Il est un fait assez étrange, qu’on semble n’avoir jamais remarqué comme il mérite de l’être : c’est que la période proprement « historique », au sens que nous venons d’indiquer, remonte exactement au VIe siècle avant l’ère chrétienne, comme s’il y avait là, dans le temps, une barrière qu’il n’est pas possible de franchir à l’aide des moyens d’investigation dont disposent les chercheurs ordinaires.
- Il /il/ = « it »
- est /ɛ/ = « is »
- un (m.) /œ̃/ = « a »
- fait (m.) /fɛ/ = « fact »
- assez /a.se/ = « rather »
- étrange /e.tʁɑ̃ʒ/ = « strange »
- qu’ /k‿/ = « that » (relative pronoun)
- on /ɔ̃/ = « one »
- semble /sɑ̃bl/ = « seems »
- n’avoir /na.vwaʁ/ = « to have not »
- jamais /ʒa.mɛ/ = « never »
- remarqué /ʁə.maʁ.ke/ = « noticed »
- comme /kɔm/ = « as »
- il /il/ = « it »
- mérite /me.ʁit/ = « deserves »
- de /də/ = « to »
- l’être /lɛtʁ/ = « to be it »
- : / / = colon
- c’est /sɛ/ = « it is »
- que /kə/ = « that »
- la (f.) /la/ = « the »
- période (f.) /pe.ʁjɔd/ = « period »
- proprement /pʁɔ.pʁə.mɑ̃/ = « strictly »
- « historique » /is.tɔ.ʁik/ = « historical »
- au /o/ = « in the »
- sens (m.) /sɑ̃s/ = « sense »
- que /kə/ = « that » (relative pronoun)
- nous /nu/ = « we »
- venons /və.nɔ̃/ = « have just »
- d’indiquer /dɛ̃.di.ke/ = « to indicate »
- remonte /ʁə.mɔ̃t/ = « goes back »
- exactement /ɛg.zak.tə.mɑ̃/ = « exactly »
- au /o/ = « to the »
- VIe (m.) /sjɛsjɛm/ = « 6th »
- siècle (m.) /sjɛkl/ = « century »
- avant /a.vɑ̃/ = « before »
- l’ère (f.) /lɛʁ/ = « the era »
- chrétienne /kʁe.tjɛn/ = « Christian »
- comme /kɔm/ = « as if »
- s’ /s‿/ = « there »
- il /il/ = « it »
- y avait /i.ja.vɛ/ = « there was »
- là /la/ = « there »
- dans /dɑ̃/ = « in »
- le (m.) /lə/ = « the »
- temps (m.) /tɑ̃/ = « time »
- une (f.) /yn/ = « a »
- barrière (f.) /ba.ʁjɛʁ/ = « barrier »
- qu’ /k‿/ = « that » (relative pronoun)
- il /il/ = « it »
- n’est /nɛ/ = « is not »
- pas /pa/ = « not »
- possible /pɔ.sibl/ = « possible »
- de /də/ = « to »
- franchir /fʁɑ̃.ʃiʁ/ = « to cross »
- à l’aide /a lɛd/ = « using »
- des (m. pl.) /de/ = « of the »
- moyens (m.) /mwa.jɛ̃/ = « means »
- d’investigation /dɛ̃.vɛs.ti.ɡa.sjɔ̃/ = « of investigation »
- dont /dɔ̃/ = « of which »
- disposent /dis.poz/ = « have available »
- les (m. pl.) /le/ = « the »
- chercheurs (m.) /ʃɛʁ.ʃœʁ/ = « researchers »
- ordinaires /ɔʁ.di.nɛʁ/ = « ordinary »
Grammaire :
- Il est un fait : literary construction = « There is a fact » (instead of il y a).
- qu’on semble n’avoir jamais remarqué : semble + infinitive = « seems to. » N’avoir jamais remarqué = « to have never noticed. »
- comme il mérite de l’être : de l’être = « to be it » (where le refers back to remarqué).
