /kɔ̃.sist/ = « consists of »
  • non plus même simplement /nɔ̃ ply mɛm sɛ̃.plə.mɑ̃/ = « no longer even simply »
  • à /a/ = « in »
  • ignorer /i.ɲɔ.ʁe/ = « ignoring »
  • mais /mɛ/ = « but »
  • à /a/ = « in »
  • nier /nje/ = « denying »
  • expressément /ɛk.spʁe.se.mɑ̃/ = « explicitly »
  • tout /tu/ = « everything »
  • ce /sə/ = « that which »
  • qui /ki/ = « that »
  • est /ɛ/ = « is »
  • d’ordre /dɔʁdʁ/ = « of order »
  • suprarationnel /sy.pʁa.ʁa.sjɔ.nɛl/ = « supra-rational »
  • ; / / = «  »
  • mais /mɛ/ = « but »
  • n’anticipons pas /nɑ̃.ti.si.pɔ̃ pa/ = « let us not anticipate »
  • davantage /da.vɑ̃.taʒ/ = « further »
  • car /kaʁ/ = « because »
  • nous /nu/ = « we »
  • aurons /o.ʁɔ̃/ = « will have »
  • à /a/ = « to »
  • revenir /ʁə.və.niʁ/ = « return »
  • sur /syʁ/ = « on »
  • ces (f. pl.) /se/ = « these »
  • conséquences (f.) /kɔ̃.se.kɑ̃s/ = « consequences »
  • et /e/ = « and »
  • à /a/ = « to »
  • en /ɑ̃/ = « of them »
  • voir /vwaʁ/ = « see »
  • le (m.) /lə/ = « the »
  • développement (m.) /de.vlɔp.mɑ̃/ = « development »
  • dans /dɑ̃/ = « in »
  • une (f.) /yn/ = « another »
  • autre /otʁ/ = « other »
  • partie (f.) /paʁ.ti/ = « part »
  • de /də/ = « of »
  • notre /nɔtʁ/ = « our »
  • exposé (m.) /ɛk.spo.ze/ = « exposition »

Grammaire :

  • Pour que…fût…demeurât…allât : pour que + subjunctive (imperfect subjunctive in formal French).
  • il fallait que : falloir (impersonal) + subjunctive = « it was necessary that. »
  • c’est précisément à quoi devait aboutir : à quoi = « to what. » Devoir in imperfect + infinitive = « was to result in. »
  • commencé par les Grecs : past participle agreeing with mouvement (masculine singular).
  • s’étaient déjà affirmées : pluperfect reflexive = « had already asserted themselves. » Affirmées agrees with tendances (feminine plural).
  • devaient être poussées : devoir + passive infinitive = « were to be pushed. » Poussées agrees with tendances.
  • avaient accordée : pluperfect, accordée agrees with l’importance (direct object before verb).
  • allait s’accentuer : aller in imperfect + infinitive = « was going to accentuate itself » (futur proche in the past).
  • qui consiste, non plus même simplement à ignorer, mais à nier : consister à + infinitive = « to consist of doing. » Non plus…mais = « no longer…but. »
  • n’anticipons pas : imperative (negative) = « let us not anticipate. »
  • nous aurons à revenir : future of avoir à + infinitive = « we will have to return. »

Sens général :

Pour que la philosophie « profane » fût définitivement constituée comme telle, il fallait que l’« exotérisme » seul demeurât et qu’on allât jusqu’à la négation pure et simple de tout « ésotérisme ». C’est précisément à quoi devait aboutir, chez les modernes, le mouvement commencé par les Grecs. Les tendances qui s’étaient déjà affirmées chez ceux-ci devaient être alors poussées jusqu’à leurs conséquences les plus extrêmes, et l’importance excessive qu’ils avaient accordée à la pensée rationnelle allait s’accentuer encore pour en arriver au « rationalisme », attitude spécialement moderne qui consiste, non plus même simplement à ignorer, mais à nier expressément tout ce qui est d’ordre suprarationnel. Mais n’anticipons pas davantage, car nous aurons à revenir sur ces conséquences et à en voir le développement dans une autre partie de notre exposé.

