Cette époque est celle du début et de l’expansion du Christianisme, coïncidant, d’une part, avec la dispersion du peuple juif, et, d’autre part, avec la dernière phase de la civilisation gréco-latine ; et nous pouvons passer plus rapidement sur ces événements, en dépit de leur importance, parce qu’ils sont plus généralement connus que ceux dont nous avons parlé jusqu’ici, et que leur synchronisme a été plus remarqué, même des historiens dont les vues sont les plus superficielles.
- Cette (f.) /sɛt/ = « This »
- époque (f.) /e.pɔk/ = « era »
- est /ɛ/ = « is »
- celle (f.) /sɛl/ = « that of »
- de /də/ = « of »
- le (m.) /lə/ = « the »
- début (m.) /de.by/ = « beginning »
- et /e/ = « and »
- de /də/ = « of »
- l’expansion (f.) /lɛk.spɑ̃.sjɔ̃/ = « the expansion »
- du /dy/ = « of the »
- Christianisme (m.) /kʁis.tja.nism/ = « Christianity »
- coïncidant /kɔ.ɛ̃.si.dɑ̃/ = « coinciding »
- d’une part /dyn paʁ/ = « on the one hand »
- avec /a.vɛk/ = « with »
- la (f.) /la/ = « the »
- dispersion (f.) /dis.pɛʁ.sjɔ̃/ = « dispersion »
- du /dy/ = « of the »
- peuple (m.) /pœpl/ = « people »
- juif /ʒɥif/ = « Jewish »
- et /e/ = « and »
- d’autre part /dotʁ paʁ/ = « on the other hand »
- avec /a.vɛk/ = « with »
- la (f.) /la/ = « the »
- dernière (f.) /dɛʁ.njɛʁ/ = « last »
- phase (f.) /faz/ = « phase »
- de /də/ = « of »
- la (f.) /la/ = « the »
- civilisation (f.) /si.vi.li.za.sjɔ̃/ = « civilization »
- gréco-latine /ɡʁe.kɔ.la.tin/ = « Greco-Latin »
- ; / / = « »
- et /e/ = « and »
- nous /nu/ = « we »
- pouvons /pu.vɔ̃/ = « can »
- passer /pɑ.se/ = « pass »
- plus /ply/ = « more »
- rapidement /ʁa.pid.mɑ̃/ = « quickly »
- sur /syʁ/ = « over »
- ces (m. pl.) /se/ = « these »
- événements (m.) /e.vɛn.mɑ̃/ = « events »
- en dépit de /ɑ̃ de.pi də/ = « despite »
- leur /lœʁ/ = « their »
- importance (f.) /ɛ̃.pɔʁ.tɑ̃s/ = « importance »
- parce qu’ /paʁ.sə k‿/ = « because »
- ils /il/ = « they »
- sont /sɔ̃/ = « are »
- plus /ply/ = « more »
- généralement /ʒe.ne.ʁal.mɑ̃/ = « generally »
- connus /kɔ.ny/ = « known »
- que /kə/ = « than »
- ceux (m. pl.) /sø/ = « those »
- dont /dɔ̃/ = « of which »
- nous /nu/ = « we »
- avons parlé /a.vɔ̃ paʁ.le/ = « have spoken »
- jusqu’ici /ʒys.k‿i.si/ = « until now »
- et /e/ = « and »
- que /kə/ = « that »
- leur /lœʁ/ = « their »
- synchronisme (m.) /sɛ̃.kʁɔ.nism/ = « synchronism »
- a été /a e.te/ = « has been »
- plus /ply/ = « more »
- remarqué /ʁə.maʁ.ke/ = « noticed »
- même /mɛm/ = « even »
- des (m. pl.) /de/ = « by »
- historiens (m.) /is.tɔ.ʁjɛ̃/ = « historians »
- dont /dɔ̃/ = « of whom »
- les (f. pl.) /le/ = « the »
- vues (f.) /vy/ = « views »
- sont /sɔ̃/ = « are »
- les (f. pl.) /le/ = « the »
- plus /ply/ = « most »
- superficielles /sy.pɛʁ.fi.sjɛl/ = « superficial »
Grammaire :
- celle du début et de l’expansion : celle = feminine singular pronoun referring to époque.