- c’est que : « it is that » – introduces explanation.
- que nous venons d’indiquer : venir de + infinitive = « to have just. »
- remonte au VIe siècle : remonter à = « to go back to. » Au = à le.
- comme s’il y avait : comme si + imperfect = « as if there were. »
- dont disposent les chercheurs : disposer de = « to have at one’s disposal. » Dont replaces de + relative pronoun.
Sens général :
Il y a un fait assez étrange, qu’on semble n’avoir jamais remarqué comme il le mérite : la période strictement « historique », au sens que nous venons de dire, remonte exactement au VIe siècle avant Jésus-Christ. C’est comme s’il y avait là, dans le temps, une barrière qu’il n’est pas possible de traverser avec les moyens d’investigation dont disposent les chercheurs ordinaires.
À partir de cette époque, en effet, on possède partout une chronologie assez précise et bien établie ;
- À partir de /a paʁ.tiʁ də/ = « From »
- cette (f.) /sɛt/ = « this »
- époque (f.) /e.pɔk/ = « era »
- en effet /ɑ̃.n‿e.fɛ/ = « indeed »
- on /ɔ̃/ = « one »
- possède /pɔ.sɛd/ = « possesses »
- partout /paʁ.tu/ = « everywhere »
- une (f.) /yn/ = « a »
- chronologie (f.) /kʁɔ.nɔ.lɔ.ʒi/ = « chronology »
- assez /a.se/ = « rather »
- précise /pʁe.siz/ = « precise »
- et /e/ = « and »
- bien /bjɛ̃/ = « well »
- établie /e.ta.blit/ = « established »
- ; / / = « »
Grammaire :
- À partir de : fixed expression = « starting from. »
- en effet : « indeed. »
- on possède : on + 3rd singular verb = « one has » / « they have. »
Sens général :
À partir de cette époque, en effet, on a partout une chronologie assez précise et bien établie.
pour tout ce qui est antérieur, au contraire, on n’obtient en général qu’une très vague approximation, et les dates proposées pour les mêmes événements varient souvent de plusieurs siècles.
- pour /puʁ/ = « for »
- tout /tu/ = « everything »
- ce /sə/ = « that which »
- qui /ki/ = « that »
- est /ɛ/ = « is »
- antérieur /ɑ̃.te.ʁjœʁ/ = « earlier »
- au contraire /o kɔ̃.tʁɛʁ/ = « on the contrary »
- on /ɔ̃/ = « one »
- n’obtient /nɔp.tjɛ̃/ = « obtains not »
- en général /ɑ̃ ʒe.ne.ʁal/ = « in general »
- qu’ /k‿/ = « only »
- une (f.) /yn/ = « a »
- très /tʁɛ/ = « very »
- vague /vaɡ/ = « vague »
- approximation (f.) /a.pʁɔk.si.ma.sjɔ̃/ = « approximation »
- et /e/ = « and »
- les (f. pl.) /le/ = « the »
- dates (f.) /dat/ = « dates »
- proposées /pʁɔ.po.ze/ = « proposed »
- pour /puʁ/ = « for »
- les (m. pl.) /le/ = « the »
- mêmes /mɛm/ = « same »
- événements (m.) /e.vɛn.mɑ̃/ = « events »
- varient /va.ʁi/ = « vary »
- souvent /su.vɑ̃/ = « often »
- de /də/ = « by »
- plusieurs /ply.zjœʁ/ = « several »
- siècles (m.) /sjɛkl/ = « centuries »
Grammaire :
- pour tout ce qui est antérieur : ce qui = « that which » (subject of est).
- n’obtient…qu’une : ne…que = « only. »
- en général : fixed expression = « in general. »
- les dates proposées : past participle proposées agrees with dates (feminine plural).
Sens général :
Pour tout ce qui est plus ancien, au contraire, on n’obtient en général qu’une approximation très vague, et les dates proposées pour les mêmes événements varient souvent de plusieurs siècles.
