¶13 Ce qu’on appelle la Renaissance fut en réalité, comme nous l’avons déjà dit en d’autres occasions, la mort de beaucoup de choses ; sous prétexte de revenir à la civilisation gréco-romaine, on n’en prit que ce qu’elle avait eu de plus extérieur, parce que cela seul avait pu s’exprimer clairement dans des textes écrits ; et cette restitution incomplète ne pouvait d’ailleurs avoir qu’un caractère fort artificiel, puisqu’il s’agissait de formes qui, depuis des siècles, avaient cessé de vivre de leur vie véritable1. Quant aux sciences traditionnelles du moyen âge, après avoir eu encore quelques dernières manifestations vers cette époque, elles disparurent aussi totalement que celles des civilisations lointaines qui furent jadis anéanties par quelque cataclysme ; et, cette fois, rien ne devait venir les remplacer2. Il n’y eut plus désormais que la philosophie et la science « profanes », c’est-à-dire la négation de la véritable intellectualité, la limitation de la connaissance à l’ordre le plus inférieur, l’étude empirique et analytique de faits qui ne sont rattachés à aucun principe, la dispersion dans une multitude indéfinie de détails insignifiants, l’accumulation d’hypothèses sans fondement, qui se détruisent incessamment les unes les autres, et de vues fragmentaires qui ne peuvent conduire à rien, sauf à ces applications pratiques qui constituent la seule supériorité effective de la civilisation moderne ; supériorité peu enviable d’ailleurs, et qui, en se développant jusqu’à étouffer toute autre préoccupation, a donné à cette civilisation le caractère purement matériel qui en fait une véritable monstruosité3.

Ce qu’on appelle la Renaissance fut en réalité, comme nous l’avons déjà dit en d’autres occasions, la mort de beaucoup de choses ; sous prétexte de revenir à la civilisation gréco-romaine, on n’en prit que ce qu’elle avait eu de plus extérieur, parce que cela seul avait pu s’exprimer clairement dans des textes écrits ; et cette restitution incomplète ne pouvait d’ailleurs avoir qu’un caractère fort artificiel, puisqu’il s’agissait de formes qui, depuis des siècles, avaient cessé de vivre de leur vie véritable.

  • Ce /sə/ = « That which »
  • qu’ /k‿/ = « that » (relative pronoun)
  • on /ɔ̃/ = « one »
  • appelle /a.pɛl/ = « calls »
  • la (f.) /la/ = « the »
  • Renaissance (f.) /ʁə.nɛ.sɑ̃s/ = « Renaissance »
  • fut /fy/ = « was » (past historic)
  • en réalité /ɑ̃ ʁe.a.li.te/ = « in reality »
  • comme /kɔm/ = « as »
  • nous /nu/ = « we »
  • l’ /l‿/ = « it »
  • avons déjà dit /a.vɔ̃ de.ʒa di/ = « have already said »
  • en d’autres occasions /ɑ̃ dotʁ.z‿ɔ.ka.zjɔ̃/ = « on other occasions »
  • la (f.) /la/ = « the »
  • mort (f.) /mɔʁ/ = « death »
  • de /də/ = « of »
  • beaucoup de /bo.ku də/ = « many »
  • choses (f.) /ʃoz/ = « things »
  • ; / / = «  »
  • sous prétexte de /su pʁe.tɛkst də/ = « under the pretext of »
  • revenir /ʁə.və.niʁ/ = « returning to »
  • à /a/ = « to »
  • la (f.) /la/ = « the »
  • civilisation (f.) /si.vi.li.za.sjɔ̃/ = « civilization »
  • gréco-romaine /ɡʁe.kɔ.ʁɔ.mɛn/ = « Greco-Roman »
  • on /ɔ̃/ = « one »
  • n’en prit que /nɑ̃ pʁi kə/ = « took from it only »
  • ce /sə/ = « that which »
  • qu’ /k‿/ = « that »
  • elle /ɛl/ = « it »
  • avait eu /a.vɛ y/ = « had had »
  • de /də/ = « of »
  • plus /ply/ = « most »
  • extérieur /ɛk.ste.ʁjœʁ/ = « external »
  • parce que /paʁ.sə kə/ = « because »
  • cela /sə.la/ = « that »
  • seul /sœl/ = « alone »
  • avait pu /a.vɛ py/ = « had been able »
  • s’exprimer /sɛk.spʁi.me/ = « to express itself »
  • clairement /klɛʁ.mɑ̃/ = « clearly »
  • dans /dɑ̃/ = « in »
  • des (m. pl.) /de/ = « some »
  • textes (m.) /tɛkst/ = « texts »
  • écrits /e.kʁi/ = « written »
  • ; / / = «  »
  • et /e/ = « and »
  • cette (f.) /sɛt/ = « this »
  • restitution (f.) /ʁɛs.ti.ty.sjɔ̃/ = « restitution »
  • incomplète /ɛ̃.kɔ̃.plɛt/ = « incomplete »
  • ne pouvait d’ailleurs avoir qu’un /nə pu.vɛ da.jœʁ a.vwaʁ kœ̃/ = « could moreover have only a »
  • caractère (m.) /ka.ʁak.tɛʁ/ = « character »
  • fort /fɔʁ/ = « very »
  • artificiel /aʁ.ti.fi.sjɛl/ = « artificial »
  • puisqu’ /pɥisk/ = « since »
  • il s’agissait de /il sa.ʒi.sɛ də/ = « it was a matter of »
  • formes (f.) /fɔʁm/ = « forms »
  • qui /ki/ = « which »
  • depuis des siècles /də.pɥi de sjɛkl/ = « for centuries »
  • avaient cessé /a.vɛ se.se/ = « had ceased »
  • de /də/ = « to »
  • vivre /vivʁ/ = « live »
  • de /də/ = « with »
  • leur /lœʁ/ = « their »
  • vie (f.) /vi/ = « life »
  • véritable /ve.ʁi.tabl/ = « true »

