¶7 Au VIe siècle avant l’ère chrétienne, il se produisit, quelle qu’en ait été la cause, des changements considérables chez presque tous les peuples1 ; ces changements présentèrent d’ailleurs des caractères différents suivant les pays. Dans certains cas, ce fut une réadaptation de la tradition à des conditions autres que celles qui avaient existé antérieurement, réadaptation qui s’accomplit en un sens rigoureusement orthodoxe2 ; c’est ce qui eut lieu notamment en Chine, où la doctrine, primitivement constituée en un ensemble unique, fut alors divisée en deux parties nettement distinctes3 : le Taoïsme, réservé à une élite, et comprenant la métaphysique pure et les sciences traditionnelles d’ordre proprement spéculatif ; le Confucianisme, commun à tous sans distinction, et ayant pour domaine les applications pratiques et principalement sociales. Chez les Perses, il semble qu’il y ait eu également une réadaptation du Mazdéisme, car cette époque fut celle du dernier Zoroastre4. Dans l’Inde, on vit naître alors le Bouddhisme, qui, quel qu’ait été d’ailleurs son caractère originel, devait aboutir, au contraire, tout au moins dans certaines de ses branches, à une révolte contre l’esprit traditionnel, allant jusqu’à la négation de toute autorité, jusqu’à une véritable anarchie, au sens étymologique d’« absence de principe », dans l’ordre intellectuel et dans l’ordre social5. Ce qui est assez curieux, c’est qu’on ne trouve, dans l’Inde, aucun monument remontant au delà de cette époque, et les orientalistes, qui veulent tout faire commencer au Bouddhisme dont ils exagèrent singulièrement l’importance6, ont essayé de tirer parti de cette constatation en faveur de leur thèse ; l’explication du fait est cependant bien simple : c’est que toutes les constructions antérieures étaient en bois, de sorte qu’elles ont naturellement disparu sans laisser de traces ; mais ce qui est vrai, c’est qu’un tel changement dans le mode de construction correspond nécessairement à une modification profonde des conditions générales d’existence du peuple chez qui il s’est produit7.

Au VIe siècle avant l’ère chrétienne, il se produisit, quelle qu’en ait été la cause, des changements considérables chez presque tous les peuples ;

  • Au /o/ = « In the »
  • VIe (m.) /sjɛsjɛm/ = « 6th »
  • siècle (m.) /sjɛkl/ = « century »
  • avant /a.vɑ̃/ = « before »
  • l’ère (f.) /lɛʁ/ = « the era »
  • chrétienne /kʁe.tjɛn/ = « Christian »
  • il /il/ = « it »
  • se /sə/ = « itself »
  • produisit /pʁɔ.dɥi.zi/ = « occurred » (past historic)
  • quelle qu’en ait été la cause /kɛl kɑ̃ ɛ te la koz/ = « whatever the cause of it may have been »
  • des (m. pl.) /de/ = « some »
  • changements (m.) /ʃɑ̃ʒ.mɑ̃/ = « changes »
  • considérables /kɔ̃.si.de.ʁabl/ = « considerable »
  • chez /ʃe/ = « among »
  • presque /pʁɛsk/ = « almost »
  • tous (m. pl.) /tu/ = « all »
  • les (m. pl.) /le/ = « the »
  • peuples (m.) /pœpl/ = « peoples »
  • ; / / = «  »

Grammaire :

  • Au VIe siècle : au = contraction of à le (« in the » for time period).
  • il se produisit : past historic tense of se produire (to occur) – used in formal written French.
  • quelle qu’en ait été la cause : concessive subjunctive phrase = « whatever the cause of it may have been. » En = « of it. »
  • chez presque tous les peuples : chez = « among. »

Sens général :

Au VIe siècle avant Jésus-Christ, des changements considérables se produisirent chez presque tous les peuples, quelle qu’en ait été la cause.


ces changements présentèrent d’ailleurs des caractères différents suivant les pays.