Résumé

Le mot « philosophie » étymologiquement signifie « amour de la sagesse », un stade préliminaire et préparatoire. La déviation consiste à prendre ce stade pour le but même, substituant la philosophie à la sagesse. Ainsi naquit la philosophie « profane », une sagesse purement humaine et rationnelle, prenant la place de la vraie sagesse traditionnelle, suprarationnelle et « non humaine ». Cependant, quelque chose de celle-ci subsista dans l’antiquité : la persistance des mystères (caractère initiatique) et le fait que l’enseignement des philosophes avait souvent un côté exotérique et un côté ésotérique, permettant un rattachement à un point de vue supérieur (notamment chez les Alexandrins). Pour que la philosophie profane fût définitivement constituée, il fallait que l’exotérisme seul demeurât et qu’on niât tout ésotérisme. C’est à quoi aboutit le mouvement moderne, poussant jusqu’à ses conséquences extrêmes les tendances grecques, jusqu’au rationalisme qui nie expressément tout ce qui est suprarationnel.

Remarques générales

  1. « philosophie » … « amour de la sagesse » — Guénon rappelle l’étymologie grecque : philein (aimer) + sophia (sagesse). Il admet que Pythagore ait employé ce terme pour marquer modestement sa recherche d’une sagesse qu’il ne prétendait pas posséder. Ce sens primitif est légitime et non corrupteur. Mais Guénon souligne que, dès l’origine, le terme indique un rapport d’infériorité (l’amour n’est pas la possession) : la philosophie est un chemin préparatoire, non la sagesse elle-même. La déviation moderne a été de prendre ce chemin pour le but. ↩︎
  2. déviation … substituer la philosophie à la sagesse — Guénon distingue radicalement entre sagesse (savoir effectif, possession de la vérité, connaissance métaphysique directe, souvent d’origine initiatique ou révélée) et philosophie (recherche discursive, rationnelle, indéfinie, qui ne s’achève jamais en certitude). La déviation est de prendre la philosophie non plus comme un moyen, mais comme une fin. C’est l’erreur fondamentale du rationalisme : croire que la raison humaine peut se suffire à elle-même et remplacer les sources traditionnelles de connaissance. Cette erreur est proprement « moderne », même si ses germes apparaissent dès l’antiquité. ↩︎
  3. philosophie « profane » — Guénon forge l’expression « philosophie profane » pour la distinguer de la sagesse traditionnelle, qu’il qualifie parfois de « non humaine » (d’origine transcendante). La philosophie profane est une sagesse sans Dieu, sans révélation, sans initiation, sans métaphysique authentique ; elle se réduit à un jeu de concepts, de raisonnements et d’opinions. C’est la philosophie des Lumières, des universités modernes, du débat « rationnel » qui ignore tout principe supérieur à la raison individuelle. Guénon ne rejette pas la raison en soi (qui a sa place légitime), mais sa prétention à être la seule source de connaissance. ↩︎
  4. mystères … ésotérique/exotérique … Alexandrins — Guénon rappelle que dans l’antiquité (grecque, égyptienne, perse, etc.), la connaissance n’était pas publique et uniforme. Les mystères étaient des initiations réservées, transmettant un enseignement supérieur, souvent non écrit. Les grands philosophes (Platon, Aristote, les néoplatoniciens) distinguaient entre un enseignement extérieur (exotérique) pour le public et un enseignement intérieur (ésotérique) pour les disciples avancés. Chez les Alexandrins (Philon, Plotin, Proclus), cet ésotérisme se rapproche de la tradition métaphysique orientale. La modernité a rompu avec cette distinction, en ne reconnaissant que l’exotérique (l’enseignement public, universitaire, critique), voire en niant l’existence même de l’ésotérique. Cette négation est un symptôme de la perte du sens traditionnel. ↩︎
  5. rationalisme moderne … négation du suprarationnel — Guénon caractérise l’attitude moderne par un mot : rationalisme. Le rationalisme n’est pas seulement l’usage de la raison, mais l’affirmation que la raison est la seule faculté de connaissance valable, et que tout ce qui n’est pas accessible à la raison (intuition intellectuelle, révélation, initiation, connaissance métaphysique directe) est soit illusoire, soit inexistant. C’est un refus a priori, non une conclusion d’expérience. Guénon oppose à ce rationalisme la tradition, qui reconnaît des ordres de connaissance supérieurs à la raison (l’intellect, l’intuition spirituelle, la connaissance par identification). Le rationalisme moderne est donc, pour lui, une forme d’aveuglement volontaire. ↩︎

Notes de Guénon

  • un acheminement vers la sagesse, un degré correspondant à un état inférieur à celle-ci — Le rapport est ici à peu près le même que celui qui existe, dans la doctrine taoïste, entre l’état de l’« homme doué » et celui de l’« homme transcendant ».