- coïncidant avec : present participle = « coinciding with. »
- d’une part…d’autre part : fixed correlative expression = « on the one hand…on the other hand. »
- en dépit de leur importance : en dépit de = « despite. »
- ceux dont nous avons parlé : ceux = masculine plural pronoun referring to événements. Parler de = « to speak of » – dont replaces de + relative pronoun.
- que leur synchronisme a été plus remarqué : que introduces second clause after parce que (parallel to ils sont plus connus).
Sens général :
Cette époque est celle du début et de l’expansion du Christianisme, coïncidant, d’une part, avec la dispersion du peuple juif, et, d’autre part, avec la dernière phase de la civilisation gréco-latine. Et nous pouvons passer plus rapidement sur ces événements, malgré leur importance, parce qu’ils sont plus généralement connus que ceux dont nous avons parlé jusqu’ici, et que leur synchronisme a été plus remarqué, même par les historiens dont les vues sont les plus superficielles.
On a aussi signalé assez souvent certains traits communs à la décadence antique et à l’époque actuelle ; et, sans vouloir pousser trop loin le parallélisme, on doit reconnaître qu’il y a en effet quelques ressemblances assez frappantes.
- On /ɔ̃/ = « One »
- a /a/ = « has »
- aussi /o.si/ = « also »
- signalé /si.ɲa.le/ = « pointed out »
- assez /a.se/ = « rather »
- souvent /su.vɑ̃/ = « often »
- certains (m. pl.) /sɛʁ.tɛ̃/ = « certain »
- traits (m.) /tʁɛ/ = « characteristics »
- communs /kɔ.mœ̃/ = « common »
- à /a/ = « to »
- la (f.) /la/ = « the »
- décadence (f.) /de.ka.dɑ̃s/ = « decadence »
- antique /ɑ̃.tik/ = « ancient »
- et /e/ = « and »
- à /a/ = « to »
- l’époque (f.) /le.pɔk/ = « the era »
- actuelle /ak.tɥɛl/ = « current »
- ; / / = « »
- et /e/ = « and »
- sans /sɑ̃/ = « without »
- vouloir /vu.lwaʁ/ = « wanting »
- pousser /pu.se/ = « push »
- trop /tʁo/ = « too »
- loin /lwɛ̃/ = « far »
- le (m.) /lə/ = « the »
- parallélisme (m.) /pa.ʁa.le.lism/ = « parallelism »
- on /ɔ̃/ = « one »
- doit /dwa/ = « must »
- reconnaître /ʁə.kɔ.nɛtʁ/ = « recognize »
- qu’ /k‿/ = « that »
- il y a /i.l‿ja/ = « there are »
- en effet /ɑ̃.n‿e.fɛ/ = « indeed »
- quelques (f. pl.) /kɛlk/ = « some »
- ressemblances (f.) /ʁə.sɑ̃.blɑ̃s/ = « resemblances »
- assez /a.se/ = « rather »
- frappantes /fʁa.pɑ̃t/ = « striking »
Grammaire :
- On a signalé : passé composé = « has been pointed out. »
- communs à : adjective + à = « common to. »
- sans vouloir pousser trop loin : sans + infinitive = « without wanting to push too far. »
- on doit reconnaître : devoir + infinitive = « must recognize. »
- il y a…quelques ressemblances : il y a + plural = « there are some. »
Sens général :
On a aussi signalé assez souvent certains traits communs à la décadence antique et à l’époque actuelle. Et, sans vouloir pousser trop loin le parallélisme, on doit reconnaître qu’il y a en effet quelques ressemblances assez frappantes.
La philosophie purement « profane » avait gagné du terrain : l’apparition du scepticisme d’un côté, le succès du « moralisme » stoïcien et épicurien de l’autre, montrent assez à quel point l’intellectualité s’était abaissée.