  • ces (m. pl.) /se/ = « these »
  • changements (m.) /ʃɑ̃ʒ.mɑ̃/ = « changes »
  • présentèrent /pʁe.zɑ̃.tɛʁ/ = « presented » (past historic)
  • d’ailleurs /da.jœʁ/ = « moreover »
  • des (m. pl.) /de/ = « some »
  • caractères (m.) /ka.ʁak.tɛʁ/ = « characteristics »
  • différents /di.fe.ʁɑ̃/ = « different »
  • suivant /sɥi.vɑ̃/ = « according to »
  • les (m. pl.) /le/ = « the »
  • pays (m.) /pɛ.i/ = « countries »

Grammaire :

  • présentèrent : past historic, 3rd plural of présenter.
  • suivant les pays : suivant as a preposition = « depending on » / « according to. »

Sens général :

Ces changements eurent d’ailleurs des caractéristiques différentes selon les pays.


Dans certains cas, ce fut une réadaptation de la tradition à des conditions autres que celles qui avaient existé antérieurement, réadaptation qui s’accomplit en un sens rigoureusement orthodoxe ;

  • Dans /dɑ̃/ = « In »
  • certains (m. pl.) /sɛʁ.tɛ̃/ = « certain »
  • cas (m.) /ka/ = « cases »
  • ce /sə/ = « it »
  • fut /fy/ = « was » (past historic)
  • une (f.) /yn/ = « a »
  • réadaptation (f.) /ʁe.a.dap.ta.sjɔ̃/ = « readaptation »
  • de /də/ = « of »
  • la (f.) /la/ = « the »
  • tradition (f.) /tʁa.di.sjɔ̃/ = « tradition »
  • à /a/ = « to »
  • des (f. pl.) /de/ = « some »
  • conditions (f.) /kɔ̃.di.sjɔ̃/ = « conditions »
  • autres /otʁ/ = « other »
  • que /kə/ = « than »
  • celles (f. pl.) /sɛl/ = « those »
  • qui /ki/ = « which »
  • avaient existé /a.vɛ ɛɡ.zis.te/ = « had existed »
  • antérieurement /ɑ̃.te.ʁjœʁ.mɑ̃/ = « previously »
  • réadaptation (f.) /ʁe.a.dap.ta.sjɔ̃/ = « readaptation »
  • qui /ki/ = « which »
  • s’accomplit /sa.kɔ̃.pli/ = « was accomplished » (past historic)
  • en /ɑ̃/ = « in »
  • un (m.) /œ̃/ = « a »
  • sens (m.) /sɑ̃s/ = « sense »
  • rigoureusement /ʁi.ɡu.ʁøz.mɑ̃/ = « rigorously »
  • orthodoxe /ɔʁ.tɔ.dɔks/ = « orthodox »
  • ; / / = «  »

Grammaire :

  • ce fut : past historic of c’est (impersonal) = « it was. »
  • autres que celles qui avaient existé : autres que = « other than. » Celles = feminine plural pronoun referring to conditions.
  • qui s’accomplit : past historic, 3rd singular of s’accomplir (to be accomplished).

Sens général :

Dans certains cas, ce fut une réadaptation de la tradition à des conditions différentes de celles qui avaient existé auparavant – une réadaptation qui s’accomplit dans un sens rigoureusement orthodoxe.


c’est ce qui eut lieu notamment en Chine, où la doctrine, primitivement constituée en un ensemble unique, fut alors divisée en deux parties nettement distinctes : le Taoïsme, réservé à une élite, et comprenant la métaphysique pure et les sciences traditionnelles d’ordre proprement spéculatif ; le Confucianisme, commun à tous sans distinction, et ayant pour domaine les applications pratiques et principalement sociales.