Grammaire :

  • Ce qu’on appelle : ce que = « that which. »
  • fut : past historic of être.
  • comme nous l’avons déjà dit : l’ = « it » (neutral pronoun referring to the preceding clause).
  • sous prétexte de + infinitive : fixed expression = « under the pretext of. »
  • n’en prit que : ne…que = « only. » En = « of it » (referring to Greco-Roman civilization). Prit = past historic of prendre.
  • ce qu’elle avait eu de plus extérieur : avoir de + adjective = « to have something that is. » Plus extérieur = « most external. »
  • cela seul avait pu : seul = « alone » (adjective modifying cela).
  • ne pouvait…avoir qu’un : ne…que = « only. » Imperfect pouvait.
  • il s’agissait de : imperfect of il s’agit de = « it was a matter of. »
  • avaient cessé de vivre : pluperfect of cesser de + infinitive = « had ceased to live. »

Sens général :

Ce qu’on appelle la Renaissance fut en réalité, comme nous l’avons déjà dit en d’autres occasions, la mort de beaucoup de choses. Sous prétexte de revenir à la civilisation gréco-romaine, on n’en prit que ce qu’elle avait eu de plus extérieur, parce que cela seul avait pu s’exprimer clairement dans des textes écrits. Et cette restitution incomplète ne pouvait d’ailleurs avoir qu’un caractère fort artificiel, puisqu’il s’agissait de formes qui, depuis des siècles, avaient cessé de vivre de leur vie véritable.


Quant aux sciences traditionnelles du moyen âge, après avoir eu encore quelques dernières manifestations vers cette époque, elles disparurent aussi totalement que celles des civilisations lointaines qui furent jadis anéanties par quelque cataclysme ; et, cette fois, rien ne devait venir les remplacer.

  • Quant aux /kɑ̃.t‿o/ = « As for »
  • sciences (f.) /sjɑ̃s/ = « sciences »
  • traditionnelles /tʁa.di.sjɔ.nɛl/ = « traditional »
  • du /dy/ = « of the »
  • moyen âge (m.) /mwa.jɛ.n‿aʒ/ = « Middle Ages »
  • après avoir eu /a.pʁɛ a.vwaʁ y/ = « after having had »
  • encore /ɑ̃.kɔʁ/ = « still »
  • quelques (f. pl.) /kɛlk/ = « some »
  • dernières (f.) /dɛʁ.njɛʁ/ = « last »
  • manifestations (f.) /ma.ni.fɛs.ta.sjɔ̃/ = « manifestations »
  • vers /vɛʁ/ = « around »
  • cette (f.) /sɛt/ = « this »
  • époque (f.) /e.pɔk/ = « era »
  • elles /ɛl/ = « they »
  • disparurent /dis.pa.ʁyʁ/ = « disappeared » (past historic)
  • aussi totalement que /o.si tɔ.tal.mɑ̃ kə/ = « as completely as »
  • celles (f. pl.) /sɛl/ = « those »
  • des (f. pl.) /de/ = « of »
  • civilisations (f.) /si.vi.li.za.sjɔ̃/ = « civilizations »
  • lointaines /lwɛ̃.tɛn/ = « distant »
  • qui /ki/ = « which »
  • furent /fyʁ/ = « were » (past historic)
  • jadis /ʒa.dis/ = « once upon a time »
  • anéanties /a.ne.ɑ̃.ti/ = « annihilated »
  • par /paʁ/ = « by »
  • quelque /kɛlk/ = « some »
  • cataclysme (m.) /ka.ta.klism/ = « cataclysm »
  • ; / / = «  »
  • et /e/ = « and »
  • cette fois /sɛt fwa/ = « this time »
  • rien /ʁjɛ̃/ = « nothing »
  • ne /nə/ = negative particle
  • devait /də.vɛ/ = « was to » (imperfect)
  • venir /və.niʁ/ = « come »
  • les /le/ = « them »
  • remplacer /ʁɑ̃.pla.se/ = « replace »