- La (f.) /la/ = « The »
- philosophie (f.) /fi.lɔ.zɔ.fi/ = « philosophy »
- purement /pyʁ.mɑ̃/ = « purely »
- « profane » /pʁɔ.fan/ = « profane »
- avait gagné /a.vɛ ɡa.ɲe/ = « had gained »
- du terrain /dy tɛ.ʁɛ̃/ = « ground »
- : / / = colon
- l’apparition (f.) /la.pa.ʁi.sjɔ̃/ = « the appearance »
- du /dy/ = « of »
- scepticisme (m.) /sɛp.ti.sism/ = « skepticism »
- d’un côté /dœ̃ ko.te/ = « on one side »
- le (m.) /lə/ = « the »
- succès (m.) /syk.sɛ/ = « success »
- du /dy/ = « of »
- « moralisme » (m.) /mɔ.ʁa.lism/ = « moralism »
- stoïcien /stɔ.i.sjɛ̃/ = « Stoic »
- et /e/ = « and »
- épicurien /e.pi.ky.ʁjɛ̃/ = « Epicurean »
- de l’autre /də lotʁ/ = « on the other side »
- montrent /mɔ̃tʁ/ = « show »
- assez /a.se/ = « clearly »
- à quel point /a kɛl pwɛ̃/ = « to what point »
- l’intellectualité (f.) /lɛ̃.tɛ.lɛk.tɥa.li.te/ = « intellectuality »
- s’était abaissée /sɛ.tɛ a.bɛ.se/ = « had lowered itself » (pluperfect)
Grammaire :
- avait gagné du terrain : gagner du terrain = « to gain ground » (idiom). Pluperfect.
- d’un côté…de l’autre : correlative = « on one side…on the other side. »
- montrent assez : assez = « clearly » / « sufficiently. »
- à quel point : fixed expression = « to what extent. »
- s’était abaissée : reflexive s’abaisser (to lower oneself) in pluperfect, agreeing with l’intellectualité (feminine singular).
Sens général :
La philosophie purement « profane » avait gagné du terrain. L’apparition du scepticisme d’un côté, le succès du « moralisme » stoïcien et épicurien de l’autre, montrent clairement à quel point l’intellectualité s’était abaissée.
En même temps, les anciennes doctrines sacrées, que presque personne ne comprenait plus, avaient dégénéré, du fait de cette incompréhension, en « paganisme » au vrai sens de ce mot, c’est-à-dire qu’elles n’étaient plus que des « superstitions », des choses qui, ayant perdu leur signification profonde, se survivent à elles-mêmes par des manifestations tout extérieures.
- En même temps /ɑ̃ mɛm tɑ̃/ = « At the same time »
- les (f. pl.) /le/ = « the »
- anciennes /ɑ̃.sjɛn/ = « ancient »
- doctrines (f.) /dɔk.tʁin/ = « doctrines »
- sacrées /sa.kʁe/ = « sacred »
- que /kə/ = « which »
- presque /pʁɛsk/ = « almost »
- personne /pɛʁ.sɔn/ = « nobody »
- ne /nə/ = negative particle
- comprenait /kɔ̃.pʁə.nɛ/ = « understood » (imperfect)
- plus /ply/ = « no longer »
- avaient dégénéré /a.vɛ de.ʒe.ne.ʁe/ = « had degenerated »
- du fait de /dy fɛ də/ = « because of »
- cette (f.) /sɛt/ = « this »
- incompréhension (f.) /ɛ̃.kɔ̃.pʁe.ɑ̃.sjɔ̃/ = « incomprehension »
- en /ɑ̃/ = « into »
- « paganisme » (m.) /pa.ɡa.nism/ = « paganism »
- au /o/ = « in the »
- vrai /vʁɛ/ = « true »
- sens (m.) /sɑ̃s/ = « sense »
- de /də/ = « of »
- ce (m.) /sə/ = « this »
- mot (m.) /mo/ = « word »
- c’est-à-dire /sɛ.ta.diʁ/ = « that is to say »
- qu’ /k‿/ = « that »
- elles /ɛl/ = « they »
- n’étaient plus que /nɛ.tɛ ply kə/ = « were no longer anything but »
- des (f. pl.) /de/ = « some »
- « superstitions » (f.) /sy.pɛʁ.sti.sjɔ̃/ = « superstitions »
- des (f. pl.) /de/ = « some »
- choses (f.) /ʃoz/ = « things »
- qui /ki/ = « which »
- ayant perdu /ɛ.jɑ̃ pɛʁ.dy/ = « having lost » (past participle in gerund)
- leur /lœʁ/ = « their »
- signification (f.) /si.ɲi.fi.ka.sjɔ̃/ = « meaning »
- profonde /pʁɔ.fɔ̃d/ = « profound »