  • c’est /sɛ/ = « it is »
  • ce /sə/ = « that which »
  • qui /ki/ = « that »
  • eut lieu /y ljø/ = « took place » (past historic)
  • notamment /nɔ.ta.mɑ̃/ = « notably »
  • en /ɑ̃/ = « in »
  • Chine (f.) /ʃin/ = « China »
  • /u/ = « where »
  • la (f.) /la/ = « the »
  • doctrine (f.) /dɔk.tʁin/ = « doctrine »
  • primitivement /pʁi.mi.tiv.mɑ̃/ = « originally »
  • constituée /kɔ̃.sti.tɥe/ = « constituted »
  • en /ɑ̃/ = « as »
  • un (m.) /œ̃/ = « a »
  • ensemble (m.) /ɑ̃.sɑ̃bl/ = « whole »
  • unique /y.nik/ = « single »
  • fut /fy/ = « was » (past historic)
  • alors /a.lɔʁ/ = « then »
  • divisée /di.vi.ze/ = « divided »
  • en /ɑ̃/ = « into »
  • deux /dø/ = « two »
  • parties (f.) /paʁ.ti/ = « parts »
  • nettement /nɛt.mɑ̃/ = « clearly »
  • distinctes /dis.tɛ̃kt/ = « distinct »
  • : / / = «  »
  • le (m.) /lə/ = « the »
  • Taoïsme (m.) /ta.o.ism/ = « Taoism »
  • réservé /ʁe.zɛʁ.ve/ = « reserved »
  • à /a/ = « for »
  • une (f.) /yn/ = « an »
  • élite (f.) /e.lit/ = « elite »
  • et /e/ = « and »
  • comprenant /kɔ̃.pʁə.nɑ̃/ = « including »
  • la (f.) /la/ = « the »
  • métaphysique (f.) /me.ta.fi.zik/ = « metaphysics »
  • pure /pyʁ/ = « pure »
  • et /e/ = « and »
  • les (f. pl.) /le/ = « the »
  • sciences (f.) /sjɑ̃s/ = « sciences »
  • traditionnelles /tʁa.di.sjɔ.nɛl/ = « traditional »
  • d’ordre /dɔʁdʁ/ = « of order »
  • proprement /pʁɔ.pʁə.mɑ̃/ = « strictly »
  • spéculatif /spe.ky.la.tif/ = « speculative »
  • ; / / = «  »
  • le (m.) /lə/ = « the »
  • Confucianisme (m.) /kɔ̃.fy.sja.nism/ = « Confucianism »
  • commun /kɔ.mœ̃/ = « common »
  • à /a/ = « to »
  • tous /tu/ = « all »
  • sans /sɑ̃/ = « without »
  • distinction (f.) /dis.tɛ̃k.sjɔ̃/ = « distinction »
  • et /e/ = « and »
  • ayant /ɛ.jɑ̃/ = « having »
  • pour /puʁ/ = « as »
  • domaine (m.) /dɔ.mɛn/ = « domain »
  • les (f. pl.) /le/ = « the »
  • applications (f.) /a.pli.ka.sjɔ̃/ = « applications »
  • pratiques /pʁa.tik/ = « practical »
  • et /e/ = « and »
  • principalement /pʁɛ̃.si.pal.mɑ̃/ = « principally »
  • sociales /sɔ.sjal/ = « social »

Grammaire :

  • eut lieu : past historic of avoir lieu = « took place. »
  • fut divisée : past historic passive (fut + past participle). Divisée agrees with la doctrine (feminine singular).
  • constituée : past participle (passive meaning) modifying la doctrine.
  • comprenant : present participle = « including » (active, referring to Taoism).
  • ayant pour domaine : present participle of avoir = « having as domain. »

Sens général :

C’est ce qui eut lieu notamment en Chine, où la doctrine, d’abord constituée en un seul ensemble, fut alors divisée en deux parties clairement distinctes : le Taoïsme, réservé à une élite, et comprenant la métaphysique pure et les sciences traditionnelles d’ordre strictement spéculatif ; le Confucianisme, commun à tous sans distinction, et ayant pour domaine les applications pratiques et principalement sociales.


Chez les Perses, il semble qu’il y ait eu également une réadaptation du Mazdéisme, car cette époque fut celle du dernier Zoroastre.

  • Chez /ʃe/ = « Among »
  • les (m. pl.) /le/ = « the »
  • Perses (m.) /pɛʁs/ = « Persians »
  • il /il/ = « it »
  • semble /sɑ̃bl/ = « seems »
  • qu’ /k‿/ = « that »
  • il y ait eu /i.l‿j‿ɛ y/ = « there was » (subjunctive past)
  • également /e.ɡal.mɑ̃/ = « also »
  • une (f.) /yn/ = « a »
  • réadaptation (f.) /ʁe.a.dap.ta.sjɔ̃/ = « readaptation »
  • du /dy/ = « of the »
  • Mazdéisme (m.) /maz.de.ism/ = « Mazdaism »
  • car /kaʁ/ = « because »
  • cette (f.) /sɛt/ = « this »
  • époque (f.) /e.pɔk/ = « era »
  • fut /fy/ = « was »
  • celle (f.) /sɛl/ = « that of »
  • du /dy/ = « of the »
  • dernier /dɛʁ.nje/ = « last »
  • Zoroastre (m.) /zɔ.ʁɔ.astʁ/ = « Zoroaster »