Grammaire :

  • Quant aux : fixed expression = « As for » (introduces a new topic). Aux = à les.
  • après avoir eu : past infinitive = « after having had. »
  • disparurent : past historic of disparaître.
  • aussi totalement que : comparison of equality = « as completely as. »
  • celles des civilisations : celles = feminine plural pronoun referring to sciences.
  • furent anéanties : past historic passive = « were annihilated. » Anéanties agrees with civilisations (feminine plural).
  • rien ne devait venir les remplacer : rien ne = « nothing. » Devoir in imperfect + infinitive = « was to. » Les = direct object pronoun referring to sciences.

Sens général :

Quant aux sciences traditionnelles du moyen âge, après avoir eu encore quelques dernières manifestations vers cette époque, elles disparurent aussi complètement que celles des civilisations lointaines qui furent jadis anéanties par quelque cataclysme. Et, cette fois, rien ne devait venir les remplacer.


Il n’y eut plus désormais que la philosophie et la science « profanes », c’est-à-dire la négation de la véritable intellectualité, la limitation de la connaissance à l’ordre le plus inférieur, l’étude empirique et analytique de faits qui ne sont rattachés à aucun principe, la dispersion dans une multitude indéfinie de détails insignifiants, l’accumulation d’hypothèses sans fondement, qui se détruisent incessamment les unes les autres, et de vues fragmentaires qui ne peuvent conduire à rien, sauf à ces applications pratiques qui constituent la seule supériorité effective de la civilisation moderne ; supériorité peu enviable d’ailleurs, et qui, en se développant jusqu’à étouffer toute autre préoccupation, a donné à cette civilisation le caractère purement matériel qui en fait une véritable monstruosité.