- se survivent /sə syʁ.viv/ = « survive themselves » / « continue on »
- à elles-mêmes /a ɛl.mɛm/ = « by themselves »
- par /paʁ/ = « through »
- des (f. pl.) /de/ = « some »
- manifestations (f.) /ma.ni.fɛs.ta.sjɔ̃/ = « manifestations »
- tout /tu/ = « entirely »
- extérieures /ɛk.ste.ʁjœʁ/ = « external »
Grammaire :
- que presque personne ne comprenait plus : ne…plus = « no longer. » Personne as subject = « nobody. »
- avaient dégénéré en : pluperfect = « had degenerated into. »
- du fait de : fixed expression = « because of. »
- n’étaient plus que : ne…plus que = « were no longer anything but. »
- ayant perdu : past participle in the gerund form = « having lost » (causal).
- se survivent à elles-mêmes : reflexive se survivre = « to survive oneself » / « to continue to exist after one’s own time. »
Sens général :
En même temps, les anciennes doctrines sacrées, que presque personne ne comprenait plus, avaient dégénéré, à cause de cette incompréhension, en « paganisme » au vrai sens de ce mot, c’est-à-dire qu’elles n’étaient plus que des « superstitions », des choses qui, ayant perdu leur signification profonde, se survivent à elles-mêmes par des manifestations tout extérieures.
Il y eut des essais de réaction contre cette déchance : l’hellénisme lui-même tenta de se revivifier à l’aide d’éléments empruntés aux doctrines orientales avec lesquelles il pouvait se trouver en contact ; mais cela n’était plus suffisant, la civilisation gréco-latine devait prendre fin, et le redressement devait venir d’ailleurs et s’opérer sous une tout autre forme.
- Il y eut /i.l‿j‿y/ = « There were » (past historic)
- des (m. pl.) /de/ = « some »
- essais (m.) /e.sɛ/ = « attempts »
- de /də/ = « of »
- réaction (f.) /ʁe.ak.sjɔ̃/ = « reaction »
- contre /kɔ̃tʁ/ = « against »
- cette (f.) /sɛt/ = « this »
- déchance (f.) /de.ʃɑ̃s/ = « decline »
- : / / = colon
- l’hellénisme (m.) /lɛ.le.nism/ = « Hellenism »
- lui-même /lɥi mɛm/ = « itself »
- tenta /tɑ̃.ta/ = « attempted » (past historic)
- de /də/ = « to »
- se revivifier /sə ʁə.vi.vi.fje/ = « revitalize itself »
- à l’aide de /a lɛd də/ = « using »
- d’éléments /de.le.mɑ̃/ = « elements »
- empruntés /ɑ̃.pʁœ̃.te/ = « borrowed »
- aux /o/ = « from »
- doctrines (f.) /dɔk.tʁin/ = « doctrines »
- orientales /ɔ.ʁjɑ̃.tal/ = « oriental »
- avec lesquelles /a.vɛk lɛ.kɛl/ = « with which »
- il /il/ = « it »
- pouvait /pu.vɛ/ = « could »
- se trouver /sə tʁu.ve/ = « be »
- en contact /ɑ̃ kɔ̃.takt/ = « in contact »
- ; / / = « »
- mais /mɛ/ = « but »
- cela /sə.la/ = « that »
- n’était plus suffisant /nɛ.tɛ ply sy.fi.zɑ̃/ = « was no longer sufficient »
- la (f.) /la/ = « the »
- civilisation (f.) /si.vi.li.za.sjɔ̃/ = « civilization »
- gréco-latine /ɡʁe.kɔ.la.tin/ = « Greco-Latin »
- devait prendre fin /də.vɛ pʁɑ̃dʁ fɛ̃/ = « was to come to an end »
- et /e/ = « and »
- le (m.) /lə/ = « the »
- redressement (m.) /ʁə.dʁɛs.mɑ̃/ = « redress »
- devait venir /də.vɛ və.niʁ/ = « was to come »
- d’ailleurs /da.jœʁ/ = « from elsewhere »
- et /e/ = « and »
- s’opérer /sɔ.pe.ʁe/ = « to take place »
- sous /su/ = « in »
- une (f.) /yn/ = « a »
- tout autre /tu.t‿otʁ/ = « completely different »
- forme (f.) /fɔʁm/ = « form »
Grammaire :
- Il y eut : past historic of il y a = « there were. »
- tenta de se revivifier : past historic of tenter de + infinitive = « attempted to revitalize itself. » Reflexive se revivifier.