Grammaire :

  • il semble qu’il y ait eu : sembler que + subjunctive. Il y ait eu = subjunctive past of il y a.
  • celle du dernier Zoroastre : celle = feminine singular pronoun referring to l’époque.

Sens général :

Chez les Perses, il semble qu’il y ait eu également une réadaptation du Mazdéisme, car cette époque fut celle du dernier Zoroastre.


Dans l’Inde, on vit naître alors le Bouddhisme, qui, quel qu’ait été d’ailleurs son caractère originel, devait aboutir, au contraire, tout au moins dans certaines de ses branches, à une révolte contre l’esprit traditionnel, allant jusqu’à la négation de toute autorité, jusqu’à une véritable anarchie, au sens étymologique d’« absence de principe », dans l’ordre intellectuel et dans l’ordre social.

  • Dans /dɑ̃/ = « In »
  • l’Inde (f.) /lɛ̃d/ = « India »
  • on /ɔ̃/ = « one »
  • vit /vi/ = « saw » (past historic)
  • naître /nɛtʁ/ = « to be born »
  • alors /a.lɔʁ/ = « then »
  • le (m.) /lə/ = « the »
  • Bouddhisme (m.) /bu.dism/ = « Buddhism »
  • qui /ki/ = « which »
  • quel qu’ait été d’ailleurs son caractère originel /kɛl kɛ te da.jœʁ sɔ̃ ka.ʁak.tɛʁ ɔ.ʁi.ʒi.nɛl/ = « whatever its original character may have been besides »
  • devait /də.vɛ/ = « was to » (imperfect)
  • aboutir /a.bu.tiʁ/ = « to result in »
  • au contraire /o kɔ̃.tʁɛʁ/ = « on the contrary »
  • tout au moins /tu.t‿o mwɛ̃/ = « at least »
  • dans /dɑ̃/ = « in »
  • certaines (f. pl.) /sɛʁ.tɛn/ = « certain »
  • de /də/ = « of »
  • ses /se/ = « its »
  • branches (f.) /bʁɑ̃ʃ/ = « branches »
  • à /a/ = « to »
  • une (f.) /yn/ = « a »
  • révolte (f.) /ʁe.vɔlt/ = « revolt »
  • contre /kɔ̃tʁ/ = « against »
  • l’esprit (m.) /lɛs.pʁi/ = « the spirit »
  • traditionnel /tʁa.di.sjɔ.nɛl/ = « traditional »
  • allant /a.lɑ̃/ = « going »
  • jusqu’à /ʒys.k‿a/ = « as far as »
  • la (f.) /la/ = « the »
  • négation (f.) /ne.ɡa.sjɔ̃/ = « negation »
  • de /də/ = « of »
  • toute /tut/ = « all »
  • autorité (f.) /o.tɔ.ʁi.te/ = « authority »
  • jusqu’à /ʒys.k‿a/ = « as far as »
  • une (f.) /yn/ = « a »
  • véritable /ve.ʁi.tabl/ = « true »
  • anarchie (f.) /a.naʁ.ʃi/ = « anarchy »
  • au /o/ = « in the »
  • sens (m.) /sɑ̃s/ = « sense »
  • étymologique /e.ti.mɔ.lɔ.ʒik/ = « etymological »
  • d’ /d‿/ = « of »
  • « absence de principe » /ap.sɑ̃s də pʁɛ̃.sip/ = « absence of principle »
  • dans /dɑ̃/ = « in »
  • l’ordre (m.) /lɔʁdʁ/ = « the order »
  • intellectuel /ɛ̃.tɛ.lɛk.tɥɛl/ = « intellectual »
  • et /e/ = « and »
  • dans /dɑ̃/ = « in »
  • l’ordre (m.) /lɔʁdʁ/ = « the order »
  • social /sɔ.sjal/ = « social »