  • Il n’y eut plus désormais que /il nj‿y ply de.zɔʁ.mɛ kə/ = « There was no longer anything but » (past historic)
  • la (f.) /la/ = « the »
  • philosophie (f.) /fi.lɔ.zɔ.fi/ = « philosophy »
  • et /e/ = « and »
  • la (f.) /la/ = « the »
  • science (f.) /sjɑ̃s/ = « science »
  • « profanes » /pʁɔ.fan/ = « profane »
  • c’est-à-dire /sɛ.ta.diʁ/ = « that is to say »
  • la (f.) /la/ = « the »
  • négation (f.) /ne.ɡa.sjɔ̃/ = « negation »
  • de /də/ = « of »
  • la (f.) /la/ = « the »
  • véritable /ve.ʁi.tabl/ = « true »
  • intellectualité (f.) /ɛ̃.tɛ.lɛk.tɥa.li.te/ = « intellectuality »
  • la (f.) /la/ = « the »
  • limitation (f.) /li.mi.ta.sjɔ̃/ = « limitation »
  • de /də/ = « of »
  • la (f.) /la/ = « the »
  • connaissance (f.) /kɔ.nɛ.sɑ̃s/ = « knowledge »
  • à /a/ = « to »
  • l’ordre (m.) /lɔʁdʁ/ = « the order »
  • le (m.) /lə/ = « the »
  • plus /ply/ = « most »
  • inférieur /ɛ̃.fe.ʁjœʁ/ = « inferior »
  • l’étude (f.) /le.tyd/ = « the study »
  • empirique /ɑ̃.pi.ʁik/ = « empirical »
  • et /e/ = « and »
  • analytique /a.na.li.tik/ = « analytical »
  • de /də/ = « of »
  • faits (m.) /fɛ/ = « facts »
  • qui /ki/ = « which »
  • ne /nə/ = negative particle
  • sont /sɔ̃/ = « are »
  • rattachés /ʁa.ta.ʃe/ = « connected »
  • à /a/ = « to »
  • aucun /o.kœ̃/ = « no »
  • principe (m.) /pʁɛ̃.sip/ = « principle »
  • la (f.) /la/ = « the »
  • dispersion (f.) /dis.pɛʁ.sjɔ̃/ = « dispersion »
  • dans /dɑ̃/ = « in »
  • une (f.) /yn/ = « a »
  • multitude (f.) /myl.ti.tyd/ = « multitude »
  • indéfinie /ɛ̃.de.fi.ni/ = « indefinite »
  • de /də/ = « of »
  • détails (m.) /de.taj/ = « details »
  • insignifiants /ɛ̃.si.ɲi.fjɑ̃/ = « insignificant »
  • l’accumulation (f.) /la.ky.my.la.sjɔ̃/ = « the accumulation »
  • d’hypothèses /di.pɔ.tɛz/ = « of hypotheses »
  • sans /sɑ̃/ = « without »
  • fondement (m.) /fɔ̃d.mɑ̃/ = « foundation »
  • qui /ki/ = « which »
  • se détruisent /sə de.tʁɥiz/ = « destroy each other »
  • incessamment /ɛ̃.sɛ.sa.mɑ̃/ = « incessantly »
  • les unes les autres /le.z‿yn le.z‿otʁ/ = « one another »
  • et /e/ = « and »
  • de /də/ = « of »
  • vues (f.) /vy/ = « views »
  • fragmentaires /fʁaɡ.mɑ̃.tɛʁ/ = « fragmentary »
  • qui /ki/ = « which »
  • ne /nə/ = negative particle
  • peuvent /pœv/ = « can »
  • conduire /kɔ̃.dɥiʁ/ = « lead »
  • à /a/ = « to »
  • rien /ʁjɛ̃/ = « nothing »
  • sauf à /so.f‿a/ = « except to »
  • ces (f. pl.) /se/ = « these »
  • applications (f.) /a.pli.ka.sjɔ̃/ = « applications »
  • pratiques /pʁa.tik/ = « practical »
  • qui /ki/ = « which »
  • constituent /kɔ̃.sti.tɥɛ̃/ = « constitute »
  • la (f.) /la/ = « the »
  • seule /sœl/ = « only »
  • supériorité (f.) /sy.pe.ʁjɔ.ʁi.te/ = « superiority »
  • effective /e.fɛk.tiv/ = « effective »
  • de /də/ = « of »
  • la (f.) /la/ = « the »
  • civilisation (f.) /si.vi.li.za.sjɔ̃/ = « civilization »
  • moderne /mɔ.dɛʁn/ = « modern »
  • ; / / = «  »
  • supériorité (f.) /sy.pe.ʁjɔ.ʁi.te/ = « superiority »
  • peu enviable /pø ɑ̃.vjabl/ = « little enviable »
  • d’ailleurs /da.jœʁ/ = « moreover »
  • et /e/ = « and »
  • qui /ki/ = « which »
  • en /ɑ̃/ = « by »
  • se développant /sə de.vlɔ.pɑ̃/ = « developing itself »
  • jusqu’à /ʒys.k‿a/ = « to the point of »
  • étouffer /e.tu.fe/ = « stifling »
  • toute /tut/ = « all »
  • autre /otʁ/ = « other »
  • préoccupation (f.) /pʁe.ɔ.ky.pa.sjɔ̃/ = « concern »
  • a donné /a dɔ.ne/ = « has given »
  • à /a/ = « to »
  • cette (f.) /sɛt/ = « this »
  • civilisation (f.) /si.vi.li.za.sjɔ̃/ = « civilization »
  • le (m.) /lə/ = « the »
  • caractère (m.) /ka.ʁak.tɛʁ/ = « character »
  • purement /pyʁ.mɑ̃/ = « purely »
  • matériel /ma.te.ʁjɛl/ = « material »
  • qui /ki/ = « which »
  • en /ɑ̃/ = « of it »
  • fait /fɛ/ = « makes »
  • une (f.) /yn/ = « a »
  • véritable /ve.ʁi.tabl/ = « true »
  • monstruosité (f.) /mɔ̃s.tʁɥo.zi.te/ = « monstrosity »

Grammaire :

  • Il n’y eut plus désormais que : past historic of il y a with ne…plus que = « there was no longer anything but. »
  • c’est-à-dire : fixed expression = « that is to say » – introduces a list of appositions.
  • qui ne sont rattachés à aucun principe : ne…aucun = « no. » Rattachés agrees with faits (masculine plural).
  • se détruisent incessamment les unes les autres : reflexive se détruire + reciprocal phrase = « destroy each other. »
  • sauf à : « except to » / « other than to. »
  • en se développant : gerund of reflexive se développer = « by developing itself. »
  • a donné : passé composé of donner, subject qui refers to supériorité.
  • qui en fait une véritable monstruosité : en = « of it » (of this civilization). Faire de…une = « to make (something) into. »