Même pour les pays où l’on a plus que de simples vestiges épars, comme l’Égypte par exemple, cela est très frappant ;
- Même /mɛm/ = « Even »
- pour /puʁ/ = « for »
- les (m. pl.) /le/ = « the »
- pays (m.) /pɛ.i/ = « countries »
- où /u/ = « where »
- l’on /lɔ̃/ = « one »
- a /a/ = « has »
- plus que /ply kə/ = « nothing more than »
- de /də/ = « of »
- simples /sɛ̃pl/ = « simple »
- vestiges (m.) /vɛs.tiʒ/ = « remains »
- épars /e.paʁ/ = « scattered »
- comme /kɔm/ = « like »
- l’Égypte (f.) /le.ʒipt/ = « Egypt »
- par exemple /paʁ ɛɡ.zɑ̃pl/ = « for example »
- cela /sə.la/ = « that »
- est /ɛ/ = « is »
- très /tʁɛ/ = « very »
- frappant /fʁa.pɑ̃/ = « striking »
- ; / / = « »
Grammaire :
- où l’on a : où = « where » (relative pronoun of place). L’on is euphonic after où.
- plus que de simples vestiges : ne…plus que (implied) = « nothing more than. »
- cela est très frappant : cela refers to the previous idea.
Sens général :
Même pour les pays où l’on n’a plus que de simples vestiges épars, comme l’Égypte par exemple, cela est très frappant.
et ce qui est peut-être plus étonnant encore, c’est que, dans un cas exceptionnel et privilégié comme celui de la Chine, qui possède, pour des époques bien plus éloignées, des annales datées au moyen d’observations astronomiques qui ne devraient laisser de place à aucun doute, les modernes n’en qualifient pas moins ces époques de « légendaires », comme s’il y avait là un domaine où ils ne se reconnaissent le droit à aucune certitude et où ils s’interdisent eux-mêmes d’en obtenir.
- et /e/ = « and »
- ce /sə/ = « that which »
- qui /ki/ = « that »
- est /ɛ/ = « is »
- peut-être /pø.tɛtʁ/ = « perhaps »
- plus /ply/ = « more »
- étonnant /e.tɔ.nɑ̃/ = « astonishing »
- encore /ɑ̃.kɔʁ/ = « still »
- c’est que /sɛ kə/ = « it is that »
- dans /dɑ̃/ = « in »
- un (m.) /œ̃/ = « a »
- cas (m.) /ka/ = « case »
- exceptionnel /ɛk.sɛp.sjɔ.nɛl/ = « exceptional »
- et /e/ = « and »
- privilégié /pʁi.vi.le.ʒje/ = « privileged »
- comme /kɔm/ = « like »
- celui (m.) /sə.lɥi/ = « that of »
- de /də/ = « of »
- la (f.) /la/ = « the »
- Chine (f.) /ʃin/ = « China »
- qui /ki/ = « which »
- possède /pɔ.sɛd/ = « possesses »
- pour /puʁ/ = « for »
- des (f. pl.) /de/ = « some »
- époques (f.) /e.pɔk/ = « eras »
- bien /bjɛ̃/ = « much »
- plus /ply/ = « more »
- éloignées /e.lwa.ɲe/ = « distant »
- des (f. pl.) /de/ = « some »
- annales (f.) /a.nal/ = « annals »
- datées /da.te/ = « dated »
- au moyen de /o mwa.jɛ̃ də/ = « by means of »
- d’observations (f.) /dɔp.sɛʁ.va.sjɔ̃/ = « observations »
- astronomiques /as.tʁɔ.nɔ.mik/ = « astronomical »