Grammaire :

  • on vit naître : voir + infinitive = « to see something happen. » Vit = past historic.
  • quel qu’ait été d’ailleurs son caractère originel : concessive subjunctive = « whatever its original character may have been. »
  • devait aboutir : devoir in imperfect + infinitive = « was to result in » (future in the past).
  • allant jusqu’à : present participle of aller = « going as far as » / « even to the point of. »

Sens général :

Dans l’Inde, on vit naître alors le Bouddhisme, qui, quel qu’ait été d’ailleurs son caractère originel, devait aboutir, au contraire, tout au moins dans certaines de ses branches, à une révolte contre l’esprit traditionnel, allant jusqu’à la négation de toute autorité, jusqu’à une véritable anarchie, au sens étymologique d’« absence de principe », dans l’ordre intellectuel et dans l’ordre social.


Ce qui est assez curieux, c’est qu’on ne trouve, dans l’Inde, aucun monument remontant au delà de cette époque, et les orientalistes, qui veulent tout faire commencer au Bouddhisme dont ils exagèrent singulièrement l’importance, ont essayé de tirer parti de cette constatation en faveur de leur thèse ;

  • Ce /sə/ = « That which »
  • qui /ki/ = « that »
  • est /ɛ/ = « is »
  • assez /a.se/ = « rather »
  • curieux /ky.ʁjø/ = « curious »
  • c’est /sɛ/ = « it is »
  • qu’ /k‿/ = « that »
  • on /ɔ̃/ = « one »
  • ne /nə/ = negative particle
  • trouve /tʁuv/ = « finds »
  • dans /dɑ̃/ = « in »
  • l’Inde (f.) /lɛ̃d/ = « India »
  • aucun /o.kœ̃/ = « no »
  • monument (m.) /mɔ.ny.mɑ̃/ = « monument »
  • remontant /ʁə.mɔ̃.tɑ̃/ = « going back »
  • au delà /o də.la/ = « beyond »
  • de /də/ = « of »
  • cette (f.) /sɛt/ = « this »
  • époque (f.) /e.pɔk/ = « era »
  • et /e/ = « and »
  • les (m. pl.) /le/ = « the »
  • orientalistes (m.) /ɔ.ʁjɑ̃.ta.list/ = « orientalists »
  • qui /ki/ = « who »
  • veulent /vøl/ = « want »
  • tout /tu/ = « everything »
  • faire /fɛʁ/ = « to make »
  • commencer /kɔ.mɑ̃.se/ = « begin »
  • au /o/ = « with »
  • Bouddhisme (m.) /bu.dism/ = « Buddhism »
  • dont /dɔ̃/ = « of which »
  • ils /il/ = « they »
  • exagèrent /ɛɡ.za.ʒɛʁ/ = « exaggerate »
  • singulièrement /sɛ̃.ɡy.ljɛʁ.mɑ̃/ = « greatly »
  • l’importance (f.) /lɛ̃.pɔʁ.tɑ̃s/ = « the importance »
  • ont essayé /ɔ̃.t‿e.sɛ.je/ = « have tried »
  • de /də/ = « to »
  • tirer parti /ti.ʁe paʁ.ti/ = « to take advantage »
  • de /də/ = « of »
  • cette (f.) /sɛt/ = « this »
  • constatation (f.) /kɔ̃.sta.ta.sjɔ̃/ = « observation »
  • en faveur de /ɑ̃ fa.vœʁ də/ = « in favor of »
  • leur /lœʁ/ = « their »
  • thèse (f.) /tɛz/ = « thesis »
  • ; / / = «  »

Grammaire :

  • Ce qui…c’est que : cleft structure = « What is…is that. »
  • on ne trouve aucun monument : ne…aucun = « no. »
  • remontant au delà de : present participle of remonter = « dating back beyond. »
  • dont ils exagèrent l’importance : dont = « of which » (refers to Bouddhisme).
  • ont essayé de tirer parti de : essayer de + infinitive = « to try to. » Tirer parti de = « to take advantage of. »

Sens général :