Sens général :

Il n’y eut plus désormais que la philosophie et la science « profanes », c’est-à-dire la négation de la véritable intellectualité, la limitation de la connaissance à l’ordre le plus inférieur, l’étude empirique et analytique de faits qui ne sont rattachés à aucun principe, la dispersion dans une multitude indéfinie de détails insignifiants, l’accumulation d’hypothèses sans fondement, qui se détruisent incessamment les unes les autres, et de vues fragmentaires qui ne peuvent conduire à rien, sauf à ces applications pratiques qui constituent la seule supériorité effective de la civilisation moderne. Supériorité peu enviable d’ailleurs, et qui, en se développant jusqu’à étouffer toute autre préoccupation, a donné à cette civilisation le caractère purement matériel qui en fait une véritable monstruosité.

Résumé

Ce qu’on appelle la Renaissance fut en réalité la mort de beaucoup de choses. Sous prétexte de revenir à la civilisation gréco-romaine, on n’en prit que ce qu’elle avait de plus extérieur, une restitution incomplète et artificielle. Les sciences traditionnelles du moyen âge disparurent totalement. Il n’y eut plus désormais que la philosophie et la science « profanes » : négation de la véritable intellectualité, limitation de la connaissance à l’ordre inférieur, étude empirique et analytique sans principe, dispersion dans des détails insignifiants, accumulation d’hypothèses sans fondement. La seule supériorité de la civilisation moderne est ses applications pratiques, une supériorité peu enviable qui, en étouffant toute autre préoccupation, a donné à cette civilisation un caractère purement matériel en faisant une véritable monstruosité.

Remarques générales

  1. Renaissance … mort de beaucoup de choses — Guénon refuse la valorisation habituelle de la Renaissance comme « renaissance » de l’art, de la science et de l’esprit critique. Pour lui, la Renaissance a été la mort des sciences traditionnelles médiévales (alchimie, astrologie, magie naturelle, symbolique architecturale, etc.) et de l’organisation sociale fondée sur la hiérarchie spirituelle. Ce que l’on a « restauré » de l’antiquité n’en était que l’aspect profane et extérieur (littérature, rhétorique, art mimétique), non sa tradition ésotérique (mystères, néoplatonisme, hermétisme authentique). La rupture est donc plus nette qu’une simple « transition ». ↩︎
  2. sciences traditionnelles du moyen âge … disparition sans remplacement — Guénon fait référence à l’alchimie, à l’astrologie, à la kabbale chrétienne, à la géométrie sacrée des cathédrales, aux symbolismes de l’art gothique. Ces sciences, qui n’étaient pas seulement des techniques mais des voies de connaissance métaphysique (une « physique sacrée »), ont été balayées par le rationalisme naissant et par le discrédit jeté sur tout ce qui n’était pas mesurable ou reproductible. Contrairement aux civilisations antérieures détruites par des cataclysmes (qu’il évoque), cette disparition n’est pas due à une cause extérieure, mais à une transformation interne de la mentalité occidentale. Et surtout, rien n’est venu remplacer ces sciences traditionnelles : la science moderne ne peut combler leur vide, car elle opère à un tout autre niveau (matériel, analytique, sans finalité spirituelle). ↩︎
  3. philosophie et science « profanes » … supériorité matérielle monstrueuse — Guénon résume ici sa critique de la modernité. La science profane (empirique, mathématique, expérimentale) n’est pas fausse en son domaine, mais elle est limitée au monde matériel et refuse toute ouverture vers une connaissance métaphysique. La philosophie profane (rationaliste, critique, idéaliste ou matérialiste) n’est qu’une opinion sans certitude. Ensemble, elles constituent une « négation de la véritable intellectualité » (la connaissance supra-rationnelle). Leur seul avantage est technique, utilitaire : elles permettent des applications pratiques (machines, médecine, transports, communications) qui donnent à la civilisation moderne sa supériorité matérielle. Mais cette supériorité est « peu enviable » parce qu’elle s’accompagne d’une perte de sens, d’un matérialisme envahissant et d’une « monstruosité » : une civilisation qui n’a plus de finalité spirituelle, uniquement tournée vers la satisfaction des besoins matériels et la puissance technologique. C’est une inversion de l’ordre normal, où la connaissance supérieure (métaphysique) dirigeait les applications pratiques. ↩︎