- qui /ki/ = « which »
- ne /nə/ = negative particle
- devraient /də.vʁɛ/ = « should »
- laisser /lɛ.se/ = « leave »
- de /də/ = « any »
- place (f.) /plas/ = « room »
- à /a/ = « for »
- aucun /o.kœ̃/ = « no »
- doute (m.) /dut/ = « doubt »
- les (m. pl.) /le/ = « the »
- modernes /mɔ.dɛʁn/ = « moderns »
- n’en /nɑ̃/ = « not of them »
- qualifient /ka.li.fjɛ̃/ = « qualify »
- pas /pa/ = « not »
- moins /mwɛ̃/ = « nevertheless »
- ces (f. pl.) /se/ = « these »
- époques (f.) /e.pɔk/ = « eras »
- de /də/ = « as »
- « légendaires » /le.ʒɑ̃.dɛʁ/ = « legendary »
- comme /kɔm/ = « as if »
- s’ /s‿/ = « there »
- il /il/ = « it »
- y avait /i.ja.vɛ/ = « there were »
- là /la/ = « there »
- un (m.) /œ̃/ = « a »
- domaine (m.) /dɔ.mɛn/ = « domain »
- où /u/ = « where »
- ils /il/ = « they »
- ne /nə/ = negative particle
- se /sə/ = « themselves »
- reconnaissent /ʁə.kɔ.nɛs/ = « acknowledge »
- le (m.) /lə/ = « the »
- droit (m.) /dʁwa/ = « right »
- à /a/ = « to »
- aucune /o.kyn/ = « no »
- certitude (f.) /sɛʁ.ti.tyd/ = « certainty »
- et /e/ = « and »
- où /u/ = « where »
- ils /il/ = « they »
- s’interdisent /sɛ̃.tɛʁ.diz/ = « forbid themselves »
- eux-mêmes /ø mɛm/ = « themselves »
- d’en /dɑ̃/ = « to of it »
- obtenir /ɔp.tə.niʁ/ = « to obtain »
Grammaire :
- ce qui est…c’est que : cleft structure for emphasis = « what is…is that. »
- comme celui de la Chine : celui = masculine singular demonstrative pronoun referring to cas.
- qui possède : relative pronoun qui refers to la Chine (3rd singular).
- au moyen de : fixed expression = « by means of. »
- ne devraient laisser de place à aucun doute : ne…aucun = « no. »
- n’en qualifient pas moins : ne…pas moins = « nevertheless. » En = « of them. »
- qualifient…de légendaires : qualifier de = « to label as. »
- comme s’il y avait : comme si + imperfect = « as if there were. »
- où ils ne se reconnaissent le droit à aucune certitude : se reconnaître le droit = « to acknowledge for oneself the right. »
- s’interdisent d’en obtenir : s’interdire de + infinitive = « to forbid oneself to. » En = « of it. »
Sens général :
Et ce qui est peut-être encore plus étonnant, c’est que, dans un cas exceptionnel et privilégié comme celui de la Chine (qui possède, pour des époques bien plus lointaines, des annales datées par des observations astronomiques qui ne devraient laisser aucune place au doute), les modernes ne qualifient pas moins ces époques de « légendaires », comme s’il y avait là un domaine où ils ne s’accordent aucun droit à la certitude et où ils s’interdisent eux-mêmes d’en obtenir.