Ce qui est assez curieux, c’est qu’on ne trouve, dans l’Inde, aucun monument remontant au delà de cette époque. Et les orientalistes, qui veulent tout faire commencer avec le Bouddhisme (dont ils exagèrent singulièrement l’importance), ont essayé de tirer parti de cette observation en faveur de leur thèse.


l’explication du fait est cependant bien simple : c’est que toutes les constructions antérieures étaient en bois, de sorte qu’elles ont naturellement disparu sans laisser de traces ;

  • l’explication (f.) /lɛk.spli.ka.sjɔ̃/ = « the explanation »
  • du /dy/ = « of the »
  • fait (m.) /fɛ/ = « fact »
  • est /ɛ/ = « is »
  • cependant /sə.pɑ̃.dɑ̃/ = « however »
  • bien /bjɛ̃/ = « very »
  • simple /sɛ̃pl/ = « simple »
  • : / / = «  »
  • c’est /sɛ/ = « it is »
  • que /kə/ = « that »
  • toutes (f. pl.) /tut/ = « all »
  • les (f. pl.) /le/ = « the »
  • constructions (f.) /kɔ̃.stʁyk.sjɔ̃/ = « constructions »
  • antérieures /ɑ̃.te.ʁjœʁ/ = « earlier »
  • étaient /e.tɛ/ = « were »
  • en /ɑ̃/ = « made of »
  • bois (m.) /bwa/ = « wood »
  • de sorte que /də sɔʁt kə/ = « so that »
  • elles /ɛl/ = « they »
  • ont /ɔ̃/ = « have »
  • naturellement /na.ty.ʁɛl.mɑ̃/ = « naturally »
  • disparu /dis.pa.ʁy/ = « disappeared »
  • sans /sɑ̃/ = « without »
  • laisser /lɛ.se/ = « leaving »
  • de /də/ = « any »
  • traces (f.) /tʁas/ = « traces »
  • ; / / = «  »

Grammaire :

  • bien simple : bien emphasizes simple = « very simple. »
  • étaient en bois : être en + material = « were made of wood. »
  • de sorte que : conjunction = « so that » (result clause).
  • ont disparu : passé composé of disparaître.

Sens général :

L’explication du fait est cependant très simple : c’est que toutes les constructions antérieures étaient en bois, de sorte qu’elles ont naturellement disparu sans laisser de traces.


mais ce qui est vrai, c’est qu’un tel changement dans le mode de construction correspond nécessairement à une modification profonde des conditions générales d’existence du peuple chez qui il s’est produit.

  • mais /mɛ/ = « but »
  • ce /sə/ = « that which »
  • qui /ki/ = « that »
  • est /ɛ/ = « is »
  • vrai /vʁɛ/ = « true »
  • c’est /sɛ/ = « it is »
  • qu’ /k‿/ = « that »
  • un (m.) /œ̃/ = « a »
  • tel /tɛl/ = « such »
  • changement (m.) /ʃɑ̃ʒ.mɑ̃/ = « change »
  • dans /dɑ̃/ = « in »
  • le (m.) /lə/ = « the »
  • mode (m.) /mɔd/ = « mode »
  • de /də/ = « of »
  • construction (f.) /kɔ̃.stʁyk.sjɔ̃/ = « construction »
  • correspond /kɔ.ʁɛ.spɔ̃/ = « corresponds »
  • nécessairement /ne.se.sɛʁ.mɑ̃/ = « necessarily »
  • à /a/ = « to »
  • une (f.) /yn/ = « a »
  • modification (f.) /mɔ.di.fi.ka.sjɔ̃/ = « modification »
  • profonde /pʁɔ.fɔ̃d/ = « profound »
  • des (f. pl.) /de/ = « of the »
  • conditions (f.) /kɔ̃.di.sjɔ̃/ = « conditions »
  • générales /ʒe.ne.ʁal/ = « general »
  • d’existence /dɛɡ.zis.tɑ̃s/ = « of existence »
  • du /dy/ = « of the »
  • peuple (m.) /pœpl/ = « people »
  • chez /ʃe/ = « among »
  • qui /ki/ = « whom »
  • il /il/ = « it »
  • s’est /sɛ/ = « itself »
  • produit /pʁɔ.dɥi/ = « occurred »

Grammaire :

  • ce qui est vrai, c’est que : cleft structure = « what is true is that. »
  • un tel changement : « such a change. »
  • correspond à : « corresponds to. »
  • chez qui il s’est produit : chez qui = « among whom. » Se produire = « to occur » (passé composé).