- à l’aide de : fixed expression = « using » / « with the help of. »
- empruntés aux doctrines : past participle agreeing with éléments (masculine plural). Emprunter à = « to borrow from. »
- avec lesquelles : feminine plural relative pronoun referring to doctrines.
- devait prendre fin : devoir in imperfect + infinitive = « was to come to an end. »
- n’était plus suffisant : ne…plus = « no longer. »
Sens général :
Il y eut des essais de réaction contre cette déchéance. L’hellénisme lui-même tenta de se revivifier en utilisant des éléments empruntés aux doctrines orientales avec lesquelles il pouvait être en contact. Mais cela n’était plus suffisant, la civilisation gréco-latine devait prendre fin, et le redressement devait venir d’ailleurs et s’opérer sous une tout autre forme.
Ce fut le Christianisme qui accomplit cette transformation ; et, notons-le en passant, la comparaison qu’on peut établir sous certains rapports entre ce temps et le nôtre est peut-être un des éléments déterminants du « messianisme » désordonné qui se fait jour actuellement.
- Ce fut /sə fy/ = « It was » (past historic)
- le (m.) /lə/ = « the »
- Christianisme (m.) /kʁis.tja.nism/ = « Christianity »
- qui /ki/ = « which »
- accomplit /a.kɔ̃.pli/ = « accomplished » (past historic)
- cette (f.) /sɛt/ = « this »
- transformation (f.) /tʁɑ̃s.fɔʁ.ma.sjɔ̃/ = « transformation »
- ; / / = « »
- et /e/ = « and »
- notons-le /nɔ.tɔ̃ lə/ = « let us note it »
- en passant /ɑ̃ pa.sɑ̃/ = « in passing »
- la (f.) /la/ = « the »
- comparaison (f.) /kɔ̃.pa.ʁɛ.zɔ̃/ = « comparison »
- qu’ /k‿/ = « that » (relative pronoun)
- on /ɔ̃/ = « one »
- peut /pø/ = « can »
- établir /e.ta.bliʁ/ = « establish »
- sous /su/ = « from »
- certains (m. pl.) /sɛʁ.tɛ̃/ = « certain »
- rapports (m.) /ʁa.pɔʁ/ = « respects »
- entre /ɑ̃tʁ/ = « between »
- ce (m.) /sə/ = « this »
- temps (m.) /tɑ̃/ = « time »
- et /e/ = « and »
- le (m.) /lə/ = « the »
- nôtre /notʁ/ = « ours »
- est /ɛ/ = « is »
- peut-être /pø.tɛtʁ/ = « perhaps »
- un (m.) /œ̃/ = « one »
- des (m. pl.) /de/ = « of the »
- éléments (m.) /e.le.mɑ̃/ = « elements »
- déterminants /de.tɛʁ.mi.nɑ̃/ = « determining »
- du /dy/ = « of the »
- « messianisme » (m.) /mɛ.sja.nism/ = « messianism »
- désordonné /de.zɔʁ.dɔ.ne/ = « disordered »
- qui /ki/ = « which »
- se fait jour /sə fɛ ʒuʁ/ = « manifests itself » / « comes to light »
- actuellement /ak.tɥɛl.mɑ̃/ = « currently »
Grammaire :
- Ce fut…qui : emphatic past historic = « It was…that. »
- accomplit : past historic of accomplir (to accomplish).