L’antiquité dite « classique » n’est donc, à vrai dire, qu’une antiquité toute relative, et même beaucoup plus proche des temps modernes que de la véritable antiquité, puisqu’elle ne remonte même pas à la moitié du Kali-Yuga, dont la durée n’est elle-même, suivant la doctrine hindoue, que la dixième partie de celle du Manvantara ;
- L’antiquité (f.) /lɑ̃.ti.ki.te/ = « Antiquity »
- dite /dit/ = « called »
- « classique » /kla.sik/ = « classical »
- n’est /nɛ/ = « is not »
- donc /dɔ̃k/ = « therefore »
- à vrai dire /a vʁɛ diʁ/ = « to tell the truth »
- qu’ /k‿/ = « only »
- une (f.) /yn/ = « a »
- antiquité (f.) /ɑ̃.ti.ki.te/ = « antiquity »
- toute /tut/ = « entirely »
- relative /ʁə.la.tiv/ = « relative »
- et /e/ = « and »
- même /mɛm/ = « even »
- beaucoup /bo.ku/ = « much »
- plus /ply/ = « more »
- proche /pʁɔʃ/ = « close »
- des (m. pl.) /de/ = « to the »
- temps (m.) /tɑ̃/ = « times »
- modernes /mɔ.dɛʁn/ = « modern »
- que /kə/ = « than »
- de /də/ = « from »
- la (f.) /la/ = « the »
- véritable /ve.ʁi.tabl/ = « true »
- antiquité (f.) /ɑ̃.ti.ki.te/ = « antiquity »
- puisqu’ /pɥisk/ = « since »
- elle /ɛl/ = « it »
- ne /nə/ = negative particle
- remonte /ʁə.mɔ̃t/ = « goes back »
- même /mɛm/ = « even »
- pas /pa/ = « not »
- à /a/ = « to »
- la (f.) /la/ = « the »
- moitié (f.) /mwa.tje/ = « half »
- du /dy/ = « of the »
- Kali-Yuga (m.) /ka.li ju.ga/ = « Kali-Yuga »
- dont /dɔ̃/ = « of which »
- la (f.) /la/ = « the »
- durée (f.) /dy.ʁe/ = « duration »
- n’est /nɛ/ = « is not »
- elle-même /ɛl.mɛm/ = « itself »
- suivant /sɥi.vɑ̃/ = « according to »
- la (f.) /la/ = « the »
- doctrine (f.) /dɔk.tʁin/ = « doctrine »
- hindoue /ɛ̃.du/ = « Hindu »
- que /kə/ = « only »
- la (f.) /la/ = « the »
- dixième /di.zjɛm/ = « tenth »
- partie (f.) /paʁ.ti/ = « part »
- de /də/ = « of »
- celle (f.) /sɛl/ = « that of »
- du /dy/ = « of the »
- Manvantara (m.) /man.van.ta.ʁa/ = « Manvantara »
- ; / / = « »
Grammaire :
- dite « classique » : past participle dite agrees with L’antiquité (feminine singular).
- à vrai dire : fixed expression = « to tell the truth. »
- n’est…qu’une : ne…que = « only. »
- toute relative : toute = « entirely » (adverb, invariable).
- plus proche…que : comparative = « closer…than. »
- puisqu’elle ne remonte même pas à : ne…pas = « not. »
- dont la durée : dont = « of which » – refers to Kali-Yuga.
- n’est…que la dixième partie : ne…que = « only. »
- celle du Manvantara : celle = feminine singular pronoun referring to la durée.
Sens général :
L’antiquité dite « classique » n’est donc, à vrai dire, qu’une antiquité toute relative, et même beaucoup plus proche des temps modernes que de la véritable antiquité, puisqu’elle ne remonte même pas à la moitié du Kali-Yuga. Or la durée du Kali-Yuga n’est elle-même, selon la doctrine hindoue, que la dixième partie de celle du Manvantara.
et l’on pourra suffisamment juger par là jusqu’à quel point les modernes ont raison d’être fiers de l’étendue de leurs connaissances historiques !
- et /e/ = « and »
- l’on /lɔ̃/ = « one »
- pourra /pu.ʁa/ = « will be able »
- suffisamment /sy.fi.za.mɑ̃/ = « sufficiently »
- juger /ʒy.ʒe/ = « to judge »
- par là /paʁ la/ = « by that »
- jusqu’à quel point /ʒys.k‿a kɛl pwɛ̃/ = « to what extent »
- les (m. pl.) /le/ = « the »
- modernes /mɔ.dɛʁn/ = « moderns »
- ont /ɔ̃/ = « have »
- raison /ʁɛ.zɔ̃/ = « reason »
- d’être /dɛtʁ/ = « to be »
- fiers /fjɛʁ/ = « proud »
- de /də/ = « of »
- l’étendue (f.) /le.tɑ̃.dy/ = « the extent »
- de /də/ = « of »
- leurs /lœʁ/ = « their »
- connaissances (f.) /kɔ.nɛ.sɑ̃s/ = « knowledge »
- historiques /is.tɔ.ʁik/ = « historical »
Grammaire :
- l’on pourra : l’on is euphonic after et. Pourra = future tense of pouvoir, 3rd singular.