Sens général :

Mais ce qui est vrai, c’est qu’un tel changement dans le mode de construction correspond nécessairement à une modification profonde des conditions générales d’existence du peuple chez qui il s’est produit.

Résumé

Au VIe siècle av. J.-C., des changements majeurs eurent lieu chez presque tous les peuples, avec des caractères différents selon les pays. En Chine, la tradition fut réadaptée de façon orthodoxe : la doctrine unique se divisa en Taoïsme pour l’élite (métaphysique pure et sciences spéculatives) et Confucianisme pour tous (applications pratiques et sociales). Chez les Perses, il y eut une réadaptation du Mazdéisme à l’époque du dernier Zoroastre. En Inde, le Bouddhisme naquit et aboutit, dans certaines branches, à une révolte contre l’esprit traditionnel, allant jusqu’à l’anarchie (absence de principe) dans l’ordre intellectuel et social. Guénon note qu’aucun monument indien ne remonte avant cette époque. Les orientalistes en ont tiré argument, mais l’explication est simple : les constructions antérieures étaient en bois et ont disparu. Ce changement de mode de construction reflète une modification profonde des conditions d’existence.

Remarques générales

  1. VIe siècle avant l’ère chrétienne — Guénon identifie le VIe siècle avant l’ère chrétienne comme un tournant cyclique majeur, marqué simultanément en Chine (séparation du taoïsme et du confucianisme), en Perse (dernier Zoroastre), en Inde (apparition du bouddhisme) et en Grèce (premiers philosophes). Pour la doctrine traditionnelle, une telle simultanéité ne relève pas des causes historiques ordinaires (influences, migrations, hasard), mais d’une loi cyclique liée à l’avancée du Kali-Yuga et à la nécessité d’adapter la transmission de la vérité à des conditions humaines toujours plus difficiles. ↩︎
  2. réadaptation … rigoureusement orthodoxe — Guénon distingue deux types de réponse à une même situation cyclique. La réadaptation orthodoxe (Chine, Perse) maintient intact le dépôt de la tradition tout en l’adaptant aux nouvelles conditions, par exemple en séparant l’enseignement ésotérique (réservé à une élite) de l’exotérique (ouvert à tous). Le mot « orthodoxe » ne renvoie pas ici à une Église particulière, mais à la fidélité aux principes métaphysiques universels de la sophia perennis. La rupture anti-traditionnelle (certaines branches du bouddhisme), au contraire, rejette en tout ou partie l’autorité spirituelle et les principes transcendants. ↩︎
  3. division en deux parties — Guénon se réfère ici à une doctrine primordiale chinoise antérieure à Lǎozǐ et Kǒngzǐ, qui aurait contenu à la fois la sagesse ésotérique (taoïsme) et la règle exotérique (confucianisme). Cette division, loin d’être une dégénérescence, représente une adaptation légitime aux conditions du Kali-Yuga : dans un âge obscurci, la métaphysique pure doit être réservée à une élite, tandis que les applications pratiques (sociales, morales, rituelles) peuvent être enseignées à tous. On retrouve le même principe dans l’hindouisme avec la distinction entre jnana (connaissance métaphysique) et karman (action rituelle et sociale). Guénon écrit « Lao‑tseu » et « Confucius ». ↩︎
  4. dernier Zoroastre — Guénon développe ailleurs la théorie des fonctions prophétiques et législatrices multiples : le nom « Zoroastre » désigne non un individu unique mais une fonction, exercée par plusieurs personnages à des époques différentes. Le « dernier Zoroastre » serait celui qui a réadapté le Mazdéisme (zoroastrisme) aux conditions du Kali-Yuga, vraisemblablement au VIe siècle avant l’ère chrétienne, bien que les dates traditionnelles de Zoroastre varient considérablement (de plusieurs millénaires jusqu’au VIe siècle). Guénon écrit « Zoroastre ». ↩︎
  5. anarchie, au sens étymologique d’« absence de principe » — Guénon joue ici sur le sens littéral du grec anarchia : non pas désordre ou chaos, mais « absence de principe » (an- privatif + archē, principe, commencement, commandement). L’anarchie authentique n’est donc pas une simple contestation de l’autorité politique, mais un refus de tout principe transcendant, qu’il soit métaphysique, intellectuel ou spirituel. C’est précisément ce que Guénon reproche à certaines tendances du bouddhisme (surtout aux branches qui ont évolué vers un nominalisme radical et une négation de l’ātman). Guénon ne condamne pas le bouddhisme comme un tout ; il en critique les conséquences anti-traditionnelles tout en reconnaissant la sainteté du Bouddha historique et la valeur de certaines écoles, notamment du Mahāyāna. Guénon écrit « Bouddhisme » et « Bouddha ». ↩︎
  6. orientalistes … exagèrent l’importance du Bouddhisme — Guénon critique ici la tendance de certains orientalistes du XIXe et début XXe siècle (notamment allemands et britanniques) à faire du bouddhisme l’origine de toute civilisation indienne, voire de toute spiritualité asiatique. Cette thèse, qui servait parfois des polémiques anti-brahmaniques, ignore l’ancienneté du védisme et des Upaniṣads, ainsi que la continuité de la tradition hindoue qui a survécu au bouddhisme après l’avoir assimilé. Guénon note que l’importance historique du bouddhisme a été considérablement gonflée par les érudits occidentaux, souvent pour des raisons idéologiques (préférence pour une religion « sans dieu ») ou pour minimiser la contribution de l’hindouisme. Guénon écrit « orientalistes ». ↩︎
  7. changement dans le mode de construction — Guénon ne se contente pas d’une explication matérielle (le bois disparaît, la pierre dure). Il voit dans ce changement l’indice d’une transformation plus profonde : le passage d’une civilisation fondée sur des matériaux périssables à une civilisation de la pierre, liée à une sédentarisation plus poussée, à des préoccupations militaires (fortifications) et à une volonté de laisser des monuments à la postérité. L’argument constitue aussi une critique de l’archéologie moderne, qui prend trop souvent l’absence de trace pour preuve d’inexistence. ↩︎