- notons-le en passant : imperative of noter + direct object le (referring to the following clause) = « let us note it in passing. » En passant = « in passing » (idiom).
- qu’on peut établir : relative clause with on as subject.
- sous certains rapports : sous le rapport de = « from the point of view of » / « in certain respects. »
- le nôtre : possessive pronoun = « ours. »
- qui se fait jour : reflexive se faire jour = « to manifest itself » / « to come to light » (idiom).
Sens général :
Ce fut le Christianisme qui accomplit cette transformation. Et, notons-le en passant, la comparaison qu’on peut établir sous certains rapports entre ce temps et le nôtre est peut-être un des éléments déterminants du « messianisme » désordonné qui se manifeste actuellement.
Après la période troublée des invasions barbares, nécessaire pour achever la destruction de l’ancien état de choses, un ordre normal fut restauré pour une durée de quelques siècles ; ce fut le moyen âge, si méconnu des modernes qui sont incapables d’en comprendre l’intellectualité, et pour qui cette époque paraît certainement beaucoup plus étrangère et lointaine que l’antiquité « classique ».
- Après /a.pʁɛ/ = « After »
- la (f.) /la/ = « the »
- période (f.) /pe.ʁjɔd/ = « period »
- troublée /tʁu.ble/ = « troubled »
- des (f. pl.) /de/ = « of the »
- invasions (f.) /ɛ̃.va.zjɔ̃/ = « invasions »
- barbares /baʁ.baʁ/ = « barbarian »
- nécessaire /ne.se.sɛʁ/ = « necessary »
- pour /puʁ/ = « to »
- achever /a.ʃə.ve/ = « complete »
- la (f.) /la/ = « the »
- destruction (f.) /dɛs.tʁyk.sjɔ̃/ = « destruction »
- de /də/ = « of »
- l’ancien (m.) /lɑ̃.sjɛ̃/ = « the old »
- état de choses (m.) /e.ta də ʃoz/ = « state of affairs »
- un (m.) /œ̃/ = « a »
- ordre (m.) /ɔʁdʁ/ = « order »
- normal /nɔʁ.mal/ = « normal »
- fut restauré /fy ʁɛs.tɔ.ʁe/ = « was restored » (past historic passive)
- pour /puʁ/ = « for »
- une (f.) /yn/ = « a »
- durée (f.) /dy.ʁe/ = « duration »
- de /də/ = « of »
- quelques /kɛlk/ = « a few »
- siècles (m.) /sjɛkl/ = « centuries »
- ; / / = « »
- ce fut /sə fy/ = « it was »
- le (m.) /lə/ = « the »
- moyen âge (m.) /mwa.jɛ.n‿aʒ/ = « Middle Ages »
- si /si/ = « so »
- méconnu /me.kɔ.ny/ = « misunderstood »
- des (m. pl.) /de/ = « by »
- modernes /mɔ.dɛʁn/ = « moderns »
- qui /ki/ = « who »
- sont /sɔ̃/ = « are »
- incapables /ɛ̃.ka.pabl/ = « incapable »
- d’en /dɑ̃/ = « of it »
- comprendre /kɔ̃.pʁɑ̃dʁ/ = « understanding »
- l’intellectualité (f.) /lɛ̃.tɛ.lɛk.tɥa.li.te/ = « the intellectuality »
- et /e/ = « and »
- pour qui /puʁ ki/ = « for whom »
- cette (f.) /sɛt/ = « this »
- époque (f.) /e.pɔk/ = « era »
- paraît /pa.ʁɛ/ = « seems »
- certainement /sɛʁ.tɛn.mɑ̃/ = « certainly »
- beaucoup /bo.ku/ = « much »
- plus /ply/ = « more »
- étrangère /e.tʁɑ̃.ʒɛʁ/ = « foreign »
- et /e/ = « and »
- lointaine /lwɛ̃.tɛn/ = « distant »
- que /kə/ = « than »
- l’antiquité (f.) /lɑ̃.ti.ki.te/ = « antiquity »
- « classique » /kla.sik/ = « classical »
Grammaire :
- nécessaire pour achever : adjective + pour + infinitive = « necessary to complete. »
- fut restauré : past historic passive of restaurer.