- par là : « by that » (referring to previous information).
- jusqu’à quel point : fixed expression = « to what extent. »
- ont raison de + infinitive : avoir raison de faire = « to be right to do. »
- fiers : masculine plural adjective agreeing with les modernes.
Sens général :
Et l’on pourra suffisamment juger par là à quel point les modernes ont raison d’être fiers de l’étendue de leurs connaissances historiques !
Tout cela, répondraient-ils sans doute encore pour se justifier, ce ne sont que des périodes « légendaires », et c’est pourquoi ils estiment n’avoir pas à en tenir compte ;
- Tout cela /tu sə.la/ = « All that »
- répondraient-ils /ʁe.pɔ̃.dʁɛ.til/ = « they would answer »
- sans doute /sɑ̃ dut/ = « no doubt »
- encore /ɑ̃.kɔʁ/ = « still »
- pour /puʁ/ = « in order to »
- se /sə/ = « themselves »
- justifier /ʒys.ti.fje/ = « to justify »
- ce /sə/ = « these »
- ne /nə/ = negative particle
- sont /sɔ̃/ = « are »
- que /kə/ = « only »
- des (f. pl.) /de/ = « some »
- périodes (f.) /pe.ʁjɔd/ = « periods »
- « légendaires » /le.ʒɑ̃.dɛʁ/ = « legendary »
- et /e/ = « and »
- c’est pourquoi /sɛ puʁ.kwa/ = « that is why »
- ils /il/ = « they »
- estiment /ɛs.tim/ = « consider »
- n’avoir /na.vwaʁ/ = « to have not »
- pas /pa/ = « not »
- à /a/ = « to »
- en /ɑ̃/ = « of them »
- tenir compte /tə.niʁ kɔ̃t/ = « take into account »
- ; / / = « »
Grammaire :
- répondraient-ils : conditional tense, 3rd plural, with subject-verb inversion (literary style).
- sans doute : « no doubt » / « probably. »
- ce ne sont que : ce sont = « these are. » Ne…que = « only. »
- c’est pourquoi : fixed conjunction = « that is why. »
- estiment n’avoir pas à en tenir compte : estimer + infinitive = « to consider that one… » Tenir compte de = « to take into account » – en replaces de + périodes légendaires.
Sens général :
Tout cela, répondraient-ils sans doute encore pour se justifier, ce ne sont que des périodes « légendaires », et c’est pourquoi ils estiment ne pas avoir à en tenir compte.
mais cette réponse n’est précisément que l’aveu de leur ignorance, et d’une incompréhension qui peut seule expliquer leur dédain de la tradition ;
- mais /mɛ/ = « but »
- cette (f.) /sɛt/ = « this »
- réponse (f.) /ʁe.pɔ̃s/ = « answer »
- n’est /nɛ/ = « is not »
- précisément /pʁe.si.ze.mɑ̃/ = « precisely »
- que /kə/ = « only »
- l’aveu (m.) /la.vø/ = « the admission »
- de /də/ = « of »
- leur /lœʁ/ = « their »
- ignorance (f.) /i.ɲɔ.ʁɑ̃s/ = « ignorance »
- et /e/ = « and »
- d’une /dyn/ = « of a »
- incompréhension (f.) /ɛ̃.kɔ̃.pʁe.ɑ̃.sjɔ̃/ = « incomprehension »
- qui /ki/ = « which »
- peut /pø/ = « can »
- seule /sœl/ = « only » (feminine)
- expliquer /ɛk.spli.ke/ = « explain »
- leur /lœʁ/ = « their »
- dédain (m.) /de.dɛ̃/ = « disdain »
- de /də/ = « for »
- la (f.) /la/ = « the »
- tradition (f.) /tʁa.di.sjɔ̃/ = « tradition »
- ; / / = « »
Grammaire :
- n’est…que : ne…que = « only. »
- l’aveu : means « admission » (not « oath » – false friend).