Notes de Guénon

  • car cette époque fut celle du dernier Zoroastre — Il faut remarquer que le nom de Zoroastre désigne en réalité, non un personnage particulier, mais une fonction, à la fois prophétique et législatrice ; il y eut plusieurs Zoroastres, qui vécurent à des époques fort différentes ; et il est même vraisemblable que cette fonction dut avoir un caractère collectif, de même que celle de Vyāsa dans l’Inde, et de même aussi qu’en Égypte, ce qui fut attribué à Thoth ou Hermès représente l’œuvre de toute la caste sacerdotale.
  • Dans l’Inde, on vit naître alors le Bouddhisme — La question du Bouddhisme est, en réalité, loin d’être aussi simple que pourrait le donner à penser ce bref aperçu ; et il est intéressant de noter que, si les Hindous, au point de vue de leur propre tradition, ont toujours condamné les Bouddhistes, beaucoup d’entre eux n’en professent pas moins un grand respect pour le Bouddha lui-même, quelques-uns allant même jusqu’à voir en lui le neuvième Avatāra, tandis que d’autres identifient celui-ci avec le Christ. D’autre part, en ce qui concerne le Bouddhisme tel qu’il est connu aujourd’hui, il faut avoir bien soin de distinguer entre ses deux formes du Mahāyāna et du Hīnayāna, ou du « Grand Véhicule » et du « Petit Véhicule » ; d’une façon générale, on peut dire que le Bouddhisme hors de l’Inde diffère notablement de sa forme indienne originelle, qui commença à perdre rapidement du terrain après la mort d’Aśoka et disparut complètement quelques siècles plus tard.
  • de sorte qu’elles ont naturellement disparu sans laisser de traces — Ce cas n’est pas particulier à l’Inde et se rencontre aussi en Occident ; c’est exactement pour la même raison qu’on ne trouve aucun vestige des cités gauloises, dont l’existence est cependant incontestable, étant attestée par des témoignages contemporains ; et, là également, les historiens modernes ont profité de cette absence de monuments pour dépeindre les Gaulois comme des sauvages vivant dans les forêts.