- ce fut : past historic of c’est = « it was. »
- si méconnu des modernes : si = « so. » Méconnu de = « misunderstood by. »
- qui sont incapables d’en comprendre : incapable de + infinitive = « incapable of understanding. » En = « of it » (referring to moyen âge).
- pour qui : relative pronoun qui after preposition pour = « for whom. »
- paraît…plus étrangère et lointaine que : comparative = « seems more foreign and distant than. »
Sens général :
Après la période troublée des invasions barbares, nécessaire pour achever la destruction de l’ancien état de choses, un ordre normal fut restauré pour une durée de quelques siècles. Ce fut le moyen âge, si méconnu des modernes qui sont incapables d’en comprendre l’intellectualité, et pour qui cette époque paraît certainement beaucoup plus étrangère et lointaine que l’antiquité « classique ».
Résumé
Cette époque est celle du début et de l’expansion du christianisme, coïncidant avec la dispersion du peuple juif et la dernière phase de la civilisation gréco-latine. Guénon note des ressemblances frappantes entre la décadence antique et l’époque actuelle. La philosophie profane avait gagné du terrain, avec l’apparition du scepticisme et le succès du moralisme stoïcien et épicurien. Les anciennes doctrines sacrées avaient dégénéré en « paganisme » (superstitions sans signification profonde). Des essais de réaction eurent lieu, mais la civilisation gréco-latine devait finir. Le christianisme accomplit la transformation nécessaire. Après les invasions barbares, un ordre normal fut restauré pour quelques siècles : le moyen âge, méconnu par les modernes qui ne comprennent pas son intellectualité et le trouvent plus étranger et lointain que l’antiquité classique.
Remarques générales
- début et expansion du Christianisme … dispersion du peuple juif … dernière phase de la civilisation gréco-latine — Guénon situe le christianisme primitif dans un contexte de crise généralisée : la destruction du Temple de Jérusalem (70 après l’ère chrétienne) et la diaspora juive d’une part, la décadence du monde gréco-romain (Empire tardif, invasions, syncrétisme) d’autre part. Cette coïncidence n’est pas accidentelle ; elle manifeste la fin d’un cycle et l’ouverture d’un autre. Le christianisme n’est pas une simple religion parmi d’autres, mais un agent de redressement cyclique, qui a permis de préserver sous une forme nouvelle des éléments de tradition authentique. Guénon ne développe pas ici cet aspect, car il suppose ces faits connus du lecteur. ↩︎
- ressemblances entre la décadence antique et l'époque actuelle — Guénon note des analogies entre la fin du monde gréco-romain et la période moderne : effondrement des croyances traditionnelles, montée du scepticisme, multiplication des sectes et des superstitions, recherche de sensations nouvelles, syncrétisme superficiel, moralisme sans métaphysique. Ces ressemblances ne sont pas des répétitions à l’identique, mais des manifestations, à des niveaux différents, des mêmes lois cycliques. Le parallèle permet d’éclairer la crise moderne par l’analogie avec la crise antique. Il ne faut pas le pousser trop loin, car les contextes et les solutions ne sont pas identiques (l’issue a été, pour l’antiquité, le redressement médiéval ; pour nous, l’avenir est incertain). ↩︎
- scepticisme … moralisme stoïcien et épicurien — Guénon caractérise la philosophie tardive comme dégénérée par rapport à la métaphysique authentique. Le scepticisme (Pyrrhon, Carnéade, Sextus Empiricus) renonce à la connaissance certaine et se réfugie dans la suspension du jugement ; le stoïcisme et l’épicurisme, tout en prétendant offrir une éthique, ne sont plus que des morales sans métaphysique, des règles de vie sans principes transcendants. Ces deux tendances marquent un abaissement de l’intellectualité : on ne cherche plus la vérité, mais l’absence de trouble (ataraxie) ou la conformité à une loi naturelle. Le même phénomène se retrouve à l’époque moderne : relativisme, pragmatisme, éthiques sans fondement ontologique. ↩︎