- qui peut seule expliquer : seule (adjective) agrees with incompréhension and comes before the verb = « which alone can explain. »
Sens général :
Mais cette réponse n’est précisément que l’admission de leur ignorance, et d’une incompréhension qui peut seule expliquer leur mépris de la tradition.
l’esprit spécifiquement moderne, ce n’est en effet, comme nous le montrerons plus loin, rien d’autre que l’esprit antitraditionnel.
- l’esprit (m.) /lɛs.pʁi/ = « the spirit »
- spécifiquement /spe.si.fik.mɑ̃/ = « specifically »
- moderne /mɔ.dɛʁn/ = « modern »
- ce /sə/ = « it »
- n’est /nɛ/ = « is not »
- en effet /ɑ̃.n‿e.fɛ/ = « indeed »
- comme /kɔm/ = « as »
- nous /nu/ = « we »
- le /lə/ = « it »
- montrerons /mɔ̃.tʁə.ʁɔ̃/ = « will show »
- plus loin /ply lwɛ̃/ = « further on »
- rien d’autre que /ʁjɛ̃ dotʁ kə/ = « nothing other than »
- l’esprit (m.) /lɛs.pʁi/ = « the spirit »
- antitraditionnel /ɑ̃.ti.tʁa.di.sjɔ.nɛl/ = « anti-traditional »
Grammaire :
- ce n’est…rien d’autre que : ne…rien d’autre que = « is nothing other than. »
- en effet : « indeed. »
- comme nous le montrerons : le is a neutral direct object pronoun referring to the whole idea.
- plus loin : « further on » (in the text).
Sens général :
L’esprit spécifiquement moderne, ce n’est en effet, comme nous le montrerons plus loin, rien d’autre que l’esprit antitraditionnel.
Résumé
Guénon signale un fait étrange : la période proprement « historique » commence exactement au VIe siècle avant l’ère chrétienne, comme s’il existait une barrière temporelle infranchissable par les moyens ordinaires. Avant cette époque, la chronologie est vague et les dates varient de plusieurs siècles. Même en Égypte, cela est frappant. En Chine, malgré des annales astronomiques précises pour des époques plus anciennes, les modernes les qualifient de « légendaires », refusant toute certitude. Guénon affirme que l’antiquité dite « classique » est une antiquité relative, plus proche des temps modernes que de la véritable antiquité, puisqu’elle ne remonte pas à la moitié du Kali-Yuga. Il raille la fierté des modernes pour leurs connaissances historiques. Le rejet de ces périodes comme « légendaires » avoue leur ignorance et leur incompréhension. L’esprit spécifiquement moderne, conclut Guénon, n’est autre que l’esprit antitraditionnel.