- « paganisme » … « superstitions » — Guénon distingue ici deux sens du mot « paganisme ». Le sens ordinaire (religion polythéiste de l’antiquité) n’est pas un jugement de valeur. Mais il utilise le mot dans son sens étymologique : religion du « pagus » (campagne, village), c’est-à-dire une religion qui n’est plus comprise, réduite à des pratiques extérieures et à des croyances populaires sans signification spirituelle profonde. Les mystères, les initiations, la métaphysique ont disparu ; il ne reste que des rites vidés de leur sens, des fêtes, des rituels machinaux. C’est un état de dégénérescence spirituelle. Guénon applique parfois ce même mot au christianisme populaire (et surtout au catholicisme médiéval tardif) quand il perd sa dimension initiatique. La superstition n’est donc pas la croyance « fausse » en des dieux multiples, mais l’attachement à des formes vides, quelle que soit la religion. ↩︎
- essais de réaction … emprunts aux doctrines orientales — Guénon fait allusion aux syncrétismes religieux et philosophiques de l’époque hellénistique et romaine tardive : culte d’Isis, de Mithra, hermétisme, néo-pythagorisme, moyen-platonisme, gnosticisme, etc. Ces tentatives montrent un désir de retrouver une spiritualité authentique, mais elles sont fragmentaires, souvent superficielles, et ne parviennent pas à restaurer un ordre traditionnel complet. Elles empruntent à l’Égypte, à la Perse, à l’Inde, à la Judée, mais sans enracinement durable. Le christianisme, en revanche, a su opérer une synthèse plus profonde et créer un nouvel ordre traditionnel. ↩︎
- Christianisme comme redressement — Guénon reconnaît au christianisme un rôle historique de restauration traditionnelle. Il ne s’agit pas, pour lui, de la « vraie religion » exclusive, mais d’une forme providentielle adaptée aux conditions de l’Occident à la fin du cycle antique. Le christianisme a réintroduit des éléments essentiels : l’idée d’une révélation transcendante, d’une hiérarchie spirituelle, d’un ésotérisme (même si celui-ci s’est progressivement perdu), d’une règle morale fondée sur des principes non terrestres. Il a été un « redressement » par rapport à la décadence païenne. Cela ne signifie pas que le christianisme soit parfait ou immuable ; Guénon critique durement certaines déviations (schisme, Réforme, sécularisation), mais reconnaît la valeur initiale de la tradition chrétienne. ↩︎
- « messianisme » désordonné — Guénon se réfère aux mouvements millénaristes, aux sectes et aux idéologies politiques qui annoncent une fin imminente du monde ou une transformation radicale (communisme, nazisme, certaines formes de nationalisme, ou encore les pseudo-religions comme le théosophisme). L’analogie entre la fin de l’antiquité et la crise moderne peut nourrir une attente messianique déréglée : certains pensent qu’un nouveau christianisme (ou une nouvelle révélation) va surgir, apportant le salut. Guénon met en garde contre ces illusions, tout en reconnaissant qu’un redressement est possible, mais à des conditions que la seule attente ne saurait créer. ↩︎
- moyen âge … plus étranger que l’antiquité classique — Guénon souligne un paradoxe : les modernes se disent héritiers de la Grèce et de Rome, qu’ils étudient dans leurs universités, mais ils comprennent mal le Moyen Âge, pourtant chronologiquement plus proche. Pour Guénon, cette difficulté tient à ce que le Moyen Âge était encore une civilisation traditionnelle, fondée sur des principes métaphysiques et sur l’autorité spirituelle, alors que la modernité a rompu avec ces principes. L’antiquité classique, malgré sa décadence, est déjà plus accessible aux modernes parce qu’elle contient les germes de la philosophie profane et du rationalisme. Le Moyen Âge, en revanche, leur paraît « étranger » parce qu’il leur montre une société hiérarchisée, sacrale, non individualiste, à laquelle ils ne peuvent s’identifier. Ce constat est une critique de l’historiographie moderne, qui projette ses propres catégories sur le passé. ↩︎