Remarques générales
- fait assez étrange — Guénon souligne ici l’ignorance systématique des modernes face à une discontinuité chronologique qui n’est pas accidentelle mais symbolique. Il ne s’agit pas d’un manque de données, mais d’un refus de principe de considérer ce qui ne correspond pas aux critères de l’histoire profane. La « barrière » du VIe siècle avant l’ère chrétienne est donc moins temporelle qu’épistémologique. ↩︎
- VIe siècle avant l'ère chrétienne — Guénon insiste sur la précision de cette date, qui ne peut être due au hasard. Ce siècle a vu, dans des civilisations sans contact entre elles, des bouleversements majeurs : l’apparition du bouddhisme en Inde, du dernier Zoroastre en Perse, la séparation du taoïsme et du confucianisme en Chine, l’émergence des premiers philosophes (Pythagore, Thalès) en Grèce. Cette simultanéité ne s’explique pas par des causes historiques ordinaires, mais par une loi cyclique liée à la fin d’un grand âge. ↩︎
- barrière … moyens d'investigation des chercheurs ordinaires — Guénon oppose les méthodes de l’érudition profane (archéologie, critique des textes, datations physico-chimiques) à la connaissance traditionnelle, qui repose sur une transmission non écrite et sur une autorité doctrinale. La barrière n’est pas absolue, mais relative au point de vue adopté. Les « chercheurs ordinaires » se heurtent à cette limite parce qu’ils refusent les sources non profanes (mythes, légendes, traditions orales). Ce n’est pas leur méthode qui est insuffisante, c’est leur horizon. ↩︎
- chronologie assez précise et bien établie — Guénon ne conteste pas l’exactitude factuelle de ces chronologies, mais leur portée. Elles sont valables pour l’ordre profane récent, mais impuissantes à rendre compte des âges antérieurs, plus longs et structurés différemment. La précision croissante des datations modernes ne doit pas masquer l’étroitesse de leur champ temporel. ↩︎
- Égypte — Guénon fait allusion aux travaux d’érudits traditionalistes (comme Schwaller de Lubicz) qui voyaient dans l’antiquité égyptienne une civilisation beaucoup plus ancienne et intellectuellement plus haute que ne le reconnaît l’égyptologie académique. L’absence de chronologie absolue n’est pas une preuve de moindre valeur, mais un indicateur de temporalité différente. ↩︎
- annales chinoises … « légendaires » — Guénon utilise l’exemple chinois pour montrer l’arbitraire de la qualification d’« historique ». Les annales chinoises, établies par des observations astronomiques précises, sont pourtant rejetées par l’orientalisme académique au motif qu’elles ne correspondent pas aux schémas occidentaux. Guénon réhabilite le sens positif de « légendaire » : non pas « faux », mais relevant d’un mode de transmission non historique et d’une vérité d’ordre symbolique ou métaphysique. ↩︎
- Kali-Yuga — Guénon rappelle la chronologie hindoue : le Kali-Yuga a commencé en 3102 avant l’ère chrétienne. Sa moitié se situe donc vers 1500 avant l’ère chrétienne. L’antiquité dite classique (Grèce, Rome, Égypte tardive) est donc bien postérieure à cette moitié, et même plus proche de nous que des origines du cycle. Cette relativisation de l’antiquité classique est une critique de l’eurocentrisme historique. ↩︎
- Manvantara — Guénon rappelle l’immensité des temps cycliques : un Manvantara dure 4,32 millions d’années. Le Kali-Yuga n’en est que la dixième partie (432 000 ans). Même cette dernière période est plus longue que l’histoire humaine « classique » connue des modernes. L’ignorance de ces chiffres par les historiens profanes n’est pas seulement une lacune factuelle, mais une incapacité à concevoir des temporalités autres que celle de l’histoire événementielle. ↩︎
- périodes « légendaires » — Guénon ironise : le moderne qualifie de « légendaire » tout ce qui dépasse le cadre étroit de son historicisme. Ce faisant, il confond « non vérifiable par ma méthode » avec « inexistant ». Cette attitude n’est pas scientifique, elle est dogmatique. Elle révèle un parti pris de fermeture à toute autre forme de connaissance. ↩︎
- dédain de la tradition — Guénon analyse le refus moderne des traditions non occidentales ou antiques comme un effet d’incompréhension, non comme un jugement rationnel. La tradition guénonienne (au singulier, avec une majuscule) est la transmission immuable d’une vérité métaphysique à travers les âges et les civilisations. La rejeter sans l’avoir comprise est un signe d’ignorance, non de lucidité. ↩︎
- esprit antitraditionnel — Formule centrale de l’œuvre de Guénon. L’esprit moderne n’est pas seulement indifférent à la tradition, il s’en veut l’opposé actif. L’anti-tradition n’est pas l’absence de principes, mais la volonté de les nier ou de les remplacer par des constructions humaines. Cette formule explique pourquoi la modernité, même dans ses formes prétendument « spirituelles », reste prisonnière du même refus. ↩︎